‹ Histoire ancienne de lÁfrique du nord (volume 3)Chapitre 59 sur 319 · Diodore, III, 49, 2. Mêla, I · texte numérisé non relu

Diodore, III, 49, 2. Mêla, I

3. Qui leur sont utiles pour leurs travaux agricoles. Le cheval, animai de guerre, était élevé dans l'antiquité, non seulement par des pasteurs, mais aussi par des agriculteurs. Hérodote (IV, 193) mentionne des chevaux chez les Zauèces, qu'il range parmi les cultivateurs. Salluste (Jug., XLVI, 5, et XLVIII, 4) nous montre Métellus parcourant en Numidie des régions où il trouve à la fois des agriculteurs et des troupeaux.

GsELL. — Afrique du Nord. V, 5

ea ORGANISATION SOCIALE ET POLITIQUE.

lorsque le blé et l'orge sortent de terre, ce sont des aliments de choix pour leur bétail. Se déplaçant aisément, depuis qu'ils se servent de chevaux, ils tombent à l'improviste sur les sédentaires, pillent leurs demeures, emportent leurs grains. Les agriculteurs peuvent, il est vrai, cacher leurs récoltes dans des souterrains, que l'ennemi ne découvre pas toujours. Mais leurs autres biens, leur liberté et leur vie même sont à la merci des nomades, s'ils vivent dans des maisons ou des hameaux isolés, au milieu de leurs champs. Les attaques sont si brusques qu'ils n'ont souvent pas le temps de s'enfuir et de se mettre à l'abri dans des lieux d'accès difficile.

Le souci de leur sécurité leur commande donc d'habiter des villages, protégés par des obstacles naturels et, s'il le faut, par des remparts. Ces villages s'élèvent en général auprès d'une source, qui invite les hommes à former autour d'elle un groupe proportionné à la quantité d'eau qu'elle leur offre. D'autres causes les convient à cette communauté d'existence : le besoin de société, les services mutuels qu'on peut se rendre dans les tâches qui exigent un prompt achèvement et des bras nombreux, telles que la construction d'une maison, la moisson. Mais, en Berbérie comme en Espagne, le village est, avant tout, la réunion, dans un but défensif, de ceux qui exploitent la campagne d'alentour. Chez les Grecs et les Latins, le territoire cultivé n'est que l'annexe de la ville; chez les Africains, — où les villes sont rares, — c'est le territoire qui crée le village. Celui-ci est plus ou moins peuplé; il n'est jamais très étendu, puisqu'il est, en réalité, un refuge permanent dans une position forte. Naturellement, on le place le plus près possible des champs, où les cultivateurs doivent pouvoir se rendre sans perdre trop de temps.

Jusqu'à nos jours ou jusqu'à une époque très rapprochée de nous, nous trouvons presque partout chez les Berbères sédentaires, en Kabylie comme dans l'Aurès, dans le Rif marocain

comme dans l'Atlas, un mode de groupement et d'organisation* qui doit remonter à une antiquité lointaine, sans qu'on puisse savoir de quelle manière il s'est établi et propagé. Le village est une république -, composée d'un certain nombre de familles d'agnats, lesquelles gardent leur cohésion, leur solidarité et le droit de régler elles-mêmes leurs propres affaires.

Quant aux affaires d'intérêt cotnmun, elles sont discutées et décidées par une assemblée ^ (la djemaâ en arabe), dont la composition varie. A l'origine, ce devaient être les chefs des groupes dont la réunion formait la république, c'est-à-dire les chefs des familles agnatiques. Il en est encore ainsi çà et là*. Ailleurs, ce sont des délégués de ces familles, ou bien des notables élus. En d'autres lieux, tous les hommes adultes assistent à cette assemblée, droit qui leur a peut-être été conféré parce qu'ils ont tous à participer à la défense du village. Mais, seuls, les vieillards se font entendre dans les délibérations et, souvent, les décisions à prendre ont été préalablement arrêtées dans un comité restreint, composé de notables âgés. De toute façon, ce sont les anciens qui gouvernent la petite république. Ils la gouvernaient déjà il y a quinze ou vingt siècles. Des inscriptions latines nous font connaître des seniores

1. Pour la conslitutioQ des villages berbères comme |)our celle des tribus, les deux principaux ouvrages sont ceux d'Haaoteau et Letournoux, La Kabylie et les coutumes kabyles (2« édit., Paris, 1893), et de Masqueray, Formation des cités chez les populations sédentaires de l'Algérie (Paris, 1886). — Pour le Maroc, voir en particulier Doutté, dans Bull, de l'Afrique française, 1905, Supplément; A. Bernard, Les confins algéro-marocàins (Paris, 1911), p. 87 et suiv. ; le même. Le Maroc (Paris, 1914), p. 214 et suiv.

2. Il peut arriver (c'est assez souvent le cas dans le Sud du Maroc) que cette république soit formée, non par un groupe de population réuni dans un village, mais par les habitants de plusieurs hameaux disperses dans la campagne. Pour des raisons diverses, la concentration matérielle ne s'est pas faite, ou s'est défaite, mais l'absence de village n'empêche pas l'association politique.

3. Pomponius Mêla (I, 42) dit des nomades de l'intérieur : « nihil in commune consultant », ce qui pourrait être une allusion aux assemblées des sédentaires soit dans les villages, soit dans les tribus.

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