V, 51 : '< Gaesareae in Iseo
:avait été apporté du Sud de la Maurétanie : preuve décisive, à •ses yeux, que le Nil prenait naissance dans ses Etats.
Peut-être fut-ce dans ce sanctuaire que prit place une statuette Tenue d'Egypte' : celle de Pétoubast, dernier représentant d'une famille qui avait occupé les plus hautes fonctions sacerdotales pendant toute la durée de la dynastie des Ptolémées. Né en 46, il était devenu à neuf ans grand pontife de Ptah à Memphis et avait été investi d'autres dignités religieuses ; il était mort en 30, le jour même où l'entrée d'Octave à Alexandrie mettait fin au royaume d'Egypte. On peut croire que Cléopâtre l'avait connu dans ses premières années et qu'elle tint à montrer qu'elle n'avait pas oublié cet enfant, dont le sort malheureux avait été associé au sien. Une autre œuvre égyptienne recueillie à •Cherchel est une statue de Thoutmosis I", qui régna au xv)^ siècle^. Etait-ce aussi un souvenir de la patrie perdue, que Cléopâtre s'était fait envoyer dans son lieu d'exil?
Héritiers des Pharaons, les Ptolémées avaient pourtant été «n Egypte des souverains grecs. Tandis que Juba, sauf de très rares exceptions, a fait usage du latin sur ses monnaies, le nom et le titre de Cléopâtre sont toujours en grec, même quand ils accompagnent la légende latine Rex luba.
D'ailleurs^ si le roi n'avait pas, comme la reine, adopté officiellement le grec, c'était certainement sa langue de prédilection. Il l'avait apprise à Rome, où, selon la coutume d'alors, il avait •reçu une éducation aussi hellénique que romaine. A sa cour, on devait parler surtout le grec. Ce sont des noms grecs que portent la plupart des anciens esclaves royaux dont les épitaphes latines nous sont parvenues ^ Après Carthage, Cherchel est le lieu de l'Afrique du Nord qui a livré le plus d'inscriptions
1. I. Lévy, Rev. archéoL, 1913, II, p. 73-81. Durry, l. c, p. 56-57; pi. I, fl^. 2 et 3.
2. Gauckler, l. c, p. 85-86 (d'après Lefébure); pi. II, fig. 1. Il ne reste que le bas de cette statue.
3. C. /. L., VIII, 9344, 9347, 9351, 21085, 21086, 21088, 21091, 21095, 21096; C. L L., VI, 101 10, 20409. 11 y a pourtant aussi des noms latins : C. l. L., VIII,
grecques. Plusieurs sont de l'époque romaine, d'autres no peuvent pas être datées. Mais deux, au moins, furent gravées, avant l'annexion de la Maurétanie à l'Empire : un fragment qui mentionne un roi *; un autre qui se rapporte à un esclave ou à un affranchi de Ptolémée -. Et si le grec a été en faveur à Césarée au temps des empereurs, c'est apparemment parce qu'il l'était déjà au temps des rois, Juba s'entourait volontiers de gens d'origine hellénique. Nous avons déjà mentionné le médecin Euphorbe et l'acteur Leonteus. Il faut certainement y joindre des secrétaires, qui l'aidaient dans la préparation de ses écrits, des architectes, des sculpteurs, d'autres artistes encore^ appelés pour travailler aux édifices dont il ornait sa capitale.
Ces monuments étaient, en effet, des œuvres d'architectureclassique, et non pas de ce style punico-grec vieilli qui avait survécu en Afrique à la ruine de Carthage^ Tels nous apparaissent, sur les monnaies de Juba et de Ptolémée, une chapelle décorée de pilastres, des temples avec quatre ou six colonnes sur la façade et un fronton muni d'acrotères *.
Parmi les ruines qui subsistent à Cherchel, ou qu'on a pu explorer au moins partiellement, il est permis d'attribuer à Juba un ou plusieurs édifices situés au Sud-Est et au Sud de l'Esplanade actuelle. Dans cette région, ont été faites, à plusieurs reprises, des trouvailles dues au hasard, ou des fouilles, trop limitées et conduites sans méthode ; maintenant, tout est détruit ou recouvert. Il y avait là des constructions importantes^, en
9346, 9347, 9350, 21093, 21094. Remarquer que c'était alors un usage trèsrépandu cliez les Romains de donner des noms grecs à leurs esclaves, môme quand ceux-ci n'étaient pas d'origine grecque. — Les deux gardes du corps quenous avons mentionnés p. 236, n. 1 portaient aussi des noms grecs.