V. infra, p
je crois, aucune mention de filiation utérine. Tout ce que nous savons sur les rois et princes royaux en Numidie et en Maurétanie, sur la transmission de la souveraineté dans ces contrées aux trois derniers siècles avant notre ère, exclut la filiation utérine et atteste la filiation masculine.
Le célibat est fort rare chez les Berbères; le divorce et le veuvage sont d'ordinaire suivis d'une nouvelle union, quand la vieillesse ne s'y oppose pas. En général, hommes et femmes se marient très jeunes pour la première fois; les femmes, à peine pubères. Ce fait explique pourquoi la plupart d'entre elles sont encore vierges. Mais il ne suffit pas à l'expliquer. Dans l'antiquité, la virginité était appréciée, probablement même exigée, chez les jeunes filles ^ Elle l'est encore^. Presque partout, la preuve doit en être faite publiquement, lors de la consommation du mariage^; faute de quoi, l'union peut être rompue et, dans certaines tribus, la femme ainsi renvoyée peut être tuée par les siens. Chez les Kabyles, il y a moins d'un siècle, la jeune fille qui avait un enfant naturel était mise à mort avec lui. La valeur matrimoniale des veuves, des divorcées est moindre que celle des vierges.
Dans le mariage, il convient de distinguer les rites et l'achat de la femme.
Les rites* sont d'origine magique. On les célèbre aujourd'hui machinalement, et la signification s'en est le plus souvent perdue. Ils ont exprimé jadis des croyances, des craintes, des désirs fort divers, qui se sont mêlés sans souci de se mettre
1. Pour les Machlyes et les Auses, v. supra, p. 29. Chez les Adyrmachides, il y avait des jeunes filles qui restaient vierges jusqu'à leur mariage (Hérodote, IV, 168).
2. Les filles de la tribu arabe des Ouled Naii, qui se marient après une période plus ou moins longue de prostitution publique (supra, p. 31), constituent une exception, peu prisée des autres indigènes.
3. Par une exhibition de linge, qui n'est souvent qu'une pseudo-preuve.
4. Pour ces rites, voir la bibliographie dans W. .Marçais et Abderrahmàn Gulga, Textes arabes de Takroûna, I (Paris, 1925), p. 390 et suiv. Le principal ouvrage est celui de Westermarck, Les cérémonies du mariage au Maroc, trad. Arin (Paris, 1921).
d'accord. La plupart ont ou paraissent avoir une valeur purificatrice ou prophylactique : il faut écarter les dangers auxquels sont exposés les deux époux à leur entrée dans une vie nouvelle. D'autres semblent destinés à conjurer les malheurs que la mariée, par son influence magique, peut attirer, non seulement sur le marié, mais encore sur les personnes présentes, ou, au contraire, à utiliser ce que cette influence peut avoir de bienfaisant. D'autres doivent faciliter la consommation du mariage', le rendre fécond, assurer le bonheur et la concorde du ménage. Certains pourraient être interprétés comme des vestiges de rapt ^, mode d'acquisition de la femme entièrement contraire au caractère légal de l'institution.
Le mariage berbère résulte, en effet, d'un accord conclu publiquement entre les pères des futurs époux. Il est un achat fait par. le père du jeune homme au père de la jeune fille. Le consentement de celle-ci n'est pas nécessaire et, très souvent, il n'est pas demandé. Dans quelques tribus, le droit qu'a le père de vendre sa fille est aussi absolu quand elle a déjà été mariée, que quand elle est vierge. Telle devait être la règle primitive. Si ellç a fléchi ailleurs, si, d'ordinaire, les veuves et divorcées peuvent disposer d'elles-mêmes, c'est probablement à l'exemple du droit musulman. C'est au même droit que des Berbères ont emprunté le douaire constitué à la femme par son mari : tantôt ce douaire et le prix d'achat restent bien distincts, tantôt ils s'enchevêtrent ou même se confondent. Dans le droit indigène primitif, ce qui était remis
1. Combat fictif entre les hommes des deux familles pour la possession de la fiancée; tentatives simulées par ses parentes pour empêcher la consommation du mariage; vive résistance qu'elle oppose elle-même à son mari. Mais d'autres interprétations peuvent être proposées de ces rites. L'explication par le rapt ne convient pas à un rite qu'on retrouve chez les Berbères, comme chez les Romains, et aussi dans d'autres pays : pénétrant dans le domicile conjugal, la mariée est portée par-dessus le seuil, qu'elle ne doit pas toucher. Souvent, en effet, c'est quelqu'un de sa propre famille qui l'introduit ainsi. Voir Westermarck, /. c, p. 192-3.
au père de la fiancée, bétail, provisions de bouche, argent, était sans doute gardé par lui intégralement.
Le nombre des hommes, s'il n'est pas diminué par des guerres très meurtrières, différant peu de celui des femmes' et le célibat étant exceptionnel, la plupart des Berbères sont nécessairement monogames ^ Certains d'entre eux répugnent même à la polygamie : par exemple, les Mzabitcs, les Haha et d'autres Marocains.
Cependant la polygamie est fort vieille dans l'Afrique du Nord, fort antérieure à la diffusion de l'Islam, qui l'admet, comme on le sait. Dès le xiii*' siècle, une inscription égyptienne mentionne la capture, après une bataille, de douze femmes du chef des Rebou (Libyens orientaux), qui les avait amenées avec lui ^ Des témoignages plus récents, s'échelonnant entre le v^ siècle avant J.-C. et le vi® après notre ère, prouvent l'existence de la polygamie en Berbérie. « Chez les Nasamons, dit Hérodote '*, chacun a coutume d'épouser plusieurs femmes. » Les indigènes qui vivent à l'intérieur des terres « ont, dit Strabon ^ de nombreuses femmes » ; « ont chacun, dit Pomponius Mêla ^, plusieurs femmes en même temps ». Nous lisons dans Salluste^ : « Chez les Numides et les Maures, chacun prend autant de femmes qu'il le peut, en proportion de sa fortune, les uns dix, d'autres davantage, les rois plus encore. » L'auteur du récit de la campagne de César en Afrique mentionne les épouses de Juba I"^ Sous le Bas- Empire, Claudien parle, avec une exagération permise à un
1. Pourtant, d'après les statistiques, il y aurait en Algérie uae différence assez forte en faveur des hommes (53 contre 47 0/0) : voir Démontés, L'Algérie économique, II (Alger, 1923), p. 52, 485 et suiv.
2. Chez les indigènes de l'Algérie, il y a actuellement un mari polygame sur six.