‹ Histoire ancienne de lÁfrique du nord (volume 3)Chapitre 148 sur 319 · V. supra, p · texte numérisé non relu

V. supra, p

3. Traits de cruauté de Jugurtha : Salluste. Jug., XXVI, 3; de Bocchusl'Anciea : De viris lllustr., 66; de Juba l" : César, Bell, civ., II, 44, 2; Bell. Afric.,LXWl, 4; LXXIV, 3; XGI, 3. Etc.

Ils ont besoin de grandes ressources, non seulement pour alimenter leur vie luxueuse, mais encore pour payer les concours qui leur permettent de rester debout et de réunir ces ressources mêmes. Leurs meilleurs contribuables sont les citadins et les gens sédentaires des plaines, sur lesquels leur autorité s'étend sans trop d'efforts et qui peuvent acquérir du bien-être en se livrant au commerce et aux travaux de la terre. Le souverain a tout profit au développement de l'agriculture, qui lui donne des sujets d'une exploitation fructueuse. Son intérêt lui commande de leur assurer une existence qui ne soit pas trop inquiète. Il faut les empêcher de s'entre-détruire; il faut surtout les protéger contre les pilleries et les violences des nomades. Les déplacements de ceux-ci doivent être surveillés et leurs excès réprimés. On peut, du reste, tirer d'eux quelques revenus, par des taxes sur les troupeaux qui transhument : la nécessité d'amener leur bétail dans le Tell les engage à se montrer accommodants lorsqu'ils ne se sentent pas les plus forts. Quant aux tribus qui occupent des régions d'accès difficile, le roi leur interdira de porter le désordre ailleurs et, même sans pénétrer chez elles, il leur inspirera le désir de vivre en paix avec lui, par la menace de leur fermer les marchés où elles viennent vendre et acheter; mais il ne cherchera à les soumettre et à exiger d'elles des impôts que s'il juge que le bénéfice en vaudra la peine.

Il est aussi de son intérêt de développer les relations commerciales et d'en garantir la sécurité, car il pourra lever des taxes sur les ventes, des droits de douane et de péage. Comme la plupart des impôts ne lui sont pas versés en argent, il doit sans doute être commerçant lui-même, pour obtenir de l'étranger le numéraire dont il a besoin, par la vente des produits en nature que ses sujets lui livrent. Il doit encore chercher à acquérir de vastes propriétés foncières, sur les fruits desquelles, il se réservera une part plus forte que là où il perçoit seulement un impôt comme souverain.

On voit que la volonté de maintenir son autorité contre les tendances anarchiques de son peuple l'astreint à de lourds devoirs. D'autant plus lourds que tout, ou presque tout, repose sur sa personne, sur son intelligence, son activité et son énergie. Si son âge, — trop de jeunesse ou trop de vieillesse, — si la fragilité de son corps ou la faiblesse de ses facultés l'empêchent de remplir son rôle, il peut arriver que, derrière lui, un parent, ou même des serviteurs* exercent en fait le pouvoir. Mais le prestige, élément important de la royauté, leur manque, et la tentation est trop forte pour ces hommes de faire passer leurs intérêts avant ceux du maître nominal, incapable de défendre les siens. L'Etat se décompose vite, car il n'est pas soutenu par une armature administrative.

Assurément, le roi ne peut se passer d'agents pour l'expédition des affaires : secrétaires, comptables, trésoriers, intendants, courriers, etc. ^ Mais rien ne nous permet d'entrevoir l'existence d'un corps de fonctionnaires régulièrement organisé. Libres ^ ou esclaves, ces gens sont au service personnel du souverain; les offices de cour et d'Etat se confondent.

Il est également fort douteux que le roi ait été secondé par de véritables ministres, dignitaires aux attributions nettement définies. Auprès de lui, il n'a que des hommes auxquels il donne et retire, quand il lui plaît, sa confiance, se déchargeant sur eux, soit d'une affaire particulière qui se présente et qu'il importe de résoudre, soit d'un ensemble d'affaires connexes,

1. Le dernier roi de Maurétanie, Ptolémée, abandonna le gouvernement à des affranchis : Tacite, Ann., IV, 23.

2. Pour des scribes, peut-être royaux, mentionnés à Cirta, v. supra, p. 135.

3. Gomme dans le maghzen marocain, les emplois qui exigeaient de l'instruction devaient être tenus surtout par des citadins : les villes puniques pouvaient, à cet égard, fournir aux rois de bons agents. Cependant Nabdalsa, auquel Jugurtha abandonne une partie des alïaires, a pour secrétaire un Numide : Salluste, Jug., LXXI, 3-4. Un Numide, originaire d'une petite ville indigène, est qualifié par Salluste de proxumus lictor de Jugurtha : ibid., XII, 3-4.

LES ROIS ET LEURS SUJETS. 14i

qui, dans un Etat bien ordonné, ressortiraient à un département ministériel permanent'. Ce sont, de préférence, ses proches parents, et tout d'abord ses fils, qu'il emploie ainsi : ils reçoivent de lui des missions diplomatiques^, des commandements militaires, tantôt en Afrique même% tantôt à la tête de troupes qu'il met à la disposition de ses alliés*. Il a aussi des « amis », terme dont se servent souvent les auteurs grecs et latins^ Quand ils n'appartiennent pas à sa famille, ces amis sont peut-être surtout des chefs de grandes tribus et de peuplades^, qui viennent faire à la cour des séjours plus ou moins longs. Le roi prend leur avis dans les cas graves^ et leur confie des missions, officielles ou secrètes ^ Il les charge de comman.dements dans

1. Après la mort de Masinissa, ses trois fils eurent en commun le titre de roi, mais l'un s'occupa de l'administration et des finances, le second des affaires militaires, le troisième de la justice : supra, p. 123. Il se peut que même des rois qui n'avaient pas de collègue aient institué un partage analogue, en déléguant, par exemple, toutes les alTaires judiciaires à un prince de leur famille où à quelque autre personnage. Le père du roi Gaïa, Zilalsan, qui ne fut pas roi, mais qui appartenait à la famille royale, est qualifié de suféte sur la dédicace d'un temple élevé à Masinissa (conf. sapra, p. 132); peut-être, sous le règne d'un de ses parents, fut-il chargé de remplacer le souverain comme grand justicier.

2. Gulussa et Masgaba, fils de Masinissa, envoyés par lui au Sénat romain : Tite-Live, XLII, 23 et 24; XLIIl, 3; XLV, 13-14; Epit. l. XLVIII. De môme, un fils de Jugurtha : Salluste, Jug., XXVIII, 1. Mission à Rome de Juba, fils du roi Hiempsal : Gicéron, De le.ge agrar., Il, 22, 59. Mission de Micipsa et de Gulussa à Garthage, en 151-150 : Appien, Lib., 70.

3. Masinissa, sous Gaïa : Tite-Live, XXIV, 49, 4 et 6. Vermina, sous Syphax ; ibid., XXIX, 33. Volux, sous Bocchus : Salluste, Jug., CI, 5; CV, 3. Bogud, sous le même roi, selon Paul Orose, Adv. pagan., V, 21, 14.

4. Masinissa, sous Gaïa, en Espagne, avec les Carthaginois : voir t. II, p. 363, n. 1. Misagène, sous Masinissa, en Orient, avec les Romains : Tite-Live, XLII, 29; 62; 65; 67; XLIV, 4; XLV, 14. Un fils de Masinissa. en Espagne (?) : Appien, Lib., 68 (conf. t. III, p. 310). A ces fils de rois, on peut joindre Jugurtha, envoyé par son oncle Micipsa auprès de Scipion Émiiien. devant Numance : Salluste, Jug., VII, 2; Appien, Iber., 89.

5. 0!y.crot, ;p:>,ot, amici, proxiini, necessarii, familiares. Polybe, XV, 3, 5. Salluste, Jug., XIV, 15; XXVIII, 1;XXXV, 4 et 9; LXI, 4; LXXIV, 1; LXXX, 3; XCVII, 2; Cil, 15; cm, 2; CXIII, 3; ibid., 5 et 6. Strabon, II, 3, 4. Tite-Live, XXIX, 30, 3. Frontin, Strat., 1, 8, 8. Appien, Namid., p. 164, coll. Didot.

6. Tychaios, « ami » de Syphax, possède les meilleurs chevaux de^toute r.\frique; il amené à Hannibal deux mille cavaliers (Polybe, l. c).

7. Salluste, LXII, 1; LXX, 1; LXXX, 3; XCVII, 2; Cil, l.ï; ClII, 2; CXIII, 3. Strabon, l. c.

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