‹ Histoire ancienne de l'Orient [Texto impreso]Chapitre 61 sur 98 · NABOPOLASSAR (62S A · texte numérisé non relu

NABOPOLASSAR (62S A

ordre, en conquérant toutes les contrées qui avaient formé pendant plusieurs siècles les provinces septentrionales de la monarchie assyrienne, et en pénétrant jusque dans TAsie-Mineure. Ce roi étaitCyaxare, ainsi que nous l'apprend Hérodote; Nabopolassar ourdit avec lui un complot contre la puissance ninivite, et, pour sceller l'alliance, maria son fils, Nabuchodonosor, avec la fille du roi de Médie, nommée Amytis. Cyaxare vint mettre le siège devant Ninive, et Nabopolassar, se proclamant roi, lui envoya de nombreuses troupes auxiliaires pour l'aider dans son entreprise.

Nous avons déjà raconté comment l'invasion des Scythes, en fondant subitement sur la Médie et en Tasservissant momentanément, sauva pour quelque temps de la destruction la capitale de l'Assyrie. Babylone et la Ghaldée demeurèrent à l'abri des ravages des barbares ; Nabopolassar fut donc plus heureux que son allié; s'il dut renoncer, pour le moment, à la prise de Ninive et laisser subsister encore un fantôme de monarchie assyrienne, il demeura paisible possesseur de ses États, et mit ce temps à profit pour affermir l'indépendance qu'il avait conquise, ainsi que pour fonder sur des bases solides la puissance de la royauté babylonienne.

Profitant de la faiblesse et de l'inaction d'Assur-edil-ilane, il conquit la portion occidentale et araméenne de la Mésopotamie, c'est-à-dire l'Osrhoëne, et réduisit le descendant de Sargon et de Sennachérib à la possession du pays d'Assur proprement dit. Mais il ne fit pas franchir l'Euphrate à ses armées, évitant d'entrer en lutte, avant que Ninive ne fût définitivement tombée, avec le roi d'Egypte Néchao, qui, à ce moment, vainqueur de Josias, roi de Juda, àMageddo, conquérait toute la Syrie et prenait sa part des dépouilles de l'empire assyrien.

Tandis qu'il étendait ainsi son territoire et substituait graduellement la domination de Babylone à celle de Ninive, Nabopolassar s'occupait activement de rendre à sa capitale son antique splendeur, et de relever ses édifices, dont la plupart, malgré les travaux d' Assarhaddon , tombaient en ruines. Nabopolassar avait épousé une princesse qu'Hérodote appelle Nitocrîs et que son nom purement égyptien (Net-aker, la Nuit victorieuse) semble indiquer comme née sur les bords du Nil et appartenant à la famille royale, originaire de Sais, qui régnait alors sur la terre des Pharaons. Nilocris ne parait pas avoir eu dans l'État, à côté de son mari Nabopolassar, une situation moins considérable que Sammuramit (la Sémiramis d'Hérodote), à côté de Raman-Nirar III. II semble que ce fut

elle qui dirigea les grands travaux exécutés alors à Babylone, car Hérodote, si exact et si bien informé de toute Thistoire du royaume chaldéen à cette époque, lui en attribue la gloire, tandis que Nabuchodonosor, dans ses inscriptions officielles, la rapporte à son père.

« Parmi plusieurs ouvrages dignes de mémoire, dit Hérodote, Nitocris fit celui-ci. Ayant remarqué que les Mëdes, devenus puissants, ne pouvaient rester en repos, et qu'ils s'étaient rendus maîtres de plusieurs villes, elle se fortifia d'avance contre eux autant qu'elle le put. Premièrement, elle fit creuser des canaux au-dessus de Babylone; par ce moyen, l'Euphrate, qui traverse la ville parle milieu, de droit qu'il était auparavant, devint oblique et tortueux, au point qu'il passe trois fois par Ârdéricca, bourgade d'Assyrie; et encore maintenant, ceux qui se transportent de la Méditerranée à Babylone rencontrent , en descendant TEuphrate, ce bourg trois fois en trois jours.

« Elle fit faire ensuite, de chaque côté, une levée digne d'admiration, tant pour sa largeur que pour sa hauteur, bien loin au-dessus de Babylone; et à une petite distance du fleuve, elle fit creuser un lac destiné à recevoir ses eaux quand il vient à déborder. 11 avait 420 stades de tour; quant à la profondeur, on le creusa jusqu'à ce qu'on trouvât Teau. La terre qu'on en tira servit à relever les bords de la rivière. Le lac achevé, on en revêtit les bords de pierre. Ces deux ouvrages, savoir l'Euphrate rendu tortueux et le lac, avaient pour but de ralentir le cours du fleuve en brisant son impétuosité par un grand nombre de sinuosités, et d'obliger ceux qui se rendraient par eau à Babylone, d'y aller en faisant plusieurs détours, et de les forcer, au sortir de ces détours, à entrer dans un lac immense. Elle fit faire ces travaux dans la partie de ^es États la plus exposée à l'irruption des Mèdes, et du côté où ils avaient le moins de chemin à faire pour entrer sur ses terres.

« Ce fut ainsi que cette princesse fortifia son pays ; quand ces ouvrages furent achevés, voici ceux qu'elle y ajouta : Babylone est divisée en deux parties, et l'Euphrate la traverse par le milieu. Sous les rois précédents, quand on voulait aller d'un côté de la ville à l'autre, il fallait nécessairement passer le fleuve en bateau, ce qui était, à mon avis, fort incommode. Nitocris y pourvut; le lac qu'elle creusa pour obvier aux débordements du fleuve lui permit d'ajouter à ce travail un autre ouvrage qui a éternisé sa mémoire.

« Elle fit tailler de grandes pierres, et lorsqu'elles furent prêtes à être niises en œuvre, et que le lac eut été creusé, elle détourna les eaux

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de TEuphrate dans ce lac. Pendant qu'il se remplissait^ l'ancien lit du fleuve demeura à sec. Ce fut alors qu'on en revêtit les bords de briques cuites, en dedans delà ville, ainsi que les descentes des petites portes à la rivière (la rive de TEuphrate, de l'un et de l'autre côté, était bordée d'une muraille d'enceinte qui enfermait chacun des deux quartiers de la ville). On bâtit aussi au milieu de Babylone un pont avec les pierres qu'on avait tirées des carrières, et on les lia ensemble avec du fer et du plomb. Pendant le jour, on y passait sur des pièces de bois carrées, qu'on retirait le soir, de crainte que les habitants n'allassent de l'un à l'autre côté du fleuve pendant la nuit, afln de se voler réciproquement. Le pont achevé, on fit entrer l'Euphrate dans son ancien lit, et ce fut alors que les Babyloniens s'aperçurent de l'utilité du lac, et qu'ils reconnurent la commodité du pont. »

Le nom de Nitocris ne s'est pas encore rencontré dans les textes cunéiformes qui attribuent à son fils, Nabuchodonosor, leâ grands travaux dont la tradition grecque lui fait honneur. Nous ne connaissons non plus l'histoire de Nabopolassar que par les historiens grecs, car il n'est cité, en fait de documents indigènes, que dans les inscriptions de ses successeurs et dans la formule de souscription de quelques contrats d'intérêt privé.

En 607, Nabopolassar, qui se sentait déjà vieux et affaibli, qui voyait en même temps une lutte sérieuse avec la monarchie égyptienne devenir imminente, par suite des progrès de Néchao, lequel, maitre de toute la Syrie, menaçait déjà l'Euphrate, crut devoir associer a son pouvoir un prince plus jeune et plus actif. Nabuchodonosor régna conjointement avec son père durant les trois années qui suivirent, ce qui a donné lieu à une double manière de compter les dates du nouveau règne, les uns prenant pour point de départ cette association, les autres partant de la mort de Nabopolassar.

L'année 606 avant Jésus-Christ fut décisive dans l'histoire de la monarchie chaldéenne fondée par Nabopolassar; c'est, en effet, à dater de cette année qu'elle devint définitivement la souveraine de l'Asie antérieure, et qu'elle fit passer dans ses mains la totalité de la suprématie guerrière et politique qui avait d'abord appartenu à l'Egypte, puis à l'Assyrie, résultat dû à deux grandes guerres que la royauté de Babylone soutint à la fois en 606, et qui toutes deux se terminèrent pour elle par d'éclatantes victoires.

Les Mèdes étant enfin parvenus à se débarrasser des envahisseurs

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