V. supra, p. 103, n
4. Elle est incompatible avec la théorie, soutenue par de Rongé, selon laquelle l'alphabet phénicien aurait été tiré de l'écriture cursive égyptienne, dite hiératique, forme dégénérée de l'écriture hiéroglyphique, qui était, en principe, une pictographie. Celte opinion a été de nouveau soutenue récemmenl, mais eu admettant, entre la cursive égyptienne et l'alphabet phénicien, une écriture' sémitique intermédiaire, que des inscriptions trouvées au Sinai nous feraient
Phéniciens, consistant dans l'emploi d'un petit nombre de signes très simples pour noter les articulations des consonnes; mais ils n'auraient pas adopté la forme des /e^/res phéniciennes, sauf quatre ou cinq ', qui ressemblaient exactement à des marques ou signes dont ils faisaient usage depuis longtemps. Pour les autres lettres de leur alphabet, ils auraient puisé dans la série de ces marques-. Les lettres qui auraient été empruntées aux Phéniciens auraient appartenu au vieil alphabet de ce peuple, et non pas à celui qui était employé à Carthage. L'emprunt aurait donc remonté à une époque assez lointaine, à moins que ce vieil alphabet ne se fût conservé dans quelque autre colonie phénicienned'Afrique^,oùrauraitconnurinventeurderalphabet libyque. Telle est, je crois bien, l'hypothèse la plus admissible. On s'est demandé^ si celte invention, ou plutôt cette adaptation, n'eut pas lieu sous le règne et par la volonté de- Masinissa, qui fit de grands efforts pour civiliser ses sujets. Cela n'est pas vraisemblable, puisque Masinissa adopta comme langue officielle le punique, dont il souhaita évidemment la diffusion. Et si, malgré cette préférence accordée à la languedes Carthaginois, il eût reconnu l'utilité de donner aux dialectes libyques une écriture qui leur eût encore manqué, il est à présumerqu'il eût simplement choisi l'alphabet punique, comme,, au moyen âge, on se servit de l'alphabet arabe pour écrire le berbère : les bilingues de Dougga attestent que l'alphabet
conuailre; les Phéniciens auraient constitué leur alphabet de 22 lettres en se servant surtout de signes appartenant à cette écriture, et probablement aussi en faisant des emprunts à une écriture égéenne : conf. Glotz, La civilisation égcenne, p. 423 et 438. — Une autre opinion, fort ancienne, mais qui revient en faveur (voir Dussaud, dans, Syria, 1924, p. 147 et suiv.), s'oppose également à la théorie de M. Pétrie : l'alphabet phénicien serait une création originale, d'un caractère entièrement arliflciel, et tous les autres alphabets en dériveraient.
1. Qui auraient été le ghimel (g), le yod (f), — en laissant de côté une barremédiane, — le schin (sh), le law (/) et peut-être le zaïii (r).
2. Cette solution du problème concorde à peu près avec celle que donne Bâtes, East. Llbyans, p. 85-80.