‹ Histoire ancienne de l'OrientChapitre 3 sur 47 · PRÉFACE. III · texte numérisé non relu

PRÉFACE. III

des monuments de l’Égypte, de la Ch aidée, de l’Inde, avaient bouleversé toutes les règles de la chronologie vulgaire et jeté les esprits en dehors de toutes les croyances reçues. On attribuait à la civilisation de certaines contrées une durée ' de douze à quatorze mille ans ; on aimait mieux prolonger indéfiniment cette période mythique par laquelle ont d la plupart des sociétés humaines, que de s’en tenir au- n * si simple de la Genèse. Chose singulière! c’était chez 'des peuples qui n’ont d’autre histoire que des poèmes et des légendes qu'on allait chercher des preuves de l’antiquité de notre espèce ; et l’autorité de Moïse était sacrifiée à celle des prêtres de l’Égypte , des Ghaldéens de Bibylone et des brames de l’Inde. La Bible était enveloppée dans ce mépris qui s’attachait alors au christianisme, et on contestait à l’homme la validité des titres les plus authentiques de son origine.

Cependant il était impossible que la rénovation qui s’opéra, au commencement de notre siècle, dans les études historiques ne s’appliquât pas aussi à l’antiquité. En effet, grâce au progrès de la linguistique, de l’ethnographie, de l’archéologie, la valeur des traditions particulières de chaque peuple fut mieux appréciée , l’autorité des textes mieux établie. L’âge des monuments fut fixé ; la parenté des peuples fut reconnue par celle des langues ; et de la communauté des tradi- ^ 1 tions considérées dans leurs éléments primitifs ressortit l’unité de la civilisation universelle, i C’est toutefois dans l’histoire des peuples pris isolément, et dans l’étude des civilisations particulières, que la science moderne a recueilli la plus abondante moisson de faits nouveaux, et qu’elle a pu, sur les points les plus essentiels, rétablir la vérité. Il importait surtout de connaître la destinée des peuples qui eurent avec notre Europe le plus de rapports, et qui exercèrent sur celte civilisation gréco-romaine, mère de la nôtre, l’influence la plus directe : l’Égypte, l’As- T syrie, la Chaldée , la Perse durent tour à tour être livrées aux investigations de la science. C’est, en effet, dans ce vieux

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domaine de l’histoire classique que l’érudition moderne a concentré ses plus laborieux efforts et qu’elle a obtenu les plus remarquables résultats.

C’est par l’Égypte que commença cette renaissance du vieil Orient; et ce fut un Français, Champollion, qui en ’^^nnna le signal. La lecture des inscriptions hiéroglyphiques flple point de départ de ces recherches savantes, ingénieuses, auxquelles nous devons la restauration de l'histoire égyptienne. Dans toute l’étendue de la vallée du Nil, les monuments ont été interrogés, et ils nous ont raconté les actions des rois qui gouvernèrent l’Egypte depuis les temps les plus reculés. Armée de son flambeau, la science a pénétré dans ces sombres nécropoles où dormaient les Pharaons, et elle y a retrouvé ces nombreuses dynasties dont il ne restait de traces que dans les écrits mutilés du vieux Manéthon. Noua connaissions à peine les noms de quelques souverains séparés les uns des autres par des siècles, et ces noms ne nous rappelaient qu’un petit nombre d'événements altérés par la crédulité des voyageurs grecs ou amplifiés par la vanité nationale. Maintenant nous connaissons à peu près toute la série des monarques qui régnèrent en Égypte pendant 3 à 4000 ans.

Nous ne sommes plus réduits à voir concentrés dans une ~ époque privilégiée, sur la tète d’un ou deux héros, les conquêtes, les travaux de plusieurs dynasties. Chaque prince, chaque siècle est rentré en possession de la part qui lui revient dans l’œuvre successive do la civilisation égyptienne. Des individualités réelles ont remplacé ces personnifications glorieuses auxquelles l’imagination populaire attribuait toutes les grandes choses qui s’étaient accomplies durant les premiers âges; et les fictions qui voilaient à nos yeux les origines de la nation, disparaissent de jour en jour devant la réalité historique. Sous cette immobilité plus apparente que |I réelle, qui semble être le caractère essentiel des monarchies primitives, nous pouvons apercevoir toutes les vicissitudes, toutes les révolutions de la société égyptienne. Les luttes des.

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guerriers et des prêtres, représentant ce que nous appelons, dans les temps modernes, la lutte du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel, les rivalités de Thèbes et de Memphis, redevenant tour à tour les capitales du pays, suivant que l’inlluence sacerdotale ou la puissance des guerriers l’emporte ; les longues misères d’une nation subissant pendant des siècles tous les maux de l’invasion étrangère et combattant pour reconquérir l’indépendance perdue ; la restauration de la monarchie nationale suivie d’un magnifique développement de conquêtes extérieures sous les rois de la dix-huitième et de la dix-neuvième dynastie; les magnificences des arts et de la religion venant rehausser l’éclat du trône des Pharaons; la prépondérance politique et militaire de ces rois élevée à son apogée, puis déclinant sous des rois fainéants et qu’on prendrait pour les pâles descendants de notre Charlemagne ; puis enfin la décadence arrivant, comme toujours, à la suite des divisions intestines et des changements introduits dans les anciennes institutions : tel est l’intéressant spectacle que nous offre l’Égypte dans ses modernes historiens.

L’art a été apprécié dans ses formes diverses, architecture, sculpture, peinture; et la loi qui réglait les inspirations du génie égyptien a été reconnue. La religion a été étudiée dans son double élément sacerdotal et populaire, et il a été prouvé que, sous ce symbolisme étrange et ridicule qui consacrait l’adoration des animaux et des plantes, il y avait une théologie savante qui embrassait l’univers entier dans ses conceptions, et au fond de laquelle se retrouvait la grande idée de l’unité de Dieu, écho vague et altéré d’une révélation primitive. Nous savons aussi à quoi nous en tenir sur l’état des sciences chez cette nation fameuse. Tout prouve que les . Égyptiens ne connurent guère que les éléments de la géométrie, et leurs découvertes astronomiques si vantées ne paraissent pas s’être élevées beaucoup au-dessus de l’année solaire Le célèbre tombeau d’Osymandias, avec son cercle d’or re . présentant les mouvements du ciel, a été relégué dans le do-

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maine des fables inventées par les prêtres égyptiens et adoptées par l’imagination crédule des voyageurs grecs. Quant à ces zodiaques qui, disait-on, remontaient à une si haute antiquité, personne n’ignore maintenant qu’ils appartiennent à l’ère des premiers Césars. Enfin la langue même de l’Égypte a cessé d’être un mystère pour l’Europe savante. Nous savons que cette écriture si bizarre et qu’on croyait toute figurative, fut aussi alphabétique, au moins dans ses premiers éléments ; et il est à peu près certain qu’elle se rattache au groupe des langues sémitiques.

Voilà donc l’Égypte qui a conquis sa place dans l’histoire positive, et nous pouvons maintenant étudier ses destinées comme nous étudions celle d’une nation moderne.

Au moment où M. Lepsius, continuant l’œuvre de ses prédécesseurs, achevait son livre des Rois, un Français, M. Botta, retrouvait sur les bords du Tigre toute une civilisation perdue. Ninive sortait, du moins en partie, du milieu des sables où elle était ensevelie depuis le septième siècle avant notre ère. Ici, la malédiction de Dieu s’était accomplie si littéralement, que les ruines mêmes de cette grande cité avaient disparu. Près de 2500 ans s’étaient écoulés sans qu’on pût retrouver le lieu de sa sépulture. Il était réservé à notre siècle, à la France, de découvrir et d’exhumer ces restes fameux, où revit pour nous une des périodes les plus célèbres de l’histoire du monde.

Nous ne pouvons songer à raconter ici l'histoire de cette mémorable découverte, et nous nous bornerons à en faire connaître les principaux résultats.

On sait que c’est à Khorsabad, petit village situé au nordest de Mossoul, à quelques lieues de l’emplacement de l’ancienne Ninive, qu’a été faite par le consul de France cette découverte qui excita, il y a quelques années, un si grand intérêt. M. Botta avait retrouvé, sous un monticule formé de briques, les restes d’un palais construit près de 700 ans avant Jésus-Christ, par ce roi Sargon dont le prophète Isaïe seul a parlé. Bientôt des fouilles habilement pratiquées sur

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d'autres points, et notamment à Nimroud et à Kouioundjik, firent sortir de terre de nouveaux édifices, de nouveaux monuments qui répandirent la lumière la plus vive et la plus inattendue sur l'histoire et sur l’état social des Assyriens.

Quand on sait que c«s rois de l’Orient se plaisaient, comme les Pharaons d’Égypte, à retracer leur histoire sur les murs de leurs palais, on ne peut douter que celle des princes de Ninive ne soit renfermée dans ces milliers d’inscriptions qui accompagnent les sculptures assyriennes. Déjà la leoture de ces précieux documents a rendu à l'histoire des noms jusqu'à présent ignorés ou à peine entrevus, et qui ont joué un grand rôle dans les événements de ces temps reculés. Elle a éclairé d’un jour tout à fait nouveau la dernière période du premier empire; et, là où nous étions habitués à ne voir que les chefs dégénérés d’une, monarchie en décadence, elle nous a montré dans des princes, tout à la fois administrateurs et guerriers, conquérants et fondateurs de villes, les plus grands souverains de Ninive et les promoteurs les plus célèbres de cette civilisation assyrienne qui régna si longtemps sur l’Asie occidentale.

Nous pouvons du reste contempler au musée du Louvre, dans ces colosses figurant des lions, des taureaux ailés, la représentation symbolique de ces puissants monarques de Ninive qui réunissaient la force et la majesté. Ils revivent sous nos yeux, ces rois superbes qui emmenaient des nations entières en captivité 1 Voilà ces figures qui nous apparaissent si terribles dans les récits enflammés des prophètes hébreux 1 On les a retrouvées ces portes où, suivant l’expression de l’un d’eux, les peuples passaient comme des fleuves! Les voilà ces chars qui, suivant le même prophète, étincelaient lorsqu’ils marchaient au combat 1 Voilà ces idoles d’un si merveilleux travail, que leur vue seule corrompait le peuple d’Israël et lui faisait oublier Jéhovah! Voilà, reproduite en mille tableaux divers, la vie sociale de ces brillants Assyriens; voilà leurs cérémonies religieuses, leurs usages domestiques, leurs meubles si précieux, leurs vases si riches;

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voilà enfin toute leur civilisation exprimée dans des bas-reliefs d’une élégance qui surpasse tout ce que l’antiquité orientale a produit !

L’avenir confirmera sans doute les résultats obtenus et nous dévoilera beaucoup d’autres faits inconnus jusqu’à ce jour ; dès maintenant il ne nous est plus permis de douter de la richesse et de la grandeur et de la civilisation assyrienne ; et cette puissance ninivite, que nous jugions grande seulement par la guerre, connut aussi toutes les magnificences des arts de la paix. Il y eut un art assyrien qui l’emporta sur celui de l’Inde, souvent monstrueux et grotesque, qui fut aussi fini et plus savant que l’art égyptien et qui, à la beauté architecturale de ses monuments, ajouta les plus riches ornements de la peinture et de la sculpture. Ajoutons que ces monuments si remarquables, sous le rapport de l’art, sont en outre la révélation la plus complète de la vie civile, militaire, religieuse des populations assyriennes, et qu’ils viennent donner une éclatante confirmation à l’autorité de la Bible et aux récits d’Hérodote.

Il était impossible que cette civilisation brillante restât renfermée dans les limites de l’Assyrie. En effet, l’influence des arts et de la civilisation assyrienne se propagea au loin avec les armes des monarques ninivites. A l’orient et au nord, elle s’étendit sur la Médie et sur la Perse, où, en se combinant avec le génie si fin et si délicat des Perses sous les Achéménides, elle enfanta les merveilleuses créations de Tschil-Minar. A l’ouest, elle pénétra dans la Syrie, dans l’Asie Mineure, dans les îles delà Méditerranée; et, par les villes grecques du littoral, elle s’introduisit parmi les tribus helléniques. Déjà, en effet, les découvertes de Ninive ont révélé le sens de certains monuments de la Grèce primitive qui jusqu’ici n’avaient pas été parfaitement compris. Il est également hors de doute que la vieille et célèbre école d’Égine a emprunté ses inspirations et ses procédés aux sources assyriennes. De l’Asie cette tradition passa avec les Tyrrhéniens en Italie, où elle servit au développement de cette civilisation

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étrusque, qui fournit à celle de Rome les éléments de sa primitive grandeur; c’est ainsi que s’expliquent ces monuments, ce luxe, ces richesses des villes étrusques qui excitèrent si longtemps les âpres convoitises des grossiers enfants deRomùlus1.

On n’a point borné les explorations archéologiques à la ■/allée du Nil, au bassin du Tigre et de l’Euphrate. Tous les anciens centres civilisés de l’Asie ont été ou sont encore, en ce moment, le théâtre d’expéditions scientifiques qui ne peuvent manquer d’éclaircir l’histoire des sociétés primitives. Babylone tant de fois visitée, qui fut, elle aussi, le centre d’un grand empire, le foyer de la civilisation chaldéenne, devait appeler l’attention des érudits et exciter la sollicitude des gouvernements de l’Europe. L’expédition française de Mésopotamie, dirigée par MM. Fresnel et Oppert, nous a fourni son contingent de précieuses découvertes*. Ecbatane, la capitale des Mèdes, la ville aux sept enceintes peintes de sept couleurs différentes, se recommandait aussi aux investigations de la science contemporaine. La Perse, où le colonel Rawlinson a déchiffré plus de 4000 inscriptions cunéiforme dans les rochers de Bisoutoun , continue également à être étudiée. Déjà nous pouvons lire, ailleurs que dans les livres d’Hérodote et de Diodore de Sicile, les pages brillantes de l’histoire des Acbéménides. Et qui sait ce que la lecture des nombreuses inscriptions de Tschil-Minar peut fournir de documents à l’histoire si intéressante et malheureusement si incomplète de la Perse?

Franchissons maintenant l’espace qui s’étend entre les montagnes de la Perse et les rives de l’Indus. Suivons ces officiers anglais, que l’ambition des conquêtes réunie à l’amour de la science et à l’ardeur des découvertes pousse à

1. Voy. à ce sujet la Notice sur les monuments antiques de l'Asie nouvellement entrés au musée du Louvre, par M. Adrien de Longpérier, dans le Jour ni il de la Société asiatique , 5* série, t. VI, oct. , nov. \ 855.

2. M. Oppert a fait connaître les résultats de celle expédition : Expédition scientifique en Mésopotamie , par MM. Fnlgence Fresnel , Félix Thomas, publiée par Jules Oppert, Paris, 1857, 2 vol. in-4».

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travers les montagnes de l'Afghanistan, dans les vallées de l’Indo-koh, et jusque dans les plaines du Turkestan. Les voilà qui retrouvent, ensevelis sous le sol, les débris de cette civilisation importée par Alexandre en Asie, et qui ajoutent ainsi un nouveau chapitre à cette expédition qu’on ne connaissait autrefois que par les victoires du Granique, d’issus, d’Arbèles, ou par les trop fameuses orgies de Suse et de Babylone ! Qu’étaient devenus ces Grecs de la Bactriane, que Strabon nous représente comme maîtres de l’Orient et de l’Inde, ces mille villes du grand Eucratidas, ces soixante-dix colonies fondées par Alexandre? Nul ne le savait. Trois ou quatre pièces de monnaie , trois ou quatre noms de princes conservés par les historiens anciens, étaient les seuls vestiges de cette puissance qui, dit-on, s’était étendue plus loin que celle du roi de Macédoine. Quand Plutarque exaltant la fortune d’Alexandre, nous montrait l’Asie devenue tributaire des mœurs, des institutions grecques, et la barbarie étrangère cédant partout à 1 heureuse influence du génie hellénique, on était tenté d’attribuer à la vanité d’un Grec et à l’enthousiasme d’un rhéteur ces merveilles de civilisation grecque en Orient. Mais, grâce à ces nombreux dépôts de médailles découvertes par les Anglais, nous allons voir reparaître aussi cet empire gréco-bactrien presque effacé de l’histoire. Il sera possible de rétablir la suite de ces dynasties, filles de la conquête macédonienne, qui portèrent avec elles jusqu’au rivage de la mer des Indes, jusque dans les montagnes du Thibet, les arts si brillants, l’idiome si harmonieux de la Grèce. Oui, il y eut un instant dans l’histoire où les drames d’Euripide et de Sophocle furent représentés dans le sauvage pays des Parthes et au pied de l’Hymalaya. Et tel fut l’ascendant de l’esprit grec, transplanté si loin de la métropole, qu’il subjugua les barbares du Nord eux-mêmes, et que ces rois Indoscythes, ces précurseurs d’Attila, qui s’établirent dans la Bactriane et dans l’Inde 150 ans avant l’ère chrétienne, adoptèrent les arts et l’idiome des peuples vaincus par eux. A la fin pourtant la barbarie l’emporta, et, si vous le vouIct

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vous pourrez suivre sur les monnaies gréco-bactriennes la décadence croissante de la civilisation grecque dans ces contrées.

Nous en avons assez dit pour montrer l’intérêt que présentent ces importantes découvertes qui constituent pour l’antique Orient une véritable renaissance. Aussi bien c’est l’Orient qui a fait l’éducation de la Grèce et de Rome, et par là celle du monde. C’est de la vieille Asie que nous sont venus les religions, les sciences, les arts, c’est-à-dire la civilisation elle- ""7 \ même. Chaque peuple a eu son rôle dans ce grand mouvement qui commence à la dissémination des races etqui aboutit à l’établissement du christianisme. Aux Juifs appartient la gloire d’avoir conservé et perpétué la tradition primitive du genre ' humain. C’est du petit territoire occupé par ce peuple, qu’est partie la grande lumière qui, depuis dix-huit siècles, éclaire les nations. L’Égypte est le sanctuaire mystérieux où vont s’inspirer les philosophes , les législateurs de l'antiquité. L’Assyrie précède la Perse dans la domination de la haute Asie, répand dans l’Asie Mineure, dans les îles voisines l’influence de ses mœurs, de sa religion, et préside aux premiers développements de l’art chez les Grecs et chez les Étrusques.

Tandis que de grands États s'élèvent par la conquête sur les rives de l’Euphrate et du Tigre, où Ninive et Babylone atteignent le plus haut degré de splendeur; tandis que les Juifs luttent péniblement dans leurs montagnes pour constituer leur état politique et religieux, et que l’Égypte couvre la vallée du Nil d’indestructibles monuments, les Phéniciens parcourent en tous sens le bassin de la Méditerranée, fondent des colonies sur tous ses rivages, dans toutes ses îles, et portent dans toutes les contrées de l'Occident les produits de son commerce et de son industrie. Carthage, la plus célèbre des colonies phéniciennes, établit dans la partie septentrionale de l’Afrique un immense empire qui s’étend depuis l’autel des Philènes jusqu’aux îles Fortunées, et son aristocratie marchande domine sur toute la Méditerranée occidentale.

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C’est par ses lattes avec cette république puissante que Rome préludera à la destruction des vieux États de l’Orient et à l’asservissement du monde.

Cependant l’empire de l’Asie passe successivement des Assyriens de Ninive aux Chaldéo-Babyloniens et aux Mèdes, puis des Mèdes aux Perses. Ce dernier peuple, qui a conservé dans ses montagnes son énergie primitive , tandis que les vices d'une civilisation corrompue ont tout amolli autour de lui, renverse les rois de Babylone dans la haute Asie, détruit ] dans l’Asie Mineure la monarchie lydienne, aux bords du Nil, celle des Pharaons, et finit par régner sur toutes les contrées comprises entre la mer Égée et les rives de l’Indus, entre le Jaxarte et la mer Érythrée.

Le mouvement de la conquête, pour un moment, s’arrête; et le grand roi essaye d’organiser un vaste système d'administration publique, et met un peu d’ordre et d'unité au sein des innombrables tribus réunies sous sa main. Les nations vaincues goûtent quelques instants de repos et de bien-être sous un despotisme paternel. Mais cette domination est trop étendue, les éléments qu’elle renferme sont trop hétérogènes pour qu’elle puisse longtemps subsister. Les mêmes causes qui avaient amené la ruine des États assyriens et chaldéobabyloniens préparent la chute de la puissance persique. Les intrigues de cour, la corruption des mœurs, les luttes des satrapes entre eux, venant favoriser l’esprit d’indépendance qui anime les peuples soumis, les révoltes des provinces, appuyées quelquefois par les princes de la famille royale elle-même, hâtent la décadence de l’empire.

Cette décadence commence à l’époque des guerres médiques, qui révèlent d’une manière si éclatante l’imperfection du système militaire des Perses et la supériorité morale d’un peuple libre sur un peuple esclave. Les défaites de Marathon, de Salamine et de Platée portent à la monarchie persique des coups irrémédiables. Le prestige qu’exerçait le grand Toi est détruit; ses armées, ses finances sont désorganisées, et le jour où le théâtre de la guerre qu’avait si imprudemment

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engagée Darius, sera reporté en Asie, les Perses ne pourron* résister. Déjà la retraite des Dix Mille avait révélé la faiblesse de l’empire. L’expédition d’Agésilas prouve qu’il peut être attaqué avec succès. Enfin Alexandre paraît; et il suffit de trois batailles pour anéantir la monarchie fondée par Cyrus et ses premiers successeurs.

L’expédition d'Alexandre ouvre une nouvelle ère dans l’histoire d’Orient. Cette conquête ne ressembla point à celles qui l’avaient précédée. Les anciens conquérants assyriens et babyloniens, les Perses même avaient détruit ; Alexandre voulut fonder. Au lieu d’abolir les coutumes particulières, les lois, les croyances des peuples vaincus, le roi de Macédoine les adopta et les fit adopter à ses propres soldats. En vain ses vieux capitaines protestaient par des murmures, par des conspirations contre cet abandon des idées et des mœurs nationales ; Alexandre n’en poursuivit pas moins ses grands projets de pacification et d’unité universelle. Par le mélange des races, par l’établissement d’une foule de colonies, par la fondation d’un grand nombre de villes grecques, il chercha à relier entre elles les diverses parties de son empire, et, suivant l’expression de Plutarque, « à faire de toutes les nations qui lui étaient soumises une seule famille. * Une mort prématurée arrêta cette gigantesque entreprise.

On a demandé souvent ce qui est resté des conquêtes d’Alexandre. Montesquieu a depuis longtemps répondu à cette question. Il est resté l’union, pendant dix siècles, de l’Orient et de l’Occident. L’Asie, auparavant fermée par de vieilles rivalités aux peuples de l’Europe, fut désormais ouverte aux entreprises du commerce, aux investigations de la science. Des dynasties grecques se constituent sur différents points et y fondent de puissantes monarchies. L’Égypte, sous les Ptolémées, renaît à des destinées nouvelles, et retrouve pour quelque temps la gloire éclipsée des anciens Pharaons. En Syrie s’élève la puissance des Séleucides. A l’autre extrémité de l’Asie, des conquérants de race hellénique étendent les limites de leurs possessions jusqu’aux rives du Gange et aux

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frontières du Thibet. A leur suite marche la civilisation grec que, dont de récentes découvertes nous ont révélé la présence dans la Bactriane et aux bords de l’Indus.

Ce fut toutefois dans l’Asie occidentale et en Égypte que se ( conservèrent le plus longtemps les restes de cette culture don* * Alexandre avait semé le germe sur ses pas. A la faveur des ' nombreuses colonies, que le héros macédonien et ses pre- -* miers successeurs avaient fondées, l’hellénisme prit racine dans les vallées de l’Oronte, de l’Euphrate et du Nil. Ses principaux foyers furent Alexandrie, Antioche, Séleucie, et, dans l’Asie Mineure, Pergame. Là se conservèrent les traditions des sciences et des lettres. L’indépendance politique de la Grèce était depuis longtemps anéantie, son génie même semblait à jamais épuisé, quand sa littérature trouva en Asie d’illustres représentants qui répandirent un nouvel éclat sur son dernier âge en l’associant aux luttes du christianisme. Qui ne sait que ce fut au sein de cette Asie grecque que s’agitèrent les longs débats à la suite desquels le dogme chrétien fut définitivement fixé et l’Église elle-même constituée? Qui ne sait que de cette alliance de l’esprit grec et de l’imagination asiatique sortit cette littérature du quatrième siècle, qui marqua d’une manière si brillante le triomphe de l’orthodoxie chrétienne?

Ainsi s’accomplissait dans l’Orient, sous l’influence de l’esprit grec, cette unité sociale que ni les Assyriens, ni les Perses n’avaient pu lui donner. Il fallait un génie plus libre, plus sympathique que celui des peuples orientaux, pour triompher de la puissante organisation qui prévalait chez ces peuples; pour y briser la vieille domination des prêtres chaldéens, mèdes, égyptiens; pour amalgamer toutes les races, jeter peu à peu toutes les nations dans un même sysième de civilisation, et préparer ainsi cette unité plus haute et plus universelle que la religion chrétienne devait donner au monde.

Il est vrai que cette civilisation gréco-asiatique dont nous venons de parler fut de courte durée. Contemporaine de la

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décadence de l’empire romain, au sein duquel étaient venus s’engloutir tous les peuples de l’Asie occidentale, elle participa à tous les vices, à toutes les misères d’une société dégénérée. Elle n’eut d’autre originalité, d’autre grandeur que celle qu’elle emprunta aux sublimes inspirations, aux fortes doctrines et aux mœurs austères du christianisme naissant. Aussi ces Athènes de l’Orient si spirituelles, si brillantes, mais en même temps si frivoles et si corrompues, se trouveront-elles incapables de se défendre contre les nouveaux ennemis qui vont s’élever en Asie dans les premiers siècles de l’ère chrétienne.

Ce furent d’abord les Sassanides qui, héritiers des prétentions des rois de Perse en même temps que de leur trône, entreprirent de les soumettre h leur domination. Combien de fois les habitants d’Antioche, d’Édesse, d’Apamée ne furentils pas surpris au milieu de leurs fêtes et de leurs jeux perpétuels, par les rapides incursions des nouveaux Perses 1 Combien de fois le sang des chrétiens de Syrie et d’Arménie ne coula-t-il pas sous le cimeterre des farouches sectateurs du culte zoroastrien ! Plus tard sortit du fond de l’Arabie un adversaire bien autrement redoutable, les Arabes. En trois ou quatre batailles, les premiers vicaires de Mahomet anéantirent en Syrie et en Égypte la domination grecque ; au delà du Tigre, celle des Sassanides. La civilisation chrétienne, qui s’était développée si rapidement dans les villes grecques, s’éteignit ; les dernières traces de la conquête macédonienne disparurent, et la barbarie musulmane se répandit sur la moitié de l'Asie.

Heureusement, à cette époque, l’avenir de la foi nouvelle était assuré. Les docteurs grecs de l’Eglise d’Orient l’avaient &it triompher par la parole, les grands hommes de l’Église à’Occident allaient étendre et consolider son empire par l’action. Le génie de Rome, plus fort que celui d’Athènes, d’Antioche et d’Alexandrie, allait reconstituer par le catholicisme, la plus puissante, la plus vaste domination qui fut jamais.

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Tel est l’ensemble du grand mouvement dont nous voulons, après tant d’autres, retracer l’histoire abrégée. Cetto histoire, à vrai dire, n’est guère autre chose que le récit des triomphes successifs de la force. De là cette mobilité effrayante avec laquelle passent toutes les monarchies orientales. Elles ressemblent à cette statue que Nabuchodonosor vit en songe, dont la tête était d’or et les pieds d’argile. Ou bien encore leur véritable emblème, ce sont ces colosses que la science a retrouvés naguère, au berceau même de ces monarchies, et qui, élevés sur un sol mouvant, ont disparu autrefois sous les sables, avec les palais auxquels ils servaient de décoration. C’est dans le Discours sur l’histoire universelle qu'il faut aller chercher le sens de ces révolutions.

A l’exception d’un petit coin de la Syrie, où l’idée religieuse servit de base à la nationalité juive et se produisit avec la plus féconde de ses applications, c’est-à-dire avec l’égalité de tous devant Dieu, les constitutions politiques des peuples de l’Orient reposent sur le despotisme militaire, appuyé lui-même sur une théocratie oppressive, ou gouverné par elle. Ainsi nous apparaissent les constitutions de l’Égypte, de la Chaldée,de la Perse, etc., etc. A un pareil système il ne faut demander de garantie ni pour les personnes, ni pour les biens. Le monarque est maître de tout.

Si du moins il n’y avait qu’un seul chef qui, du fond de son palais de Ninive ou de Babylone, gouvernât réellement l’empire, peut-être y aurait-il quelque sécurité, quelque liberté pour les peuples des provinces éloignées qui le connaissent à peine ; mais les gouverneurs provinciaux reproduisent avec tous ses caprices, avec toutes ses violences et toutes ses misères le gouvernement central. Il y a ainsi vingt rois qui font peser sur les sujets du monarque la plus insupportable tyrannie; la servitude est partout, sans que la révolte amène autre chose que le despotisme sous de nouveaux maîtres.

Et pourtant cette vieille civilisation orientale ne fut ni sans originalité ni sans grandeur. Dans ces contrées favorisées par un sol fertile et par un ciel admirable, la religion, il est vrai,

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repose partout, la Judée, mise à part, sur le culte de la nature; et, en secondant la fatale influence du climat, elle dé- , , veloppa de bonne heure, au sein des peuples, cette corruption hideuse dont les prophètes hébreux nous ont laissé la saisissante peinture. Mais les prêtres de ces religions n’en tiennent pas moins une place honorable dans l’histoire des sciences et des arts. U est constaté que nous sommes redevables de quelques précieuses découvertes aux observatoires de la Ghaldée et aux sanctuaires de l'Égypte. Qui sait ce que les sages de la Grèce durent à leurs communications avec les prêtres de Sais, d’Héliopolis et de Thèbes?

Il est temps de terminer cette préface, qui peut-être paraîtra déjà trop longue au lecteur. Mais nous n’avons pu nous empêcher de faire ressortir l’intérêt et d'exprimer l’admiration que nous inspirent ces grandes explorations dont l’Asie est le théâtre depuis quelques années. N’est-ce pas la France d’ailleurs qui, sur les bords de l’Euphrate et du Tigre, comme sur les rivages du Nil, a eu l’honneur d’inaugurer ces précieuses découvertes? C’était un devoir pour nous d’initier la jeunesse de nos écoles, à laquelle est particulièrement destiné ce livre, à ces conquêtes de la science qui n'illustrent pas moins le nom français que les victoires remportées sur les champs de bataille.

Nous avons pris soin d’introduire dans cette nouvelle édition d’un livre qui a paru, il y a quelques années, les faits nouveaux qui nous ont paru définitivement acquis à la science.

Nous avons dû naturellement en écarter ceux qui nous ont paru douteux ou qui n'étaient pas suffisamment établis. Nous avons pris pour guides dans la partie de notre travail qui concerne l’Assyrie, l’Égypte, les critiques éminents, les explorateurs aussi savants qu’intrépides dont les belles recherches ont répandu de si vives lumières et un si puissant intérêt sur l’histoire de ces contrées, les de Saulcy, les de Rongé, les Mariette, les Oppert, etc., etc. Quoique les plus récentes découvertes aient fourni à l’histoire des ressources inespérées, il y a, on le comprend, bien des problèmes à résoudre, bien

BIST. D’ORIEIT. &

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des incertitudes à dissiper, bien des questions à éclaircir. L’ardeur infatigable, le savoir étendu, la sagacité profonde des savants qui ont pris l’Orient pour objet de leurs études, triompheront, nous l’espérons, de toutes les difficultés. Pour nous, ouvriers plus modestes et plus obscurs de la science, nous continuerons à suivre avec attention ces travaux qui intéressent tout à la fois l’histoire, la religion et l’honneur du pays. Nous recueillerons avec empressement les vérités nouvelles qui sortiront de ces belles études, et nous croirons utile de les propager dans nos écoles.

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