De viris illustr., 73. V. infra, p
Si tels étaient en moyenne les lots de la colonie de Carthage, ils auraient formé un ensemble de 150 000 hectares ^
Au bout de soixante-dix jours, Gaïus avait achevé tout ce qui réclamait sa présence^. Il retourna à Rome, où il se trouvait au milieu de l'été, lors des élections au tribunat de la plèbe. II s'y présenta et échoua.
Les aristocrates le haïssaient tellement que cette raison seule les aurait rendus hostiles à la colonie dont il était le véritable créateur. Ils craignaient sans doute que ces milliers de citoyens, tous attachés au parti démocratique, ne fissent de la province à'Africa un fief de ce parti. Ils se souvenaient de l'avertissement tant de fois donné par Caton, trente ans auparavant : « Il faut détruire Carthage! », et ne comprenaient pas que les circonstances n'étaient plus les mêmes; que la nouvelle Carthage n'était pas exposée à tomber entre les mains d'unMasinissa, qui en ferait sa capitale; qu'au contraire, elle serait le meilleur appui, le meilleur levier de la puissance romaine en Afrique. Ils allaient répétant que Tyr et Phocée, métropoles de Carthage et de Marseille, avaient été jadis éclipsées par leurs colonies, et qu'il était criminel de préparer le même sort à Rome'; que les provinces devaient être des domaines pour le peuple souverain, et non pas des patries pour une partie de ce peuple.
L'échec de Gaïus aux élections enhardit ses ennemis, qui résolurent de détruire son œuvre et, en particulier, la colonie de Carthage, quand il serait sorti du tribunat à la fin de l'année. On mena grand bruit autour de certains présages : ils prouvaient, affirmait-on, combien les dieux étaient irrités du sacrilège qui avait annulé l'acte solennel accompli par Scipion. Lors de l'arrivée des colons, l'enseigne qui les précédait avait été enlevée par le vent des mains de l'homme chargé de la porter, et elle