‹ Histoire ancienne de lÁfrique du nord (volume 3)Chapitre 149 sur 319 · Salluste, XXXV, 4; GUI, 2. Appien, l. c · texte numérisé non relu

Salluste, XXXV, 4; GUI, 2. Appien, l. c

GsELL. — Afrique du Nord. V. 10

l'armée qu'il conduit lui-même', ou dans des opérations dont il leur laisse la direction^. Il leur abandonne quelquefois une part plus ou moins large de l'administration, ce dont ils profitent pour accroître leurs richesses ^ Mais ce ne sont pas là de véritables fonctions publiques ; ce sont des délégations que le roi accorde selon son bon plaisir, qu'il peut révoquer à toute heure, et qui deviennent caduques dès qu'il disparaît. Il est donc vrai de dire que le gouvernement de l'Etat lui appartient tout entier : naturellement dans les limites oii il veut et peut l'exercer, c'est-à-dire au-dessus, et non à l'intérieur des. groupes autonomes.

Ce gouvernement s'appuie surtout sur la force, mais il a d'autres moyens d'action. Le roi prend des garanties contre les trahisons et les rébellions possibles des grands chefs, en détenant des otages, d'ailleurs sous des formes honorables : il choisit pour femme quelqu'une de leurs filles*, — la polygamie lui donne toute liberté à cet égard — ; il appelle près de lui leurs fils et les fait entrer dans sa garde noble ^

Comme plus tard les Turcs et les sultans marocains, il pratique l'art de diviser pour régner. S'efîorçant d'être bien renseigné, il exploite les soupçons et les haines des parents dans

1. Ces généraux sont appelés daas les textes latins praefecti : Tite-Live, XXIX, 33, 1; Salluste, Jug., XLIX, 1; LU, 5; LXXIV, 1; César, Bell, civ., II, 38, 1 et 3.

2. Bucar, « ex praefectis regiis », sous Syphax : Tite-Live, XXIX, 32, I (conf. ici, t. III, p. 194). Nabdalsa, sous Jugurtha : Salluste, Jug., LXX, 2 et 4. Saburra, praefectas sous Juba I" : Bell. Afric, XLVIll, 1 ; XGV, 1 ; Appien, Bell, civ., IV, 54.

3. Salluste, Jug., LXX, 2 ; Nabdalsa, homme noble, riche et populaire, expédie d'ordinaire les affaires que Jugurtha, fatigué ou occupé de soins plus importants, doit négliger; c'est pour ce Numide une source de grands profits.

4. Les textes anciens ne nous offrent pas d'exemples de ces mariages entre souverains et filles de grands chefs, si fréquents dans les dynasties berbères du moyen âge et des temps modernes. Nous connaissons un mariage qui unit deux rois de Numidie et de Maurétanie : Jugurtha épousa une fille de Bocchus- (Salluste, Jug., LXXX, 6).

5. Bell. Afric, LVI, 4 : « Gaeluli ex equi atu regio nobiliores. »

les familles, des familles dans les tribus et les cités. Il s'assure l'obéissance par la crainte des rivaux qu'il peut susciter et soutenir. Successivement ou simultanément, il accorde ses faveurs aux diverses coteries, à ces çofs qui doivent déjà s'étendre sur toute la société berbère'. Il oppose tribu à tribu, chef à chef. Il fait surveiller les suspects par ceux qui paraissent plus disposés à rester fidèles. Lorsqu'une tribu mérite un châtiment dont il préfère ne pas se charger, il la donne à « manger » à des voisins ou à des pillards nomades. Quand une autre tribu devient trop forte, il peut la fractionner sans trop de peine, en fomentant des compétitions dans la famille dirigeante. Évidemment, cette politique ne favorise pas l'éclosion d'un large patriotisme chez ses sujets; elle prévient, du moins, le seul accord dont ceux-ci semblent capables : l'insurrection en masse contre leur maître.

j\lais le roi est un guerrier, bien plus qu'un diplomate. On ne lui obéit guère que dans la mesure où l'on sent la vigueur de son poing ou la menace de son bras.

Nous sommes fort mal renseignés sur la manière dont il fait la police de ses Etats. Nous ne saurions dire, par exemple, s'il entretient des garnisons permanentes dans les cités les plus importantes du littoral et de l'intérieur; nous n'en connaissons qu'en temps de guerre"^, et, alors, elles ont plutôt pour tâche de défendre les villes contre l'ennemi que de les contraindre à rester fidèles au souverain.

Des troupes ont pu occuper en tout temps certains lieux, villes ou simples forts, situés dans des positions stratégiques, comme les kasbas créées en Algérie par les Turcs, au Maroc

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