Pour ce.s doux édifices, i'. infra, p. 231 et suiv
honneur aux maçons de Thugga et de Cirla qui les construisirent.
D'autres industries fabriquaient des objets mobiliers. Elles paraissent avoir été beaucoup moins prospères que dans la (jaule indépendante, où elles trouvaient des débouchés plus larges en dehors des villes. Les femmes se chargeaient, nous l'avons vu, de la confection d'une bonne partie des choses nécessaires à leur famille. Certaines industries exigeaient pourtant une installation, un outillage, des connaissances techniques, une régularité et une continuité qui dépassaient le cadre et les aptitudes du travail domestique : par exemple, la fabrication des armes et outils en métal, la bijouterie, la céramique faite au tour et au four. Elles étaient exercées par des hommes, qui en faisaient métier et qui travaillaient à la ville dans des ateliers, sans doute groupés par professions, selon un usage fréquent depuis l'antiquité jusqu'à nos jours. Cependant, il y avait peut-être déjà, comme plus tard en Afrique, des forgerons et des bijoutiers ambulants qui circulaient dans les campagnes, et surtout dans les marchés ruraux*. Il se peut aussi que des potiers se soient établis dans le voisinage immédiat des couches d'argile qui leur fournissaient leur matière première ^ Mais, en général, l'industrie était une occupation de citadins.
Elle nous est presque entièrement inconnue. Un hasard nous apprend qu'on faisait des étoffes de pourpre renommées à Chullu^ (Gollo), sur la côte algérienne. Un ex-voto puiiique
1. Co'nf. t. IV, p. 134. C'est à ces bijoutiers ambulants qu'on pourrait attribuer la fabrication d'une partie des grossiers objets de parure, en cuivre, en bronze, en fer, très rarement en argent, qui se rencontrent dans des sépultures indigènes éloignées des villes.
2. Ce que l'on constate aujourd'hui en divers lieux du Maroc méridional.
3. Solin, XXVI, 1 : « Chullu, purpurario fuco Tyriis velleribus comparata. » On ne sait à qui Solin, auteur du in" siècle de notre ère, a emprunté cette indication; mais on peut supposer que l'industrie, proprement phénicienne, delà pourpre existait à Chullu avant l'époque romaine.
de Cirta mentionne un fondeur'. A Chullu et à Gunugu, on a trouvé des poteries de formes particulières ", ce qui permet de croire à l'existence de fabriques locales.
Dans l'inscription bilingue du mausolée de Dougga, les ouvriers et leurs pères portent des noms qui sont ou paraissent être libyques, sauf un des deux fondeurs en fer, dont le nom, Shafot, est phénicien ^ Le fondeur de Cirta et son père ont aussi des noms phéniciens. Mais, s'il devait être rare que des gens d'origine phénicienne reçussent des noms libyques, il est certain que des noms phéniciens ont été donnés à des Libyens \ Nous pouvons donc supposer que les ouvriers étaient, en majorité, indigènes. D'ailleurs, ces hommes, vivant dans des villes de civilisation phénicienne, devaient être les élèves, directs ou non, de l'industrie punique. C'est seulement pour les potiers que nous en avons des preuves. Des tombes de cette époque, fouillées à Collo, à Gouraya^, à Béja", à Téboursouk ^, à Dougga% à Bulla Regia^, à Constantine*", etc., contenaient des poteries vulgaires, fort analogues à celles qui garnissent les sépultures les plus récentes de la première Carthage. Ce sont des produits africains, de vente courante, qu'on fabriquait dans diverses villes. Quelques formes puniques ont persisté jusqu'à nos jours dans des centres urbains".
1. Chabot, Pan., p. 104. 11 s'appelait Abdraelqart et était fils d'un Adonibaal.
2. Gsell, Fouilles de Goaraya, p. 32, 43; ici, t. IV, p. 20, n. 5; p. 58.