Ou, parfois, végétale
5 L'état actuel du problème totémiqae, p. 220-3. L'opinion de M. Frazer est qu'aucune des races blanches n'a été totémique. 6. V. supra, p. 2-3.
GsELL. — Afrique du Nord. VI. 9
Mais on ne saurait douter que, dès une époque lointaine, des animaux, choisis dans une espèce déterminée, et sans doute d'après des signes particuliers, n'aient eu véritablement un caractère sacré. Il faut revenir sur les gravures rupestres, datant peut-être du second millénaire avant .J.-C.\ qui montrent un bélier, le cou souvent entouré d'un collier, la tête coiffée d'un gros objet de forme arrondie, sphère plutôt que disque, que, parfois, une sorte de jugulaire semble maintenir-. Des figures analogues à celles qui étaient déjà connues dans le Sud oranais ont été découvertes récemment, les unes au Sud de l'Algérie^, les autres dans la région de Constantine '" : ce qui prouve la très large diffusion du culte des béliers. Qu'il ait été célébrédevant les images tracées sur les rochers, il y a tout lieu de le croire; mais ces images ne s'expliquent que par un cuite rendu aux animaux réels qu'elles reproduisent : elles leur assurent le privilège d'être présents en plusieurs lieux, pendant qu'ils vivent, et la survivance, quand ils sont morts. Plus d'une tribu a dû posséder son ou ses béliers sacrés ^; des Berbères qui occupaient, au Sud du Maroc, une montagne escarpée, en adoraient
1. D^autres les croient beaucoup plus anciennes (p. ex., van Gennep, l. c... p. 215 : « Ces gravures rupestres datent de 10 à 12 000 ans >>). Mais le cheval y apparaît parfois (t. I, p. 231) et je ne crois pas qu'il ait élé connu en Berbérie avanfc de l'être en Egypte, c'est-à-dire avant le second millénaire {ibid., p. 232-3).
2. Indications bibliographiques au t. I, p. 226, n. 1-3. Pour les deux béliers de Bou Alem, voir Flamand, Les pierres écrites (Paris, 1921), p. 65-66, 357-365 et pi. IX; ibid., p. 06, 36.5-6, fig. 17 et pi. X. Pour le bélier de Zenaga, mentionné t. I, p. 226, n. 2, voir Flamand, l. c, pi. LI. Pour un autre bélier du même lieu,. Gautier, Sahara ahjérien, fig. 11, en bas (p. 89). Pour le bélier d'Er Richa, Flamande p. 67, 336, et fig. 19, 48, 204. Voir encore Bâtes, East. Lib., p. 196, fig. 82-84 (béliers de Zenaga et de Bou Alepi); H. Basset, Quelques notes sur l'Ammon libyque,. dans les Mélanges R. Basset, I, p. 12 et suiv.
3. A Ksar Zaccar, au Sud-Est de Djelfa : Flamand, dans L'Anthropologie, XXV,. 1914, p. 444, fig. 12. A la gàda de Kharrouba (annexe d'Aflou) : Flamand, Pierres écr., p. 314-8, pi. III et IV.
4. Bosco et Solignac, liée, de Constantine, XLV, 1911, p. 342; pi. IV, n" 4;. pi. V, n" 3. Ces images sont fort imparfaites, et c'est seulement la comparaison avec les gravures du Sud de l'Algérie qui permet d'y reconnaître la coiffure arrondie portée par l'animal.
5. Saint Athanase (Contra génies, 24) dit, d'une manière générale, que les. Libyens considèrent le mouton comme un dieu: conf. t. I, p. 252, n. 2.
encore un dix siècles après J,-C. '. Pourquoi ce culle? Adopté par des pasteurs, était-il en rapport étroit avec l'élevage et destiné à assurer la prospérité des troupeaux? On peut tout au moins le supposer-.
La coiffure arrondie d'un des béliers gravés à Bou Alem^ est flanquée de deux appendices allongés, s'évasant vers le haut et se dressant symétriquement. J'avais cm '% avec d'autres, y reconnaître un attribut proprement égyptien, le disque solaire, flanqué de deux serpents au cou gonflé. Cet attribut, le dieu de Thèbes, Amon, l'a porté, comme d'autres divinités de la vallée du Nil, quand, assimilé au dieu d'Héliopolis, il est devenu un dieu solaire, Amon-Ré, c'est-à-dire Amon-Soleil. Mais l'Amon thébain avait été primitivement un dieu bélier; c'est avec une tête de bélier qu'on le représente à l'époque historique % à Thèbes, comme aussi dans l'oasis de Syouah (au Sud-Est de la Cyrénaïque) '^, où le dieu thébain a possédé un sanctuaire fameux. J'en avais conclu que c'était le culte égyptien de cet Amon, à la fois Bélier et Soleil, qui s'était répandu à travers la Berbérie dès le second millénaire avant notre ère. Aujourd'hui, cette hypothèse ne me paraît plus admissible.
On a fait remarquer^ que les deux appendices de la gravure -de Bou Alem offrent une ligne qui les partage en deux dans le sens de la longueur : ce qui convient à des plumes, et non pas à des serpents. Sur une gravure de la gâda de Kharrouba^, la coiffure ronde d'un bélier sacré est flanquée de quatre appendices, disposés symétriquement : une paire en haut, une autre
1. El Bekri, Descr. de rAfrique septentr., trad. de Slane, édit. d'Alger, p. 30o. Pour une idole à tête de bélier découverte en plein Sahara, v. infra, p. 161.