‹ Histoire ancienne de lÁfrique du nord (volume 3)Chapitre 228 sur 319 · CHAPITRE II HABITATIONS · texte numérisé non relu

CHAPITRE II HABITATIONS

Aux temps de la civilisation de la pierre, une partie des indigènes avaient élu domicile dans des cavernes ou des abris sous roche'. Bien plus tard, des auteurs grecs et latins mentionnent des troglodytes à proximité du Sahara et dans le Sahara même; ils habitaient des grottes naturelles ou faites de main d'homme^. Il y en avait aussi en pleine Berbérie. Une tribu, dont le principal groupe vivait, au début du moyen âge, dans la région de Tlemcen, s'appelait les Béni Ifrène; son nom venait sans doute du mot berbère i/Vi% « caverne ». Ces Africains, ou, du moins, leurs ancêtres, étaient donc troglodytes, comme l'étaient, avant la conquête des Canaries par les Européens, la plupart des Guanches^.

Aujourd'hui encore, on trouve des troglodytes en Tripoli-

l.T. I, p. 184, 189, 190. C'étaient des cavités naturelles. Mais, d'assez bonne heure, on a creusé des grottes. lien existe, — qui semblent avoir été des sanctuaires, non des habitations, — sur l'oued Itel, au Sud-Ouest de Biskra : elles comportent des couloirs d'accès et des galeries, et offrent des gravures fort anciennes, peut-être du 11" millénaire avant J.-G. Voir Blanchet, Rec. de Constantine, XXXIII, 1899, p. 296-7; conf. Gsell, Monuments antiques de l'Algérie, I, p. 48» et ici, t. I, p. 261, 262.

2. Ces textes sont indiqués t. I, p. 185, n. 1, et dans Gsell, Hérodote, p. 151-4,

3. Comme le dit Ibn Khaldoun, Hist. des Berbères, trad. de Slane, III, p. 197-8.. Conf. H. Basset, Le culte des grottes au Maroc, p. 14.

4. Verneau, Revue d'ethnographie, VIII, 1890, p. 222 et suiv.

taine et dans le Sud de la Tunisie, c'est-à-dire dans la région des Syrtes, où Sénèque en indique*, et aussi dans l'Aurès, dans l'Ouest de l'Algérie (en particulier à Tlemcen), au Maroc ^ Les uns occupent des cavités naturelles, complétées au besoin par de grossiers murs en pierres sèches^; les autres se sont creusé leurs demeures dans le tuf. Ce sont tantôt des logements souterrains *, tantôt des chambres établies au-dessus du sol, derrière des parois verticales ou très peu inclinées, ressauts ou falaises. Parfois, abris naturels ou artificiels se superposent dans les flancs d'un piton, d'un éperon, dont le sommet peut servir de refuge ^

Si ce mode d'habitation s'est perpétué çà et là, c'est par la force des vieilles coutumes, et aussi à cause des avantages qu'il offre à des gens le plus souvent misérables : demeure qui n'exige pas d'entretien et n'a à craindre ni l'incendie, ni, en général, les autres risques de destruction, défense facile contre les gens malintentionnés et les fauves^ abri sûr contre les mauvais temps, fraîcheur en été, chaleur en hiver. Il est vrai que ces tanières manquent d'air et de lumière, qu'elles sont fréquemment d'une humidité malsaine et que la vermine y pullule à l'aise.

1. Ad Lucil., XC, 17 : « Non in defosso latent Syrticae gentes, quibus propter nimiûs solis ardores nullum tegimentum satis repellendis caloribus soliduni est, nisi ipsa arens humus? »

2. Voir, entre autres, H. Basset, l. c, p. 14-17, et dans Hespéris, 1925, p. 427- 439; Voinot, Bull. d'Oran, 1920, p. 24-25, 69; Gautier, Hespéris, 1923, p. 383-393. Souvent, les grottes, à proximité desquelles ont été construits des gourbis ou des maisons, ne servent plus que de magasins ou d'étables.

3. P. ex., dans l'Aurès : Masqueray, Rev. afric, XXII, 1878, p. 43. Grottes naturelles dans le Moyen-Atlas : Gautier, l. c.

4. Les plus remarquables de ces demeures souterraines sont celles du pays des Matmata, dans le Sud-Est de la Tunisie. Elles ont été souvent décrites : voir, entre autres, Hamy, dans L'Anthropologie, II, 1891, p. 528 et suiv.

5. P. ex., à Taza, au Maroc : Basset, Hespéris, l. c; à Douirat, dans l'Exlrème- Sud tunisien.

On a vu que, dans les siècles qui précédèrent notre ère, la plupart des indigènes s'adonnaient à l'élevage. Ceux qui occupaient dans le Tell des pays bien pourvus de pâturages et d'eau pouvaient mener une existence presque sédentaire; si la sécheresse les obligeait à aller passer l'été ailleurs, il n'était pas rare qu'ils pussent faire un long séjour au lieu qu'ils avaient choisi. Cependant, comme leur bétail était leur seule richesse, il fallait qu'ils fussent prêts à le soustraire par la fuite à des incursions de pillards, et cette crainte les engageait à préférer des abris mobiles à des habitations fixes. Les pasteurs qui, l'hiver, vivaient dans les steppes, étaient contraints de s'y déplacer souvent; l'été venu, ils gagnaient, par de longues migrations, le Tell ou les montagnes du Sud'. Ils devaient emporter avec eux leur demeure, n'ayant ni le temps, ni, d'ordinaire, les moyens d'en édifier une à chaque station.

Aujourd'hui, les nomades de l'Afrique du Nord s'abritent sous des tentes plus ou moins grandes, assemblages de longues bandes tissées en laine et en poil de chameau ou de chèvre. Chargées sur des bêtes de somme, avec quelques pieux et des piquets, ces tentes se dressent et s'enlèvent en peu de temps ; groupées en cercle, — tel est le sens du mot arabe douar, — elles constituent une sorte d'enceinte, où les troupeaux sont réunis tous les soirs. Ce ne sont pas seulement des demeures de nomades. Des sédentaires, qui ont des maisons, vivent volontiers pendant l'été sous la tente, plus fraîche la nuit et plus facile à défendre des insectes parasites ; aux abords des lieux oîi ils s'établissent, leur bétail laisse un fumier qui féconde le sol destiné à être ensemencé à l'automne '^ Souvent même,

t. V. supra, p. 176 et suiv.

2. A. Bernard, Enquête sur l'habitation rurale des indigènes de l'Algérie {Klger, 1921), p. 5-6.

dans les pa3's où l'hiver n'est pas trop rigoureux, la tente est

la seule habitation dont on fasse usage.

Cependant elle s'est répandue tardivement chez les Berbères. Ce fut surtout après la conquête musulmane qu'ils l'adoptèrent, à l'exemple de leurs nouveaux maîtres : au viii' siècle, un grand nombre d'entre eux avaient des tentes, semblables à celles des Arabes*. Mais il se peut que certains en avaient eu plus tôt. Deux siècles auparavant, le poète africain Corippus mentionne à plusieurs reprises^ des tentoria chez les indigènes qui faisaient alors la guerre aux Byzantins. Ils possédaient aussi des chameaux, animaux fort rares en Berbérie jusqu'au iii^ siècle de notre ère, mais que l'on employait déjà beaucoup dans le Sud de cette contrée sous le Bas-Empire \ Or, c'est avec du poil de chameau qu'en général, on fabrique les tentes; ce sont surtout des chameaux qui servent à les transporter, car elles sont d'ordinaire trop lourdes pour d'autres bêtes de somme. Par la matière et parles dimensions, les ^e^fonadontparle Corippus ont donc pu ressembler aux tentes que les chameliers arabes apportèrent d'Orient au vu" siècle. Cela n'est d'ailleurs pas certain, car on peut aussi bien supposer que ces abris étaient faits à l'imitation de ceux qu'employaient les troupes byzantines *.

De petites tentes en cuir, semblables à celles dont les Touareg se servent encore, paraissent avoir été en usage chez des Africains dès une lointaine antiquité. Telles étaient sans doute les tentes de cuir possédées par des Mashaouasha, que les Égyptiens eurent à combattre au temps de la XIX^ dynastie^ ; peut-être aussi les abris de quelques peuplades, qualifiées de Scénites (2xr,vl!-:a'.)^

1. El Bekri, Descr. de V Afrique septenir., trad. de Slane, édit. d'Alger, p. 139.

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