L. c, p. 201 : chez les Ghomara
7. Doutté, En tribu, p. 290. Cette coutume existait encore, il y a une trentaine d'années, dans un village des Guifser, au Sud de Bougie.
8. Voir, entre autres, Deniker, Races et peuples de la terre, p. 280-1.
9. Ibn Haucal, trad. de Slane, dans Journ. asiat., 1842, 1, p. 241, 247. Edrisi, Desçr, de V Afrique et de l'Espagne, trad. Dozy et de Goeje, p. 116,
En résumé, de tous les faits que nous venons d'énumérer, aucun ne confirme nettement l'hypothèse d'une communauté primitive des femmes. Les uns comportent des interprétations diverses, mais également douteuses. D'autres sont très probablement des rites de magie sympathique. Pour d'autres, le désir de donner satisfaction à de violents appétits sexuels peut paraître une explication suffisante. Dans l'antiquité, les Africains passaient pour des gens qui ne savaient pas maîtriser leurs sens*. Le plus grand d'entre eux, saint Augustin, y a réussi, mais après quelles luttes, dont il a fait la confession émouvante, et avec quelles craintes de rechute! La poésie populaire témoigne de cette véritable obsession qu'exerce l'amour'. Chez les Berbères d'aujourd'hui, la licence des mœurs est d'ordinaire très grande^; elle le serait plus encore si les femmes n'étaient pas étroitement surveillées et si les débauchés ne couraient de gros risques quand ils se livrent à des actes interdits.
Mais cela n'est pas incompatible avec une réglementation créant des liens légaux dans un intérêt social.
Ce n'est pas ici le lieu d'examiner, — problème d'ailleurs insoluble au point de vue scientifique, — si, dans l'humanité comme chez certains animaux, l'union durable de deux indi-
1. Tite-Live, XXIX, 23, 4 : • sunt anle omnes barbaros Numidae effusi in Venerem »; XXX, 12, 18 : « est genus Numidarum ia Venerem praeceps ». Voir encore Salvien, Gubern. Dei, VII, 16, 65. Pédérastie fréquente chez les Maures : Éiien, Nat. anim., XIV, 5.
2. H. Basset, Eisai sur la littérature des Berbères, p. 30.5 et suiv. Pour l'antiquité, Élien, l. c.
3. Plus souvent encore chez les Beii)ères arabisés que chez les Berbères purs. Mais beaucoup de ceux-ci ne valent pas mieux que les premiers : par exemple, les Djebala (dans le Nord du Maroc), les gens de l'Aurès, les Touareg sont extrêmement corrompus. Dans d'autres régions, la prostitution est en apparence fort rare, mais, si l'on se cache, on n'est pas beaucoup plus vertueux.
vidus de sexes différents, qui procréent et élèvent des enfants, est un fait naturel et le groupement primitif, ou si elle a été précédée d'un état de promiscuité. En tout cas, la famille est, depuis fort longtemps, une institution juridique, dont l'existence importe à la société, car elle lui permet de se maintenir, de se perpétuer : c'est donc par la société qu'ont été établis les droits et les devoirs qui en découlent.
Le mariage et la famille, dont il est le fondement, sont certainement très anciens chez les Libyens. Hérodote, le plus vieux des auteurs grecs qui nous parlent de ces barbares, mentionne à deux reprises des mariages célébrés publiquement'. Il nous montre les Nasamons visitant les tombeaux de leurs ancêtres^, qui leur sont, par conséquent, fort bien connus. Au second millénaire avant J.-C, des femmes, des fils de chefs libyens apparaissent dans des documents égyptiens ^
L'union légale entre hommes et femmes peut prendre plusieurs formes : un seul homme avec une seule femme; un seul homme avec plusieurs femmes; enfin, ce qui est bien plus rare, une seule femme avec plusieurs hommes. Nous allons voir que la première et la seconde de ces formes, la monogamie et la polygamie, ont été en usage chez les Libyens. Quant à la troisième, la polyandrie, on n'en trouve aucune trace.
Rien ne prouve non plus que les ancêtres des Berbères se
1. IV, 168 et 172 : chez les Adyrmachides et chez les Nasamons.