Gsell, Monum., II, p
période carthaginoise, qui sont contemporains des rois numides des ii^-i" siècles. Mais, en pleine époque romaine, on a utilisé beaucoup de ces tombeaux, on en a même construit. Il semble bien que, sans cesser entièrement de faire des dolmens, on n'ait plus eu autant de goût pour ces caissons énormes, d'une édification pénible. Dans la Tunisie orientale et centrale, il n'en est. aucun qui soit incontestablement postérieur au premier siècle avant J.-C. Plus à l'Ouest, le type dolménique se maintint plus longtemps, avec certaines modifications. Le tumulus et la choucha eurent une existence plus longue encore. Ce sont des Berbères qui les ont introduits au Sahara, quand ils sont allés, conquérir le désert, peut-être seulement au iii^ siècle de l'ère j chrétienne.
Mais, si nous remontons le cours des âges, au lieu de le descendre, c'est au iii^ siècle avant notre ère que nous devrons nous arrêter. On ne saurait affirmer que, parmi tous ces tombeaux, il y en ait qui datent d'une époque plus ancienne.
Je le croirais pourtant. Car, sauf quelques emprunts, faciles à discerner et qui ont un caractère exceptionnel, — emploie de pierres de taille, posture allongée donnée aux morts, incinération, vases importés, — ce sont des monuments oii! tout fait contraste avec les civilisations punique et grécolatine : formes, procédés de construction, rites funéraires,^ grossières poteries. Comment les Berbères auraient-ils intro-1 duit chez eux de tels usages en des temps où ils avaient sous les yeux les exemples, si différents, des Phéniciens? Ce n'est pas alors qu'ils les ont adoptés, c'est sans doute bien des] siècles auparavant, et ils y étaient si habitués qu'ils n'y ont quej très difficilement renoncé. Usages qui, en d'autres pays méditerranéens, avaient existé dans des âges lointains, mais en) avaient disparu depuis longtemps à l'époque oii nous les^ constatons en Berbérie : ce qui prouve leur haute antiquité] dans cette contrée, car peut-on croire que les Berbères aient,
par un renouveau miraculeux, imaginé, vers le m" siècle, des procédés de construction, des rites tombés ailleurs en oubli?
Ce raisonnement ne s'applique pas, il est vrai, aux tumulus, sépultures si simples que bien des peuples ont pu en élever sans se connaître : l'idée de jeter sur un cadavre un tas de pierres ou de terre est de celles que tous les hommes sont capables de concevoir et d'exécuter. Il se peut que, de très bonne heure, les ancêtres des Berbères aient fait spontanément des tumulus; en tout cas, ils n'ont pas imité les Phéniciens, qui n'ont pas laissé de ces tombeaux autour de leurs colonies africaines'.
Pour les dolmens, il semble nécessaire d'admettre un lien de parenté entre ceux qui parsèment l'Afrique septentrionale et ceux qu'on retrouve dans tout l'Ouest de l'Europe, en Sardaigne, en Corse, à Malte, dans le Sud de l'Italie, pour ne point parler d'autres terres plus lointaines. Ces monuments mégalithiques exigeaient des procédés d'extraction, de transport, de construction, qui n'ont pas été inventés partout. Et, de fait, ils se présentent, dans l'Occident du vieux monde, en un vaste demi-cercle, qui s'étend depuis la Scandinavie jusqu'au Sahel tunisien, avec des ramifications à travers la Méditerranée, tandis qu'ils font défaut dans l'Europe centrale et dans presque toute la péninsule italique. Quelle qu'ait été leur origine, ils ont passé, soit d'Afrique en Espagne, soit d'Espagne en Afrique. Or, en Espagne, on en a construit depuis la lin de l'époque néolithique jusque vers le début de l'âge du bronze, où ils ont dégénéré en humbles caisses ^ Donc, si l'Espagne les a reçus de l'Afrique, celle-ci possédait des dolmens dès les temps néolithiques; si, au contraire, l'Afrique les a reçus de l'Espagne, ce fut, au plus tard, dans le troisième millénaire avant J.-C.
1. Sauf là où ils ont imité les indigènes : voir t. IV, p. 438.
2. Voir Obermaier, dans Mitteiiangen der anthropol. Gesellschaft in Wien, L, 1920, p. 107 et suiv.
La haute antiquité du type dolménique en Berbérie paraît ainsi démontrée. H reste à retrouver les dolmens qui justifieront cette conclusion.
On a parfois comparé' les chouchet avec des monuments tronconiques en pierres sèches, qui furent construits, à l'époque néolithique, à l'âge du bronze, et même en des temps plus récents, dans des îles de la Méditerranée occidentale : talayots des Baléares, nuraghes de Sardaigne, sesi de Pantelleria^. La plupart de ces tours insulaires ne sont pas des sépultures^; elles se distinguent des chouchet par l'existence de baies d'accès latérales et par la couverture en encorbellement des chambres qu'elles contiennent. Je ne suis guère disposé à admettre une parenté; je crois plutôt que la choucha dérive du dolmen par l'exhaussement du mur cylindrique de l'enceinte*» Que l'idée d'élever ce mur jusqu'à en faire une tour ait été inspirée par la vue de quelque nuraghe ou de quelque talayot, cela n'est pas impossible; il ne faut pourtant pas l'affirmer. Mais des monuments de Magraoua, d'Hammam ez Zouakra, de Tirekbine, offrent, comme nous l'avons indiqué^, des analogies, qui pourraient n'être pas fortuites, avec les talayots et les navetas des Baléares.
Nous avons dit aussi® que des levées de pierres se rencontrent, en Europe comme en Afrique, dans des cimetières de dolmens et de tumulus. Ce n'est pas non plus, peut-on croire, l'effet du hasard.
Passons aux rites funéraires. En Europe, des corps furent ensevelis dans une posture repliée dès les temps paléolithiques. Plus tard, on imposa la même attitude à des morts dans les contrées les plus diverses de l'ancien monde : dans presque toute l'Europe, en Egypte, en Asie Mineure, en Palestine, en