Ibid., 29 (ce passage nous est parvenu en mauvais état
16 JULES CÉSAll ET L'AFRIQUE.
faut aller à Tassant du camp de Yarus, car mieux vaut pour les chefs risquer la fortune des armes, que d'être abandonnés des leurs et de tomber ainsi aux mains des ennemis. D'autres veulent qu'au milieu de la nuit, on se retire aux Castra Cornelia, pour donner aux esprits le temps de se calmer; avec les nombreux vaisseaux dont on dispose, on pourra, au besoin, faire retraite en Sicile. Curion blâme ces deux avis, estimant l'un téméraire, l'autre lâche. Car la position du camp de Yarus paraît très forte : un échec est probable et ce serait alors l'entière désaffection de l'armée; la retraite aux Castra aurait l'air d'une fuite honteuse et désespérée, d'un aveu de défiance à l'égard des troupes, et cette marche en pleine nuit favoriserait les défections. Là-dessus, Curion congédie le conseil'.
Puis il fait assembler les soldats. Il leur tient un discours que l'auteur des Commentaires a refait-, mais avec des arguments dont Curion dut se servir, en s'inspirant des circonstances.
Leur inquiétude est vaine, puisque, jusqu'à présent, tout a marché à souhait dans cette expédition, puisqu'ils l'ont acclamé imperalor. C'est injustement qu'on leur reproche d'avoir été infidèles au serment prêté par eux à Domitius : celui-ci a voulu les abandonner lâchement. Ils se sont joints à César quand l'issue de la guerre restait incertaine; ils ne se détacheront pas de lui, maintenant que sa victoire n'est plus douteuse.
Peut-être les troupes ignoraient-elles encore la défaite des Pompéiens en Espagne : si elles l'avaient connue, elles n'auraient pas, semble-t-il, été aussi troublées. Peut-être le général lui-même en reçut-il alors la première nouvelle, qu'il se serait hâté d'apprendre aux siens ^ En tout cas, Curion était