V. infra, p
colonie, mais concédées gratuitement à des individus {viritim), qui ne constitueraient pas une commune de citoyens romains. Pour VAfrica de l'époque républicaine, nous ne connaissons qu'une seule application de cette manière de procéder*. En l'an 103, le tribun L. Appuleius Saturninus fit voter une loi ordonnant que des lots de cent jugères fussent distribués en Afrique à des vétérans qui avaient servi sous Marins ^ Elle ne dut pas être aussitôt exécutée : Marins avait besoin de ces bons soldats pour combattre les Teutons et les Gimbres. Mais, après la victoire de Verceil (en juillet 101), il se peut que les assignations aient été faites : il ne faut pas confondre cette loi de 103 avec d'autres, votées en 100, pendant le second tribunat d'Appuleius, à l'effet de fonder des colonies et de distribuer des terres dans diverses provinces^, — l'Afrique n'est pas mentionnée, — lois qui furent abrogées. Mais, si des vétérans ont été alors établis sur le domaine public d'Afrique, ni eux, ni leurs descendants n'y ont laissé aucune trace certaine^; eux aussi avaient pu profiter de la faculté de revendre leur lot. De ce que nous venons d'exposer, il résulte que le nombre des Romains et des Italiens qui s'enracinèrent au sol africain en le cultivant fut sans doute restreint. On n'a pas trouvé d'inscriptions latines, — ni bornes, ni dédicaces, ni même épitaphes, — qui attestent leur présence. Trois inscriptions non déchiffrées, mais qui semblent bien appartenir à quelque langue italique, ont été recueillies, assez près les unes des
1. La loi de 111 (1. 93) mentionne en Afrique des assignations faites en vertu d'un sénatus-consulte. Mais, dans ce passage, il s'agit probablement de terres que des particuliers sont autorisés à occuper sur le domaine public, moyennant une redevance, et non pas d'agri privati vectigalesque : v. infra, p. 87.
2. De viris illuslr., 73 (lors du premier tribunat d'Appuleius, en 103) : <■ Tribunus plebis sediliosus, ut gratiam Marianorum militum pararet, legem tulit, ut veteranis centena agri iugera in Africa dividerentur. »
3. Vir. HL, L c. Appien, Bell, civ., I, 29. Gicéron, Pro Balbo, 21, 48.
4. Je ne crois pas qu'on puisse invoquer ici l'épithète Mariana, Marianum qu'Uchi Majus et Thibaris portaient sous l'Empire romain. Ces lieux étaient situés en dehors de la vieille province. V. supra, p. 10.
autres, dans la vallée de l'oued Miliane, au Sud-Ouest de Carthage*. Elles sont de teneur uniforme, et les pierres qui les portent ont l'apparence de bornes : bornes non officielles, puisque la langue n'est pas le latin. Et c'est tout pour la province entière. Ajoutons qu'il n'est pas même sûr que ces inscriptions énigmatiques datent de l'époque que nous étudions.
En temps de guerre, l'affluence des troupes attirait d'outremer des mercantis ^ gens peu désirables et qui disparaissaient la paix rétablie.
Il y avait déjà des négociants italiens dans la Carthage punique ^ Après la création de la province, nombreux furent ceux, Romains et Italiens^, qui vinrent y chercher fortune : marchands, exportant principalement des blés, important des vins et d'autres produits de la péninsule; hommes libres, appartenant au personnel de diverses entreprises, — transports maritimes ou terrestres, fournitures à l'armée, au gouverneur et à son entourage, affermage des impôts et revenus publics; — banquiers % qui se livraient à une impudente usure. Ces gens étaient surtout des patrons et des chefs de service, les emplois subalternes étant confiés à des affranchis et à des esclaves, pour la plupart originaires d'Orient. Les grosses affaires se trouvaient entre les mains de chevaliers, et plus d'un d'entre eux ne craignait pas de s'expatrier. Des sénateurs avaient aussi des intérêts dans la province. Ils les faisaient gérer par des gens de confiance; mais il leur arrivait parfois de se déplacer : dans ce cas, ils demandaient une mission libre [legatio libéra)^ qui leur valait des honneurs, et même des
1. Merlin el Martha, Bail, archéol. du Comité, 1913, p. ccxxxii et suiv. Merlin, ibid., 1919, p. ccxxxvi-vn. Catalogue dj. Musée Alaoui, 2" Supplément, p. 109, n- 1349, 1350. Conf. ici, t. IV, p. 176, n. .'1.