Conf. infra, p. 106, n
5. Il est vrai que Pline l'Anciea (V, 17) distingue expressément cette tribu des Gétules, auxquels Hiempsal attribuait la conquête de la Numidie. *
LES CADIIRS DE LA SOCIÉTÉ INDIGENE. 79
On a voulu établir un lien entre le récit d'Hiempsal et des généalogies répandues dans le monde berbère aux x'-xi'' siècles de l'ère chrétienne'. Elles partagent la race autochtone en deux branches, les Beranès et les Botr, ainsi appelés d'après leurs légendaires ancêtres, Bernés et Madghis el Abter. Faut-il reconnaître là une division très ancienne, répondant à celle des Libyens et des Gétules, ces habitants primitifs de l'Afrique du Nord, au dire d'HiempsaP? Et l'antagonisme de ces deux peuples a-t-il dominé depuis les temps les plus reculés l'histoire du pays, expliquant les guerres et les conquêtes, la formation des États et leur chute? Il serait fort imprudent de le croire. Les généalogistes du moyen âge ont dû dresser leurs tableaux, — dont les détails variaient d'un auteur à l'autre, — en tenant compte des alliances et des groupements contemporains^, de la place privilégiée qu'ils revendiquaient en faveur de leur tribu natale, des visées politiques de leurs princes, peut-être aussi de ressemblances dans les mœurs, les coutumes, les dialectes, qui pouvaient leur paraître des preuves de parenté*. Et la répartition géographique des Botr et des Beranès cadre fort mal avec celle des Libyens, habitants du Tell, et des Gétules, habitants des steppes.
1. Sur les origines de ces généalogies, voir R. Basset, dans Archives berbères, I, 1915, p. 3-9.
2. Vivien de Saint-Martin, Le Nord de L'Afrique dans l'antiquité, p. 130-1. 11 veut voir dans l»^s Botr les descendants des Libyens, parce que, parmi ces Botr, on compte les Louata, nom qu'il rapproche de Libyes; les Beranès, parmi lesquels sont rangés les Gazzoula, seraient les descendants des Gétules (conf. L. Millier, Numism. de l'ancienne Afrique, Supplément, p. 82). Mais ces rapprochements de noms sont très probablement illusoires.
3. E. Carette (Recherches sur l'origine des principales tribus de l'Afrique septentrionale, p. 38) a essayé, sans y réussir, de prouver que celte classification se rapporte au groupement des Berbères en deux grands États, à l'époque de la venue des Arabes.
4. A. Hanoteau (Essai de grammaire kabyle, p. xv) rejette cependant l'hypothèse que cette répartition entre Botr et Beranès repose sur l'existence de deux familles de dialectes. M. Destaing, au contraire, serait enclin à établir un classement des dialectes berbères en deux groupes, qui répondraient à peu près aux grandes familles des généalogistes (Mémoires de la Soc. de linguistique de Paris, XXI, 1920, p. 139-148; XXII, 1921, p. 18G-200.
Nous n'avons donc aucun moyen de reconstituer l'histoire des grands mouvements qui ont agité la Berbérie, jusqu'à l'époque où nous constatons l'existence de trois Etats importants entre l'Atlantique et le territoire de Carthage. On peut cependant supposer que le fer et le cheval ont assuré* une grande supériorité à ceux qui possédaient ces puissants instruments de combat, introduits vraisemblablement dans l'Afrique septentrionale vers la fin du second millénaire ou le début du premier ',
D'une manière générale, il est probable que cette histoire lointaine a beaucoup ressemblé à celle de la Berbérie au moyen âge^.
D'un pays pauvre, montagne', steppe ou désert*, une tribu s'élance vers des régions plus riches. Aux convoitises matérielles s'est parfois jointe, dans l'Afrique musulmane, l'ardeur fanatique d'une foi qui voulait s'étendre et s'imposer. L'attaque est menée par un homme auquel son intelligence, son énergie, son autorité religieuse assurent un grand prestige : véritable chef, qui soulève des enthousiasmes et inspire des dévouements exaltés. Les progrès peuvent être très rapides, si les tribus que le flot atteint sont prises au dépourvu ou ne savent pas s'unir, si certaines d'entre elles se joignent aux envahisseurs. Un État se fonde ; la tribu qui a conquis l'hégémonie le soutient et l'exploite.
Mais, en général, il dure peu, car cette tribu s'use dans les combats ou les plaisirs; l'homme qui l'a conduite et dont elle