IV
voient dans leurs rêves. Ces morts ne sont donc plus des êtres redoutés, qu'il faut mettre hors d'état de nuire. Ils peuvent connaître et révéler l'avenir; ils peuvent punir le parjure. Cette science, cette puissance, les tiennent-ils de divinités, qui se serviraient d'eux comme d'intermédiaires? Ou sont-ils eux-mêmes des êtres divins, ce qu'Hérodote ne dit pas*?
Quoi qu'il en soit, tous les défunts ne paraissent pas ^ également dignes d'hommages, ni capables de bienfaits. C'est à ses ancêtres que chacun demande la révélation de l'avenir, peut-être parce que, pour les morts, le don de divination est restreint aux affaires de leurs descendants. C'est aux «meilleurs», j et sans doute surtout aux plus puissants, qu'on s'adresse pour être protégé, à ceux auxquels on se serait adressé de leur 1 vivant. Ebauche d'un culte qui, quand il ne se fondait pas sur la solidarité de la famille, pouvait être analogue à celui que l'on rend, après comme avant leur mort, à des personnages marqués d'un caractère sacré, aux marabouts-. Quant aux rois, défunts, on les adorait comme de véritables dieux, dans les. siècles qui ont précédé et suivi l'ère chrétienne ^
\. Pomponius Mêla (I, 46) le dit, à propos des Augilcs (subslilués aux Nasamons, dont parle Hérodole); il dit même que les morts sont leurs seuls dieux : « Augilae mânes tanlum deos putant, per eos deierant, eos ut oracula consulunt, precatique quae volunt, ubi tumulis incubuere, pro responsis ferunt somnia. » Conf. Pliuel'Ancien (qui a la même source que Mêla), V, 45 : « Augilae iuferos tantum colunt. » Mais ces déformations des renseignements donnés par Hérodote soat^ .-ans valeur.