Texte cité sapra, p. 201, n
7. Conf. Mommsen, au C. /. L., VIII, p. 855; Albertini, Les divisions administraiives de L'Espagne romaine, p. 41, n. 2.
8. III, 19 : « colonia immunis llici .... In eam contribuunluricositani. •
Pourquoi, en quelques années, Auguste y créa-t-il tant de communes romaines? Comme il cherchait partout des lieux où il pût installer ses vétérans, il dut être heureux de disposer d'un pays oîi il lui était facile de se procurer les terres nécessaires. Il fut bien conseillé dans le choix des emplacements. Autour de toutes ces colonies, il y avait des espaces fertiles. La plupart d'entrés elles furent établies auprès de villes phéniciennes ou puniques. Dans ces vieilles cités, vivait une population en général assez civilisée pour adopter, sans trop de répugnance ni d'effort, les mœurs des nouveaux venus. Evidemment, dans la pensée du prince, ces colonies devaient être des foyers d'où rayonnerait la culture gréco-latine. Plusieurs d'entre elles devaient être aussi des postes d'observation, des places fortes d'où Rome surveillerait et tiendrait en respect les indigènes ; les sites de Tubusuptu, de Zucchabar, de Banasa avaient au moins autant d'importance stratégique que d'avantages économiques. Dès le lendemain de la mort de Bocchus, Auguste eut sans doute le ferme dessein de préparer l'annexion définitive de la Maurétanie à l'Empire romain.
Pourtant, huit ans après, au lieu d'en faire une province, il ■en fit de nouveau un royaume, en faveur du fils de Juba, le barbare qui avait rêvé, dans son orgueil insensé, d'exclure Rome de l'Afrique.
Cjsell. —Afrique du Nord. VUI. 14
C'est une figure intéressante que ce Juba II qui régna en Maurétanie près d'un demi-siècle ^ Il eut des traits de ressemblance avec son contemporain Hérode le Grand, roi de Judée, Tous deux furent des vassaux dociles de Rome et d'ardent* admirateurs de la civilisation grecque. Tous deux aimèrent le luxe, paré du charme de l'art. L'un fit du célèbre écrivain, Nicolas de Damas son ami, son conseiller et aussi son apologiste; l'autre voulut être lui-même un savant et un lettré
1. Les textes anciens nous renseignent surtout sur son activité littéraire : voir au chapitre suivant. Il y a beaucoup à tirer des monnaies de ce roi : L. Miiller^ Numismatique de l'ancienne Afrique, III, p. 103-125, et Supplément, p. 74-77. Un trésor très important de deniers de Juba (peut-être 6 000 pièces) a été trouvéen 1907 au Maroc. Le lieu de la découverte paraît avoir été, non Ksar el Kebir^ comme on Ta dit, mais Sidi Ali bou Djenoun, l'antique Banasa, colonie romaine {v. supra, p. 20i) : Michaux-Bellaire, dans France-Maroc, février 1921, p. 36-37. L'enfouissement eut lieu en l'an XLII du règne (17-18 de notre ère). Sur cetrésor, voir Gsell, Bull, archcol. du Comité, 1908, p. clxxxviii-ix; Dieudonné,. Rev. numismatique, 1908, p. 350-367 et pi. XIII; ibid., 1910, p. 437-442, et 1915,. p. 311-9 {= Dieudonné, Mélanges numismatiques, l'" série, 1909, p. 320-337 et pi. X; 2° série, 1919, p. 143-8, 414-422); Imhoof-Blumer, Zeitschrift fiir Numismatik^ XXVIII, 1910, p. 1-8 et pi. I; Regling, ibid., p. 9-27. Un petit trésor de 25 deniers, enfoui probablement en 20 après J.-C, provient du cap Djinet, à l'Est d'Alger : Gsell, B. a. Comité, 1903, p. gi.x-clxi. Parmi les travaux modernes sur le roii Juba, on peut laisser de côté des dissertations vieillies (de I.-G. Hulleman, Utrecht, 1845; de W. Plagge, Munster, 1849; d'A. Gôrlitz, Bresiau, 1848 et 1862). La thèse de M.-R. de la Blanchère, De rege Juba régis Jubae filio (Paris, 1883), n'est pas encore tout à fait inutile. Je n'ai pas pu lire un mémoire en danois de; Mlle Louise Cindegaard, dans Nordisk Tidsskrift for Filologi, 4° série, II, 1913.
Hérode fut assurément un politique plus souple et plus habile ; il joignit à une grande bravoure des talents de général, qui manquèrent à Juba. IMais, entre le despote asiatique, couvert des crimes les plus odieux, et le doux homme d'étude que fut l'Africain, notre sympathie va à ce dernier.
Fils de Juba 1"% il dut naître vers 50 avant notre ère. Il était encore très jeune en l'année 46*. On se souvient que, pendant sa campagne contre César, le roi de Numidie avait laissé sa famille à Zama, sa capitale, et qu'après sa défaite, il n'avait pu obtenir qu'on la lui rendît^; elle tomba au pouvoir du dictateur, venu à Zama. Nous ignorons le sort des autres enfants royaux; celui qui portait le même nom que son père ^ fut conduit à Rome *, oîi il figura au triomphe africain de César ^
Il resta en Italie et fut élevé par les soins d'Octave^, comme quelques autres princes, amenés d'Orient à la fois pour servir d'otages et pour se préparer à leur rôle de clients de Rome. Octave accorda le droit de cité romaine au Numide, qui prit le prénom et le nom de son protecteur. Gains lulius, et les transmit plus tard à ses affranchis ', quoiqu'il se soit abstenu de les porter après avoir reçu le titre de roi, Hex luba. Au temps où il régnait en Maurétanie, un municipe et une colonie d'Espagne, Gadès* et Carthago nova^ (Carthagène) lui confé-
1. Plutarque, César, 55. Appien, Bell, civ., Il, 101. Des portraits de lui, faits quand il était déjà roi de Maurétanie, par conséquent en 25 au plus tôt, ne portent guère plus de vingt-cinq ans : v. infra, p. 216, n. 2.