‹ Histoire ancienne de l'Orient [Texto impreso]Chapitre 62 sur 98 · NABOPOLASSAR 625 A · texte numérisé non relu

NABOPOLASSAR 625 A

Scythes et à ressaisir, avec leur pleine indépendance, leur liberté d'action, Nabopolassar renouvela son alliance avec Cyaxare, et tous les deux reprirent Fentreprise qu'ils avaient dû abandonner dix-neuf ans plus tôt, contre Ninive. Elle était devenue plus facile encore^ car la monarchie assyrienne avait été depuis lors en s'affaiblissant toujours, et avait successivement perdu toutes ses provinces. Cependant, au dernier moment, quand les armées coalisées des Babyloniens et des Mèdes se présentèrent sous les remparts de Ninive, Tantique courage des Assyriens parut se réveiller. La ville résista avec vigueur et opiniâtreté ; il fallut un siège très long pour la réduire; mais à la fin elle fut prise et complètement ruinée, avec un systématique acharnement. Les vainqueurs se partagèrent le territoire de TAssyrie; les Mèdes eurent les montagnes septentrionales et orientales, c'est-à-dire la moindre partie de la contrée; le roi de Babylone joignit à ses États toutes les immenses plaines de la région méridionale, qui en étaient limitrophes et qui constituaient la portion la plus étendue à la fois et la plus fertile de TAssyrie. Tandis qu'il s'occupait lui-même de l'entreprise contre Ninive et qu'il aidait Cyaxare à rmner le royaume de Lydie en Asie-Mineure, Nabopolassar confia à son fils la tâche la plus difficile, celle qui demandait le plus de vaillance et d'activité, la tâche d'arrêter les progrès do Néchao, qui venait de former le siège de Karkémis, afin de s'emparer du passage del'Euphrate et de recommencer, en Mésopotamie, les expéditions conquérantes des Thoutmès, des Séli et des Rhamsès. Nabuchodonosor, placé à la tête de l'élite des armées chaldéennes, marcha contre les Égyptiens et leur fit essuyer une éclatante défaite sous les murs de Karkémis. « Depuis ce temps-là, dit la Bible, le roi d'Egypte ne sortit plus de son royaume, parce que le roi de Babylone avait emporté tout ce qui était à son ennemi, depuis le torrent d'Egypte jusqu'au fleuve de l'Euphrate. » Nabuchodonosor poursuivit son adversaire, l'épée dans les reins, jusqu'à la frontière de l'Egypte» et il soumit en passant tous les princes syriens et Joakim, roi de Juda; mais ayant appris, devant Péluse, la mort de son père (604), il revint sur ses pas pour prendre possession d'un trône qui, tout récemment élevé, pouvait se trouver ébranlé par un changement de règne. Dans ces circonstances, raconte l'historien babylonien Bérose, il mit ordre aux affaires d'Egypte, de Syrie et des pays adjacents, et confiant à des chefs dévoués la conduite des nombreux prisonniers qu'il emmenait, ainsi que le commandement des garnisons laissées dans les provinces conquises, il partit avec une faible

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escorte, traversa le désert d'Arabie à grandes journées, el arriva ainsi directement à Babylone, où le chef de la caste des Chaldéeos lui remit le gouvernement, qu'il exerçait comme régent depuis la mort de Nabopolassar.

§ 2. — NABucHonoNosoR. (604-561 av. j.-c.)

Nabuchodonosor avait environ vingt-cinq ans lorsqu'il succéda à son père. Déjà populaire dans l'armée à la tête de laquelle il venait de se distinguer d'une manière éclatante, il arrivait au trône, comme Assurbanipal, après un apprentissage du pouvoir el avec la science du gouvernement des peuples. Aucun nom de l'histoire ancienne de l'Orient n'est demeuré plus célèbre ; sa gloire fait pfllir celle des plus grands rois de Ninive, el il personnifie le faste asiatique uni au despotisme absolu dans

NnbuchodoDOtor. (Camée du muaée de La Ht;e.)

tout ce qu'ils ont jamais eu de plus arrogant, de plus effréné, de plus tyrannique. Les Juifs qu'il subjugua el emmena en captivité ont raconté son histoire en termes malveillants et pleins de rancune ; à cause de la place considérable qu'il occupe dans les Livres saints et d'une maladie grave qui, vers la fin de son règne, lui enleva momentanément l'usage de ses facultés intellectuelles, les prédicateurs chrétiens n'ont cessé de le représenter comme l'instrument des vengeances de Jéhovah irrité de l'infidélité de son peuple, et aussi comme un mémorable exemple de l'orgueil et de la puissance humaine frappés et et anéantis par la colère divine.

Il existe au musée de La Haye ' un camée en onyx qui nous a conservé

' Menant, Calalogw: des cylindres orientaux du cabinet royal drg Médaillei de La Haye, p. 60 n. 151. Le musée ile Berlin possède de ce camée une reproduclion antique en verre coloré, Cr. nolamment E. Schrader, Velier einen ail babylonisehen E(Eitipl. MuKums imd einige andere Cylinder vnd Gemmen, dans les Monatsberichte de l'Académie do Berlin, 1879, p.',297i cf. p. 785.

les (rails de Nabuchodonosor. La tète du prince, jeune encore et imberbe, est coiffée d'un casque à crinière qui a beaucoup d'analogie avec une des formes de casque les plus usitées chez les Grecs. Les traits du visage respirent l'énergie guerrière, sans qu'on n'y trouve rien qui se rapproche du caractère voluptueux et efféminé qu'on rencontre presque toujours chez les rois de Ninive. Autour de la tête, on lit cette inscription : « Au dieu Marduk, son maître, Nabuchodonosor^ roi de Babylone, a fait ceci. » C'était évidemment le sceau que le grand roi apposait au bas des actes de sa toute-puissance.

Comme il arrive pour tous les grands conquérants, la légende s'empara de lui, lui donna des proportions surhumaines, lui faisant accomplir des exploits prodigieux tant en Occident qu'en Orient, et donner des chahies au monde entier. Slrabon, d'après Megasthène, lui fait traverser l'Europe, pénétrer l'Espagne et porter ses armes jusqu'aux colonnes d'Hercule; il en coûte aussi peu, à différents auteurs de l'antiquité classique, de le promener à travers la Perse, l'Inde, la Bactriane et l'Arménie et de lui faire honneur des conquêtes que d'autres récits fabuleux attribuent à Sémiramis. Son rôle historique, réduit à ses proportions véritables^ n'a pas besoin d'être embelli pour être grand, et les frontières de son empire ne demandent pas à être reculées pour être immenses. Elles n'atteignirent point, cependant, les proportions démesurées de l'empire des Sargonides ; ne dépassant pas, à l'est, le bassin du Tigre et la chaîne du Zagros qui formaient la limite du royaume des Mèdes, elles s'arrêtaient, au nord, au contour des monts arméniens sans les franchir, et rejoignaient la Méditerranée en Cilicie; le désert d'Arabie et l'isthme de Suez en étaient la limite méridionale. Ce furent non seulement ses victoires sur les Égyptiens, les Juifs et les Phéniciens qni firent de Nabuchodonosor un grand prince, ce sont aussi les embellissements de Babylone qui, sous son règne, atteignit un degré de splendeur que n'avait pas connu Ninive elle-même. Sans lui, Babylone n'eut été qu'une grande et opulente cité, et n'eut point occupé une place prépondérante dans l'histoire du monde ancien; il en fit la reine de l'Asie, et elle parut née, selon l'expression de Bossuet, pour commander à toute la terre. Aussi, le nom de la cité chaldéenne est-il étroitement lié à celui du prince qui fit travailler des armées d'esclaves à sa triple enceinte de remparts, à ses quais et à ses rues pavées de briques^ à ses temples et à ses palais féeriques, à ses tours gigantesques, à ses jardins étages en terrasses qui passèrent pour l'une des sept merveilles du

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monde. Elle-même fui la merveille des merveilles, et Nabucbodooosor fut le plus fastueux de tous les rois, e( si puissant qu'il voulut se faire adorer comme un dieu.

EbcIhu ta InraJI *.

Et qui donc aurait pu porter ombrage à sa puissance ? Ce n'était pas l'Egypte, à laquelle il restait k peine assez de sève-pour vivre de son passé, malgré l'ardeur belliqueuse qu'avait un instant déployée son roi

' D'après un bas-relief de Koyoundjik,

Néchao n ; ce D'était pas le royaume juif, maintenant à Tagonie, et qui,

depuis la mort de Salomon, n'avait jamais fait que trembler pour son ' D'aprèi un ba*>relie( de KoyouD<)jiI(,

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indépendance; ce n'étaient pas non plus les Phéniciens que nous verrons succomber, malgré les hautes et solides murailles de leur métropole; quant aux Lydiens, ils avaient, à ce moment, maille à partir avec les Mèdes qui cherchaient à leur ravir l'indépendance. Seuls, les Mèdes qui avaient hérité de toutes les provinces orientales et septentrionales de l'empire assyrien, eussent été assez forts pour disputer à la Chaldée la prépondérance. Le choc se produira un jour, car il était impossible que deux royaumes aussi vastes que Tétaient le médiqueet le chaldéen, aux frontières indécises^ et qui ne vivaient que par la guerre et pour elle, restassent longtemps en termes de bon voisinage et consentissent à se partager la domination sur le monde oriental. Mais pour le moment, Mèdes et Chaldéens venaient de se liguer contre Ninivedont ils s'étaient distribué les dépouilles. Nabuchodonosor avait épousé la fîUe de Gyaxare, et les deux empires naissants avaient, chacun de son côté, quelque chose de plus pressé à faire que de s'entre-détruire. Les Mèdes avaient à lutter contre les Perses et les Arméniens, les Chaldéens avaient à asseoir leur domination sur la côte de Syrie : les intérêts n'étaient donc pas encore rivaux et la paix faisait le compte d'Ecbatane aussi bien que de Babylone.

Les qualités brillantes que Nabuchodonosor avait déployées dans la campagne contre l'Egypte faisaient prévoir aux clairvoyants que l'Asie antérieure ne gagnait rien à la chute de Ninive et qu'elle ne faisait que changer de maître. L'année même où le fils de Nabopolassar recevait la couronne royale des mains des prêtres chaldéens, le prophète juif Jérémie s'écriait :

(( Ainsi a dit Jéhovah, Dieu des armées : Parce que vous n'avez point écouté mes paroles,

« Voici que j'enverrai et que je rassemblerai tous les peuples de l'Aqui- Ion sous les ordres de Nabuchodonosor, roi de Babylone, mon serviteur, et je les ferai venir contre ce pays-ci et contre ses habitants, et contre toutes les nations des environs, et je les détruirai de fond en comble, et je les mettrai en désolation et en sifilements, et en déserts éternels;

« Et je ferai cesser parmi eux le cri de la joie et de l'allégresse, la voix de l'époux et la voix de l'épouse, le bruit de la meule et la lumière des lampes ;

« Et toute cette terre sera un désert et une solitude, et ces peuples seront asservis au roi de Babylone pendant soixante-dix ans *• »

* Jérém., xxi, S-ll.

Sans écouter ces avertissements prophétiques, le roi des Juifs, Joakitn, entra dans la conspiration ourdie par Nékao, roi d'Egypte, avec tous les princes syriens, pour rejeter le joug de Babylone. Aussi, deux ans à peine après que la mort de son père Teut laissé seul en possession du pouvoir (602), Nabuchodonosor, revenu en Syrie, attaqua Joakim, roi de Juda, lui imposa un tribut et emmena à Babylone de nombreux otages, avec une partie des vases sacrés du temple de Jérusalem ; mais trois ans ne s'étaient pas encore écoulés que le prince hébreu se révoltait de nouveau, comptant toujours sur Tappui de TÉgypte, qui ne fit rien en réalité pour le soutenir, et mourait presque aussitôt, laissant sur la tête de son fils, Jéchonias, tout le poids des suites de sa rébellion. Jéchonias ne régna que trois mois. Nabuchodonosor envoya contre lui un de ses généraux à la tête d'une armée recrutée principalement chez les Ammonites et les Moabites, les ennemis nés des Juifs. Un peu plus tard, le roi de Babylone se rendit lui même en Judée, et le jeune roi de Juda se vit, après trois mois de résistance, obligé de se remettre entre les mains de son ennemi avec toute sa maison (599). Nabuchodonosor ne se contenta pas de ces captifs royaux, il entra dans Jérusalem, dépouilla le temple et le palais de tous leurs trésors, emmena prisonniers les plus vaillants hommes de Tarmée au nombre de dix mille, avec une partie des artisans, entre autres les forgerons elles armuriers, pour que le pays ne pût pas se remettre sérieusement en état de défense ; il ne laissa enfin dans la ville que les gens les plus pauvres. Il transféra aussi à Babylone Jéchonias avec sa mère, ses femmes et ses eunuques, et il y enferma, dans une étroite prison, l'infortuné roi de Juda. Puis, affectant de laisser à la nation une ombre d'indépendance, il plaça sur le trône de Jérusalem Toncle du jeune prince, Mattaniah, qui prit en montant sur cette apparence de trône, le nom de Sédécias.

Le nouveau roi, non moins aveugle que ses prédécesseurs, resta sourd aux avertissements de Jérémie, qui lui conseillait une politique de prudence et de soumission envers le monarque de Babylone. Étant parvenu à ourdir une coalition avec le roi d'Egypte, Tyr, Sidon et même avec Ammon et Moab, il se crut en état de secouer le joug et se mit en rébelUon ouverte par le refus du tribut de vasselage (590).

Nabuchodonosor, irrité que le roi des Juifs, Sédécias, sa créature, l'eut ainsi odieusement trahi, se mit immédiatement en campagne ; pourtant, à la nouvelle que toute la Syrie était soulevée, il hésita un instant, indécis sur quel point il porterait les premiers coups; il s'arrêta et con-

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sulta les devins : « Le roi de Babylone, dit le prophète Ézéchiel, s'arrêta au carrefour de deux chemins, à Tembranchement de deux routes, pour interroger les devins ; il mêla les flèches enchantées, interrogea les Teraphim^ scruta le fore des victimes. La divination du chemin de droite fut contre Jérusalem; elle fut pour dresser des béliers contre ses murs, y porter le carnage, y jeter le cri d'alarme, aligner les machines de guerre contre les portes, élever des retranchements, construire des bastions'. » Il partagea donc son armée en deux corps, et tandis qu'une partie se dirigeait droit sur Tyr dont elle commença le blocus^ il vint lui-même en personne avec le gros de ses forces contre Jérusalem. Il fut toutefois obligé, presque aussitôt, de lever le siège de cette ville pour aller offrir la bataille au pharaon Ouhabrâ qui faisait semblant de s'avancer au secours de Sédécias.

Le roi d'Egypte s'étant retiré sans coup férir, les Chaldéens revinrent en Judée, prirent les villes de Lachis et d'Asécha, et reparurent devant Jérusalem. Durant dix-huit mois, les Hébreux de la capitale repoussèrent toutes les attaques et opposèrent aux assiégeants une résistance héroïque, malgré Jérémie qui prêchait la soumission à l'Assyrien. A la fin, la famine triompha de leur constance. Les Assyriens pénétrèrent par une brèche dans la ville, d'où Sédécias chercha à s'enfuir avec quelques serviteurs vers le Jourdain ; mais il fut pris par les Chaldéens dans la plaine de Jéricho et amené au roi de Babylone, qui fit égorger ses fils en sa présence, lui creva les yeux à lui-même et l'emmena chargé de chaînes à, Babylone (588). Un mois après, Nabuzardan, commandant des gardes du monarque babylonien, entra dans la ville, et aussitôt l'œuvre de destruction commença. Le temple de Jéhovah et le palais royal furent brûlés ; le grand-prêtre fut massacré avec soixante des principaux habitants, et toutes les familles de la classe supérieure qui ne s'étaient pas cachées dans le désert, furent emmenées en captivité.

Nabuchodonosor avait élevé un Hébreu, Godolias, ami du prophète Jérémie, à la dignité de gouverneur du territoire de Juda où il ne restait plus que le peuple des campagnes à qui l'on distribua les terres des riches, tous emmenés prisonniers. Mais l'homme des Assyriens ne pouvait être qu'odieux au peuple qu'il avait le triste courage de vouloir gouverner : il fut auboutdequelquesmois, assassiné par un personnage de la maison royale, nommé Ismaël. Les principaux Juifs demeurés

« Ezech. XXI, 26-27.

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dans le pays, craignant la vengeance, de Nabuchodonosor, s'enfuirent, entraînant de force Jérémle,et se retirèrent en Egypte, où ils espéraient trouver quelque sécurité. Mais Ouhabra, en leur donnant asile, ne fit qu'attirer sur ses États la colère du monarque babylonien. La partie orient? 'e du Delta fut envahie et livrée aux ravages de l'armée chaldéenne qui se rabattit ensuite sur la Judée et acheva la ruine de ce malheureux pays (en 581 av. J.-C). Cette fois, les plus intrépides parmi les patriotes juifs furent contraints de se laisser aller au désespoir et d'abandonner le projet de relever jamais Jérusalem : « Dieu ne nous regarde plus, dirent-ils, Jéhovah a abandonné la terre d'Israël. »

Les alliés des Juifs, Ammonites, Nabathéens et Moabites subirent le même sort; leur territoire fut ravagé et incendié, et la plus grande partie des habitants, emmenés en esclavage, fut parquéo comme un troupeau de bétail, dans quelque quartier excentrique de l'immense cité chaldéenne.

L'altier roi de Babylone n'était point encore satisfait; il aspirait à la conquête de la Phénicie, dont les immenses richesses excitaient ses convoitises. Depuis longtemps aussi, la grande voix des prophètes avait annoncé au peuple de Tyr, en possession depuis six cents ans de l'hégémonie sur les autres viUes, les malheurs qui le menaçaient. « Voici, disait Ézéchiel, que j'amènerai contre Tyr Nabuchodonosor, roi de Babylone, roi des rois, avec sa cavalerie et ses chars. Il élèvera des tours de bois, des chaussées en terre contre les remparts, il fera frapper ses béliers. » Les Ty riens, soutenus par leur roi Ithobaal III, résistèrent longtemps avec la constance et l'opiniâtreté qu'ils avaient jadis montrées contre Sargon, et le siège de leur viUe ne dura pas moins de treize ans. Peut-être le roi de Babylone n'eut-il jamais réussi à s'emparer de la ville; mais à la fin, suivant le récit de la plupart des historiens^ le roi Ithobaal, fatigué de cette lutte qui ruinait le commerce phénicien, offrit sa soumission à Nabuchodonosor et consentit à n'être désormais que son vassal (en 574). Les colonies que Tyr possédait alors sur la côte septentrionale de l'Afrique cl en Espagne, comme Car thage, non encore indépendante, et Gadès (aujourd'hui Cadix) reconnurent nominalement la suzeraineté du vainqueur de la mère-patrie» Après la ruine de Tyr, Nabuchodonosor, à l'imitation des grands conquérants égyptiens ou assyriens qui l'avaient précédé, fit ériger sa statue à l'embouchure du Nahr el Kelb, et graver sur le rocher qui domine le cours du fleuve, une grande inscription en son honneur, dans laquelle il ne parle malheureu-

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sèment guère que de ses constructioDs à Babylone et de ses sacrifices aux dieux, en reconnaissance de ses victoires.

Maître de la Palestine et de la Syrie converties en désert, Nabuchodonosor entreprit, dans la péninsule arabique, une grande expédition qui laissât loin derrière elles celles d'Assarhaddon et d'Assurbanipal. Au fur et à mesure que s'étendaient les relations commerciales, on parlait davantage des richesses de TYémen et de Tor d'Ophir qui avaient déjà vainement excité la cupidité des rois de Ninive. Pas plus que ses prédécesseurs, le monarque chaldéen ne poussa assez loin à travers le désert pour atteindre le grand entrepôt du commerce de Flnde avec l'Egypte, et après tant de fatigues, il put douter qu'Ophir existât ailleurs que dans rimagination des marchands. Parti de Douma, il traversa le Nefoud et le Nedjed, en se ravitaillant aux rares points d'eau de cette zone lorride, puis il se rabattit sur le Hedjaz et le Nabit, en suivant les chemins parcourus alors par les caravanes, comme ils le sont encore de nos jours. Si l'on en croit les traditions arabes qui ont conservé son nom sous la forme Bokhtnassar, il battit lesDjorhom Jectanides à Dhât-irik, et atteignit la frontière du Yémen occidental. Mais la renommée de ses exploits, en se répandant chez les nomades du désert, lui fut nuisible, car elle contribua à faire le vide autour de son armée; tout s'enfuyait à son approche, et bientôt les privations de toutes sortes, les fatigues, les marches incessantes, la chaleur et l'incertitude de la route, lui firent hésiter à s'avancer davantage dans les solitudes inexplorées du grand désert de Dahna : il battit en retraite, sans être inquiété d'ailleurs par aucun ennemi, et emmenant prisonnières deux tribus entières, celles d'Ouabar et d'Hadhoura qu'il installa en Ghaldée. Cette grande razzia manquée, d'oîi Nabuchodonosor ne rapportait guère que des pierres précieuses et quelques autres produits du désert, ne servit qu'à répandre son terrible renom de gloire chez des tribus lointaines, qui le considèrent comme un envoyé du ciel et brodèrent autour de son nom, pendant des siècles^ les légendes les plus fantastiques, comme en pouvaient seules concevoir des imaginations orientales.

La dernière expédition de Nabuchodonosor fut dirigée contre l'Egypte dont la ruine, comme celle de Tyr et de Jérusalem, avait été prédite par les prophètes d'Israël. Ce fut d'abord Une guerre maritime entre la flotte égyptienne et k flotte phénicienne maintenant au service du roi de Babylone. Une grande bataille navale se livra dans les eaux de Chypre et donna la victoire aux Égyptiens, qui s'emparèrent de Sidon et de

■ D'après un bas-rcliul du palais de Koyoundjik.

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