V. supra, p
2. Bell. Afric, XXllI, 1 : en un lieu que ce texte appelle Ascurura et indique comme une ville maritime du royaume de Bogud, Ibid., LXXVII, 1 : à Thabena, c'est-à-dire à Thœnae, sur la petite Syrte, dans le royaume de Juba I". Voir peut-être aussi Salluste, Jug., XLYI, 5 : praefecti régis, qui se trouvent dans des oppida (mais à ce sujet, u. supra, p. 135, n. 9).
par la dynastie actuelle. De là, elles auraient tenu le pays environnant, assuré, autant que possible, les communications, surveillé à distance les montagnards, contrôlé et, au besoin, empêché les passages des nomades. Ces forteresses, établies dans les conditions les plus favorables à la défense, munies de bons remparts, là oi^i la nature n'opposait pas aux attaques d'obstacles suffisants, auraient, en cas d'insurrection ou de guerre, servi de places de sûreté, de points d'appui pour les troupes en campagne, de centres de ravitaillement, grâce aux vivres qu'on aurait pris soin d'y accumuler*. Tels étaient peutêtre ces châteaux royaux, ces tours royales, que quelques textes mentionnent dans des récits de guerres : forts juchés dans des lieux escarpés, oii sont amassées de grandes provisions de blé, et même déposées d'importantes sommes d'argenté
Ces garnisons ne parent pas à tous les dangers qui menacent l'ordre. Le roi doit avoir à sa disposition des troupes, pour protéger sa personne contre des coups de main et pour entreprendre les expéditions nécessaires : répression immédiate d'une révolte, qu'il faut empêcher de s'étendre; chevauchées rapides, afm d'arrêter une razzia de nomades, puis d'essayer de reprendre leur butin à ces voleurs qui s'enfuient; tournées à travers des tribus qui se refusent à payer l'impôt; châtiments plus ou moins graves infligés aux récalcitrants, aux rebelles, aux perturbateurs de la paix, qu'il convient, selon les circonstances et selon les possibilités, de piller, d'écraser
1. Conf. Salluste, Jug., XG, 1 : « quodcumque natum fuerat iussu régis ia loca munita contulerant (Numidae). »
2. Salluste, Jug., XGII, 5-7 : castellum près du fleuve Mulucha, dans une position presque inexpugnable; « ibi régis thesauri erant,... virorum et armorum satis, et magna vis frumenti. • Bell. Afric, XXXVI, 4 (dans la région de Cirta) : « castellum in montis loco munito locatum, in quod luba belli gerendi gratia et frumentum et res ceteras, quae ad bellum usui soient esse, comportaverat. • Salluste, Jug., cm, 1 : mention d'une turris regia, que Jugurtha, en temps de guerre, a fait occuper par tous les transfuges. Salluste indique qu'elle se trouve dans un pays désert. Voir peut-être aussi Hésianax, dans Fragm. hisl. Graec, III, p. 70, n° il (au temps de la première guerre punique).
d'amendes, de dépouiller de leurs biens et de leurs terres, de transporter au loin, de réduire en esclavage, de détruire par des massacres.
Ces besognes de police, auxquelles il faut procéder sans retard, dans des régions souvent éloignées des lieux où sont cantonnées les troupes, exigent surtout des forces très mobiles, cavalerie et infanterie légère, passant partout et ne s'encombrant pas de bagages.
Mais les rois ont aussi, de temps en temps, de véritables guerres à soutenir, soit contre d'autres rois, soit contre des ennemis plus redoutables encore. Carthaginois ou Romains. Ils doivent alors réunir un grand nombre d'hommes et employer des moyens de combat moins primitifs que ceux qui peuvent suffire contre des brigandages de Gétules ou des émeutes de paysans.
Leurs armées se composent donc de deux éléments. D'une part, un groupe de troupes permanentes, qui forment leur garde et probablement aussi des garnisons en divers lieux, qui font la police du royaume, qui fournissent sans doute les auxiliaires que le souverain met au service de Rome, quand celle-ci lui demande son concours * ; en temps de guerre, c'est le noyau solide qui soutient la multitude en armes, c'est la réserve sur les champs de bataille. D'autre part, une masse de contingents, convoqués quand une guerre éclate, et licenciés quand les hostilités sont terminées ou suspendues.
L'histoire plus récente de la Berbérie peut nous autoriser à présenter des hypothèses sur la manière dont les troupes régulières étaient recrutées à l'époque que nous étudions. Elles durent être fournies tout d'abord par la tribu à laquelle appartenait la famille royale, et qui, avec elle, avait fondé l'Etat.
1. Tite-Live, XXXI, 11, 10; XXXI, 19, 4; XXXII, 27, 2; XXXVI, 4, 8; XLII, 29; 35; 52; 62; 65; XLIII, 6 ; XLIV, 4; XLV, 14. Appien, Iber., 46 et 89. Salluste, Jag., VII, 2. Diodore de Sicile, XXXVI, 5, 4. César, Bell. GalL, II, 7, 1; II, 10, 1; II, 24, 4. Galba, apud Gicéroa, Ad fam., X, 30, 3.
Mais cette tribu s'épuise vite*. Il faut que d'autres la renforcent ou la suppléent. Au besoin, le roi les déplace, pour les avoir sous la main aux lieux où il réside, au cœur même des régions dont elles auront à féiire la police. Elles forment une sorte de classe militaire, qui jouit de quelques privilèges, et surtout de l'exemption des impôts, mais oîi les hommes valides, — en totalité ou en partie, — sont astreints au service; d'ailleurs, ils reçoivent probablement une solde et, dans les expéditions où on les emploie, ils trouvent souvent des occasions de profits. , Ces réguliers sont répartis dans des corps, commandés par des officiers ^, munis d'enseignes % capables de discipline, ayant l'expérience de la guerre. Souvent, ils sont mieux équipés* mieux pourvus d'armes offensives et défensives que la plupart des indigènes. Juba I" a formé des « légions » *, c'est-à-dire sans doute des corps d'infanterie lourde, sur le modèle romaine Les chevaux de ses cavaliers réguliers ont des mors^ Parmi les troupes légères, il y a, non seulement des hommes qui portent le javelot, cette arme nationale des Berbères, mais quelquefois aussi des archers et des frondeurs^, qui peuvent atteindre l'ennemi de plus loin. Des chefs adoptent l'armement des officiers romains et grecs*. Les corps d'élite ne dédaignent pas le bien-être : les Gétules de la garde noble se font accompagner par des valets ^