‹ Histoire ancienne de lÁfrique du nord (volume 3)Chapitre 243 sur 319 · CHAPITRE III LIEUX HABITÉS · texte numérisé non relu

CHAPITRE III LIEUX HABITÉS

Les pasteurs doivent se disséminer avec leur bétail dans lai campagne, où ils ont leurs demeures : aujourd'hui, des tentes; dans l'antiquité, des mapalia mobiles ou fixes. Quant aux agriculteurs, nous avons indiqué* les raisons pour lesquelles ils s( sont groupés dans des villages. De nos jours encore, malgré la sécurité qui règne sur la majeure partie de la Berbérie, la] plupart des cultivateurs indigènes répugnent à habiter des] fermes, des hameaux isolés*. Il y avait cependant de ces fermes même avant la paix romaine^ : la commodité de résider sui les lieux où l'on avait à travailler, les ressources en eau qu'yj pouvaient fournir des fontaines ou des puits, y retenaient des] familles qui ne craignaient pas trop les risques et l'ennui de] la solitude.

Malgré leur dispersion, ces gens, pasteurs ou agriculteurs,]

2. Répugnance qui u'esl pas générale. Par exemple, dans l'île de Djerba, les] habitations rurales sont d'ordinaire isolées au milieu des vergers. On trouve desl fermes disséminées parmi les champs cultivés dans la Tunisie centrale, dans lej centre du département de Conslautine, dans le djebel Chenoua (près de Cherchel), dans l'Est du Rif, chez les Haha el les Chiadma (Maroc occidental), etc. Mais il se peut que, pour certaines de ces régions, la dispersion des habitalionsj ne soit pas très ancienne : voir, pour les Haha, Montagne, Ilespéris, 1924,1 p. 320.

3. En 109, les bords du Muthul (oued Mcllègue), plantés d'arbres, élaienl, ditl Salhisle (Jug., XLVIII, 4), garnis de troupeaux el de cullivateurs.

appartenaient à un groupe social dont le devoir le plus important était de protéger la vie de ses membres. Sur le territoire que ce groupe regardait comme sien, il fallait un lieu qui, en cas de guerre, d'invasion, servît d'abri, sinon à tous, du moins aux non-combattants, où l'on pût aussi mettre hors de l'atteinte des ennemis le bétail et les choses auxquelles on attachait du prix.

Asiles, refuges, que la nature offre abondamment en Afrique. Ce sont dés croupes s'allongeant en pointe entre deux ravins, ■ ou presque entièrement ceintes par la boucle d'une rivière, des crêtes escarpées, surtout des plateaux aux flancs abrupts, n'ayant d'accès que par un isthme étroit ou une montée difficile. Presque horizontales ou plus ou moins déclives, ces tables couvrent parfois de larges espaces * : telles la hammada de Kessera,dans la Tunisie centrale, la Kalaat Senane, au Nord- Est de Tébessa, la table du Djahfa, au Nord-Est de l'Aurès, la JMestaoua, qui se dresse à quelque distance au Nord-Ouest de ce massif et qu'ont encore occupée, il y a un demi-siècle, des indigènes rebelles; tel aussi le rocher de Constantine, qui, avant de porter une ville, a pu être un asile pour les populations environnantes. D'autres hauteurs ou plateaux, qui ont servi de refuges, sont d'une étendue bien plus modeste, soit parce qu'ils n'étaient pas destinés à recevoir des hôtes très nombreux, soit parce que les gens d'alentour, n'ayant pas trouvé mieux, se résignaient à s'y entasser. Il va sans dire qu'on recherchait surtout les lieux pourvus d'une ou plusieurs sources, ceux qui, tout au moins, dominaient des sources, des rivières où l'on pouvait faire des provisions d'eau.

Souvent, les défenses naturelles, profonds ravins, parois rocheuses, suffisaient presque pour décourager l'ennemi. Un

1. Conf. Masqueray, Rev. afric, XXII, 1878, p. 137; .Moncliicourl, La région du Haut-Tell en Tunisie, p. 415 et suiv. Pour la table du Djahfa, voir Gsell, Allas archéol. de l'Algérie, f 39 (Ghéria), n° 3; pour la Meslaoua, ibid., f 27 (Baina), au Nord du n" 108.

rempart n'était nécessaire que là oîi débouchait le sentier parJ lequel on faisait l'ascension, là où s'étendait l'isthme qui reliait le plateau à la hauteur voisine. On élevait donc sur ce point une muraille de barrage, en n'y réservant qu'un passage très-j étroitpour l'entrée ^ Ailleurs, il pouvait être utile de construire çà et là quelques autres murs, afin de protéger des points faibles. Parfois même, deux murs se succédaient sur une pente, le second renforçant le premier^. Mais on n'a que rarement éprouvé le besoin d'entourer le refuge d'une enceinte continue. Ces remparts sont construits en blocs bruts, assemblés à sec. Ici, les pierres s'entassent presque sans ordre; là, elles se superposent en assises grossières, qui sont en retrait les unes sur les autres^; là, nous retrouvons le mur dit berbère *^, avec deux parements en gros matériaux et un remplissage en moellons \

En principe, le refuge, destiné à n'être occupé que temporairement et le moins longtemps possible, ne comporte pas d'habitations construites en matériaux durables. Et, de fait, il n'y a pas de ruines dans beaucoup de ces lieux. On s'y installait au hasard, sous des peaux, sous des huttes improvisées, ou simplement en plein air. Cependant, là où l'on ne disposait pas d'une source, où l'on n'avait pas dans le voisinage immédiat quelque rivière dont l'ennemi ne pût interdire l'accès, il était bon de constituer des réserves d'eau : certains refuges, qui ne

1. Dont l'approche pouvait être ialerdile grâce à des dispositions particulières. Tissot (Géogr., I, p. 499) écrit, à propos d'un refuge du Maroc : « Les portes de l'enceinte sont délilées et décrivent un angle vers la gauche, de façon à livrer aux coups de l'assiégé le flanc droit de l'assaillant qui aurait tenté d'en forcer l'accès. »

2. Voir, p. ex., de Bosredon, Rec. de Constantine, XVIII, 1876-7, p. 424 (au djebel Osmor, près de Tébessa); Jacquot, ibid., XLI, 1907, p. 156 et plan (conf. Gsell, Atlas archéol., (" 26, Bou Taleb. n° 84); Levistre, Anthropos, II. 1907, p. 138 (région de Duvivier, au Sud de Bùne). Ces murs peuvent n'être pas toujours contemporains l'un de l'autre.

3. Refuge du djebel el Kalaa : Alla; archéol. de la Tunisie, f Tozegraoe, n" 136.

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