‹ Histoire ancienne de l'Orient [Texto impreso]Chapitre 21 sur 98 · LES SUCCESSEURS DE TEGLATH-PAL-ASAR · texte numérisé non relu

LES SUCCESSEURS DE TEGLATH-PAL-ASAR

L'Assyrie se ressentit longtemps des effets de cette catastrophe, qui la mit à deux doigts de sa ruine et faillit transporter le sort de la haute Mésopotamie tout entière entre les mains du roi de Babylone. Désormais ses princes, obligés de lutter pour Tindépendance nationale contre leurs voisins du pays de Kar-Dunias, ne peuvent songer à maintenir dans le respect les contrées lointaines que des flots de sang avaient contraintes d*accepter le joug. Les gens du Naïri et du Kummuh, les Moschiens et les Hittites relevèrent la tête et reprenant leur vie d'autrefois, rebâtirent leurs villes, restaurèrent leurs remparts. L'Assyrie n'atteignit même plus le cours de l'Euphrate et redevint le pays d' Assur proprement dit : pour elle, la question vitale est la guerre défensive contre Babylone, et nous assisterons longtemps encore à cette lutte fratricide de l'élément sémitique du nord avec l'élément sémitokouschite du sud : c'est le grand drame de l'histoire de la Mésopotamie, dont nous n'avons encore vu que le premier acte.

§ lY. LES SUCCESSEURS DE TEGLATH-PÂLrASAR Y'.

Les successeurs de Teglath-pal-asar ne furent pas des rois fainéants, mais des rois impuissants. Réduits à se défendre contre des ennemis d'autant plus menaçants et terribles qu'ils avaient plus d'injures à venger, sans ressources, n'ayant que les débris d'une armée décimée, qui résistait pied à pied à des forces vingt fois supérieures, ils surent pourtant ne point perdre courage, essayèrent de faire face à tous les dangers, et comprirent que la persévérance dans la lutte mène la plupart du temps au succès final. Quel crime avait donc commis envers les dieux Teglath-pal-asar, pour être ainsi abandonné du ciel et pour que la malédiction qu'il avait encourue retombât sur sa race et sur son peuple? 11 avait pourtant travaillé avec une opiniâtre ardeur à la gloire du dieu Assur, lui rapportant tout le mérite de ses succès, lui consacrant les dépouilles opimes des ennemis, s'appliquant à surpasser tout ce qu'avaient pu rêver ses prédécesseurs pour orner et enrichir les sanctuaires, offrant des hécatombes comme jamais les dieux eux-mêmes n'en avaient vu. Eut-il trop d'orgueil et ivre de gloire, se crut-il un dieu lui-même et essaya-t-il d'escalader le ciel? A part le royaume juif qui se constitue solidement avec David et Salomon, l'Orient assiste impassible et indifférent aux péripéties du drame dont le dénouement, quel qu'il soit, lui prépare un mattre. C'est la verge pour le châtier

qu'on se dispute et il lui importe peu que les coups viennent du midi ou du septentrion. Il avait tressailli d'allégresse à la chute de Teglathpal*asar, mais incapable de profiter de la liberté, il attendait que le sort des armes lui redonnât de nouveUes chaînes.

Fatalité ou absence d'esprit politique, les Babyloniens ne surent jamais profiter de leurs victoires et poursuivre jusqu'au bout les conséquences de la défaite de leurs ennemis. Us croyaient avoir tout fait quand ils avaient accompli de belles prouesses, pillé quelques villes, emporté les statues des dieux de leurs adversaires; beaux trophées, en vérité, qui ne servaient qu'aies endormir dans une fausse sécurité, en les persuadant que l'ennemi privé de ses talismans divins ne pourrait se relever jamais. Cette déplorable ligne de conduite sauva l'Assyrie ; non-seulement Marduk-nadin-ahi ne prit pas la peine de bénéficier de l'abaissement de son rival et d'exploiter à son avantage l'insurrection générale qui éclata sur tous les points de l'empire assyrien et dont il avait donné lui-même le signal, mais il parait s'être retiré en Chaldée, satisfait d'avoir infligé une verte correction à l'imprudent qui avait voulu opprimer sa patrie. Il y eut alors un moment de répit qui permit aux Assyriens de respirer, de se compter, de mettre en ligne leurs dernières réserves ; la guerre se ralluma et les Babyloniens s'aperçurent trop tard de leur imprudence ; car les chances de succès étaient déjà redevenues à peu près égales départ et d'autre, et c'est d'un commun accord que l'on conclut une trêve : « Au temps d'Assur-bel-kala, roi du pays d'Assur, dit la Table des synchronismes, et de Marduk-sapik-zirmat, roi de Babylone, ces deux princes signèrent la paix. »

Quand les hostilités recommencèrent, les Chaldéens avaient encore changé de mattre, et ils paraissent s'être donné, par surcroît, le luxe d'une révolution intérieure. Leur nouveau roi Saduni, homme d'une naissance obscure était un incapable dont la fatuité et l'arrogance furent bien châtiées. Battu par Assur-bel-kala qui pénétra jusqu'au cœur du pays de Kar-Dunîas, Saduni cachant sa honte disparut, on ne sait comment, au milieu de cette guerre qu'il était impropre à soutenir. Sous son successeur Nabu-zikir-iskun, les affaires de la Chaldée ne se relevèrent guère ; ce pays allait droit à sa perte, et, avec un prince actif et vigoureux comme Assur-bel-kala, la prépondérance assyrienne mena« çait de s'implanter de nouveau dans la Mésopotamie tout entière. Après la prise de Bagdada par les Assyriens, on fit un nouveau traité, et les deux rois témoignèrent du désir de le maintenir, en se donnant

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réciproquement leurs filles en mariage et en fixant définitivement les frontières respectives des deux États. « Ils limitèrent le pays d'Accad et ils en établirent les bornes depuis la montagne du E-Harris, au-dessus de la ville de Zaban, jusqu'au mont Batani, près de la ville de Zabdani. »

Si la ville de Zaban était, comme c'est vraisemblable, au confluent

Enlèvement des dieux. Bas-relief de Nimroud (Britisli Mnseum).

du Zab inférieur et du Tigre, représentée par le monticule actuel de Tell*Mimus, et si l'on peut identifier Zabdani avec la Zibba moderne sur l'Euphrate, on doit reconnaître que, malgré les fautes de la dernière période, les Babyloniens étaient restés maîtres de la clef du

pays d'Assur. Ils se trouvaient aux portes mêmes d'Ellassar. Ce voisi- IV H

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nage trop inquiétant, malgré les protestations d'amitié qui s'échangeaient, explique pourquoi les rois d'Assyrie vont se décider à abandonner la vieille capitale de leur empire pour transporter leur résidence un peu plus au nord, à Kalah d'abord, puis à Nini\e.

Ici s'arrête malheureusement la Table des synchronismes et nous ne savons plus rien des rapports entre l'Assyrie'et la Chaldée. Rapprochés par des alliances de famille, épuisés par une lutte séculaire aussi fatale au vainqueur qu'au vaincu, ces deux pays paraissent d'ailleurs avoir vécu longtemps dans une paix profonde, car cent ans plus tard, quand la guerre recommence avec plus d'acharnement que jamais^ les frontières des deux empires sont encore celles qui furent fixés par Assurbel-kala et Nabu-zikir-iskun.

Ce n'est que d'après l'ordre suivi dans la Table des synchronismes que l'on regarde Assur-bel-kala comme successeur de Teglath-pal-asar, mais nous ne savons pas s'il fut son fils ni même son successeur immédiat. Dans tous les cas, c'est un fils de Teglath-pal-asar qui règne après Assur-bel-kala; il se nomme Samsi-Raman, et il n'est connu que par les légendes fragmentés des coupes votives en bronze, trouvées à Koyundjik et à Schérif-kan, et qui mentionnent sa généalogie en l'appelant fils de Teglath-pal-asar et petit-fils d'Assur-ris-isi. Il laissa son trône chancelant à Assur-rab-amar, cité seulement dans une inscription de Salmanasar, qui l'accuse d'avoir cédé au roi du pays d'Aramu, prince hittite sans doute, la ville de Mulkina^ surl'Euphrate, que jaclis Teglathpal-asar avait conquise et annexée à l'Assyrie. Ce prince, dont le règne parait avoir été désastreux, est le dernier qui ait fixé sa résidence à EUassar; il était à peu près contemporain d'Erib-Marduk et de Mardukpal-iddin II, rois de Babylone, qui ne sont goère connus que de nom, et qui paraissent avoir vécu en paix avec l'Assyrie.

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