‹ Histoire ancienne de lÁfrique du nordChapitre 24 sur 142 · Gicéron, Ad famil., l. c · texte numérisé non relu

Gicéron, Ad famil., l. c

3. G'était le Sénat qui faisait la nomination. Gicéron, Pro Ligario, 7, 20 : « Ligarium senatus legaverat. »

4. Pour Ligarius, laissé par Gonsidius en Afrique, d. supra, p. 25, n. 6. En 44, Calvisius Sabinus, quittant la province, laissa deux légats à Utique : Gicéron, PhUipp., l. c. Pour Fabius Hadrianus, qui gouverna VAfrica en 84-82, quelques érudits croyaient (à ton) qu'il l'avait fait en qualité de legalus : v. supra, p. 18, n. 3.

5. Une inscription latine d'Afrique mentionne un questeur de l'époque républicaine (vers 60 avant J.-C.) : Gagnât et Merlin, Inscr. lat. d'Afrique, 422,

livraison du produit des impôts*, fournissaient les fonds nécessaires aux dépenses civiles et militaires, versaient, s'il y avait lieu, les excédents au Trésor romain. En cas de départ ou d'indisponibilité, le gouverneur pouvait désigner comme son remplaçant le questeur, qui portait alors le titre de quaestor pro praetore-. Celui-ci était même plus qualifié que les légats pour faire l'intérim, car, officiellement, il était le second personnage de la province.

D'autres Romains, choisis par le gouverneur, qui notifiait leurs noms au Sénat, étaient des « amis », des « compagnons », amici, comités^ contubernales. Entretenus aux frais de l'Etat, ils formaient l'entourage et la suite du préteur, l'assistant surtout dans l'administration de la justice. Il y avait parmi eux des jeunes gens de l'aristocratie, qui, sous un beau ciel et sans bourse délier, faisaient leur éducation politique^

A ces hommes de qualité, parmi lesquels se glissaient sans doute des parasites, mais qui, en somme, n'étaient pas très nombreux, il faut joindre le personnel subalterne, les licteurs, appariteurs, hérauts, employés de bureau, etc. Il est à croire qu'une bonne partie d'entre eux restaient dans la province, à la disposition des gouverneurs et questeurs qui s'y succédaient et auxquels leur connaissance du pays et des gens pouvait être utile. Cependant certains venaient et partaient avec ces magistrats : par exemple, des scribes du Trésor de Rome, chargés de tenir la comptabilité des sommes allouées par l'Etat.

Sauf en cas de tournée ou de mission, tout ce monde résidait auprès du gouverneur, à Utique\ Avant la chute de Carthage,

1. Voir plus loin (p. .53), à propos de deux dédicaces à des questeurs d'Afrique, hommages qui paraissent avoir eu quelque rapport avec la levée des impôts.

2. Un q{uaestor) pro pr{aetore) est mentionné sur une inscription africaine de 44-42 avant J.-C. : C. I. L., VIII, 24106.

3. Gicéron, Pro Cn. Plancio, il, 27 : « adolescentulus cum A. Torquato profectus in Africam.... Contubernii necessitudo... » (vers 70). Le même, Pro Caelio, 30, 73

« in Africam profectus est Q. Pompeio pro consule contubernalis » (en 62).

4. Utique. résidence du gouverneur eu 106-103 : Salluste, Jug., CIV, 1. En 82 Gicéron, Verrines, Act. Il, i, 27, 70; Valère-Maxime, IX, 10, 2; Paul Orose, Adv pagan., V, 20, 3; Pseudo-Asconius, dans l'édition de Gicéron d'Orelli, V, 2, p. 179

c'était la seconde ville d'Afrique' ; elle en devint la première en l'année 146. Sa défection opportune au début de la dernière guerre punique lui avait valu le titre de cité libre : officiellement, elle était en dehors du sol provincial appartenant au peuple romain. Mais les ressources qu'elle offrait et sans doute surtout sa situation maritime, en face de la Sicile, la firent juger propre àservirde capitale à la province-. Naturellement, le gouverneur ne pouvait pas y être traité comme un hôte : dans son palais % avec son brillant cortège de Romains, sa domesticité et sa garde de cavaliers et de fantassins, les licteurs portant les insignes de son imperium, il faisait ligure de maître.

Il l'était vraiment, sur toute VAfrica, malgré les droits qui appartenaient au Sénat dans l'administration provinciale.

Droits fort étendus, du moins en théorie. C'est le Sénat qui fixait annuellement les forces militaires et navales mises à la disposition du gouverneur; les crédits destinés aux dépenses publiques {sumptus provinciae), solde des troupes et du personnel subalterne, achat de vivres pour les soldats, entretien des légats, du questeur, de l'entourage du préteur; la somme forfaitaire allouée à celui-ci pour ses frais de voyage et de résidence (vasarium). C'est au Sénat qu'il appartenaitde surveiller les actes de ce représentant de l'autorité romaine, de lui imposer au besoin le respect du statut de la province {lex provinciae)^ des lois et sénatus-consultes qui avaient complété ou modifié le statut. 11 pouvait lui envoyer des instructions et lui demander des rapports; examiner les comptes qui devaient être remis

Le gouverneur d'alors est appelé par Diodore (XXXVIll, 11) tbv orTpaTrjYov tt,; 'It^xy);. Ea 49, c'est à Utique que P. Atlius Varus prend possession du gouvernement de la province : Gicéron, Pro Ligario, 1, 3. En 44, c'est encore à Utique qu'un gouverneur, quittant l'Afrique, laisse deux légats : Cicérou, Philipp., III, 10, 26. Statue élevée à Utique, vers 60, à un questeur par des stipendiarii de trois pagi de la province : Gagnât et Merlin, Inscr., 422.

1. Strabon, XVII, 3, 13. Appien, Lib., 75. Conf. t. Il, p. 145.

2. Strabon {l. c.) dit qu'après la destruction de Garthage, Utique devint pour les Romains comme une métropole et une place d'armes en Afrique.

3. Ïite-Live, Epit. l. LXXXVI, et Pseudo-Asconius, l. c. : « in praetorio suo ».

aux questeurs urbains en justification de l'emploi des crédits {vasarium excepté); donner audience aux députés des provinciaux, qui, par l'intermédiaire des consuls, soumettaient à l'assemblée leurs plaintes : ce qui arriva en 66, alors que Catilina était proconsul en Afrique', et peut-être une trentaine d'années plus tôt^.

Mais, en fait, le Sénat n'usait guère de ses droits de contrôle. Il n'avait ni le temps, ni le désir d'entrer dans de menus détails d'administration, de finances, de justice; il était peu disposé à donner raison à des sujets contre un de ses membres; enfin, n'exerçant lui-même aucune juridiction, il était dépourvu du moyen le plus efficace de réprimer les abus.

Il est vrai que d'anciens gouverneurs pouvaient être accusés de concussions ou d'autres crimes devant des tribunaux spéciaux {quaestiones perpeiuaé) et, s'ils étaient reconnus coupables, être condamnés à l'exil, à des restitutions pécuniaires, même à la confiscation de tous leurs biens. Le droit de les traduire ainsi en justice était ouvert aux sujets, aussi bien qu'aux citoyens. Mais il y avait là un gros risque à courir, même si les plaignants comptaient sur l'appui de puissants patrons \ L'accusé avait d'ordinaire des amis influents, souvent des complices dans le Sénat et dans l'ordre équestre : or ces tribunaux furent formés successivement de sénateurs, de chevaliers (de 123 à 81), de sénateurs (de 81 à 70), enfin de sénateurs, de chevaliers et d'une autre catégorie de citoyens. Poursuivi pour concussions en 66-65% Catilina fut acquitté ; P. Clodius, qui s'était chargé de

1. Asconius, édit. Kiessling et Schôll, p. 75-76 : « (Africam) cum graviter vexasset, légati Afri ia senatu etiam tum absente illo questi sunt, multaeque graves sententiae de eo in senatu dictae sunt. » Conf. ibid., p. 79.

2. En 95, Hortensias, alors âgé de dix-neuf ans, « in senatu causam défendit Africae » : Cicéron, De orat., III, 61, 229. On ne sait pas de quoi il s'agit.

3. En 65, les accusateurs de Catilina furent soutenus par Q. Cœcilius Métellus Plus, consul en 80, fils du Métellus qui avait combattu Jugurtha (voir note suivante).

4. Salluste, Catil., XVIII, 3 : « pecuniarum repetundarum reus ». Asconius, p. 8, 58, 76, 80. Cicéron {In loga candida, fragm. 8), s'écriait ironiquement :

GsELL. — Afrique du Nord. VII. 3

3Ô LA PROVÎNGE d'aF'RIQUE SOUS LÀ RÉPUBLIQUE.

soutenir la cause des Africains, les avait, dit-on, trahis, eii s'entendant avec l'ancien proconsul'.

Le gouverneur restait donc libre d'user et abuser de ses pouvoirs, qui étaient très grands, et, sur les non-citoyens, presque absolus. Nous n'avons, à cet égard, aucun renseignement pour l'Afrique, dont la condition était évidemment la même que celle des autres provinces.

Parmi les tâches diverses qui incombaient au préteur, propréteur ou proconsul, les principales étaient la juridiction et le tnaintien de l'ordre.

Assisté de conseillers, il rendait la justice dans sa résidence d'Utique, et peut-être aussi dans des assises, tenues à dates fixes dans d'autres villes, chefs-lieuxde ressorts judiciaires ^ Pour la juridiction criminelle, qu'il ne pouvait pas déléguer, il avait le droit de vie et de mort sur les sujets, mais non sur les citoyens romains. La juridiction civile réclamait une très large part de son temps : le proconsul d'Afrique Gornifîcius reprochait à Cicéron de ne lui écrire que pour lui recommander des plaideurs^ Cependant, le gouverneur ne jugeait pas, en général, lui-même le fond des affaires : il accordait aux parties un juge pour examiner les faits et, si tels faits étaient reconnus exacts, pour rendre la sentence qu'il indiquait par avance. D'autre part, il pouvait donner mandat au questeur, au légat, à un Romain de son entourage d'exercer en ses lieu et place ses pouvoirs judiciaires dans des procès civils. Le questeur avait une juridiction qui lui était propre et qui concernait surtout les litiges commerciaux.

« Meatitos esse équités Romanos, falsas fuisse tabellas honestissiraae civitatis existimo, mentitum Q. Melellum Pium, mentitam Africam. » Il s'agit des accusateurs do Catilina, mais nous ignorons de quoi ils l'accusaient.

1. Cicéron, l. c.\ De harasp. resp., 20, 42. Asconius, p. 58, 76, 78,80, 82.

2. On n'a pas de preuves de ces tournées dans la province d'Afrique à Pépoquo républicaine.

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