Coûf., pour la Gaule, Jullian, L c, VI, p
leurs sanctuaires sur les hauts-lieux : il est possible que, çà -et là, un Baal ait dépossédé l'obscur génie de la montagne. A l'époque romaine, des dieux indigènes ont dû céder la place à de plus puissants qu'eux : Saturniis, — qui, du reste, était le Baal Hammon punique, — s'emparant des sommets; Neptunus, des sources; Silvanufi, des bois; Pluto, des grottes'; etc.
Mais, si les dieux changeaient, les générations qui se succédaient ne pouvaient se détacher des sites où des actes religieux s'accomplissaient depuis tant de siècles. Au temps de saint Augustin, des chrétiens croyaient prier Dieu d'une manière plus efficace en gravissant des cimes, ou en descendant dans des souterrains'. A des martyrs dont on n'avait pas le corps, ni même une relique, on élevait des chapelles dans les champs, ■ou au bord des routes^ peut-être aux lieux qu'avaient jadis hantés les génies et habités les dieux. Maintenant, on y vénère des marabouts, vagues êtres légendaires, voire même dépourvus de toute légende, auxquels on donne souvent un nom d'arbre, de source, etc., ou qu'on appelle ingénument « Monseigneur l'Inconnu », « Monseigneur l'Etranger y)\ C'est un léger parfum -d'islamisme, — à peine orthodoxe, — répandu dans un air saturé de sainteté depuis des siècles.
1. Pour Pluton, voir Gsell, dans Mélanges de l'École de Rome, XXIII, 1903, p. 23.
2. Saint Augustin, Sermons, XLV, 7 : « Carnaliter sapientes, quia vident plerumque nubes inhaerere in lateribus moutium, ascendant in montes, ut proximi sint Deo. Oralione tua vis contingere Deum?... Humilia te, ne carnaliter accipias, descendens in hypogaeas, ut ibi roges Deum. Nec hypogaeas, nec montera ■quaeras. »
3. Canon d'un concile africain {apud Mansi, Concil. coll., III, p. 782, can. 83) : « Placuil ut altaria quae passim per agros et per vias taraquam memoriae majtyrum constituuntur, in quibus nullum corpus aut reiiquiae martyrum ■conditae prodantur, ab episcopis..., si fieri potest,^evertanlur. »