V. supra, p. 72, n
A l'exception des territoires des villes libres, tout le sol de la province créée en l'an 146 devint alors un domaine du peuple romain*. La commission de dix sénateurs, adjointe à Scipion, dut prendre aussitôt des mesures concernant' ce domaine. Elle en concéda une bonne partie. Le reste fut réservé, pour être plus tard l'objet de décisions nouvelles. D'autre part, les terres concédées demeurèrent propriété de l'Etat, qui garda le droit strict d'en disposer. Un grand nombre de lois, sénatus-consultes, ordonnances de magistrats furent donc rendus au sujet de Vager publions populi Romani d'Afrique, durant le siècle qui s'écoula depuis l'annexion. Nous ne connaissons que quelques-uns de ces actes législatifs et administratifs.
L'un des plus importants fut la loi Rubria, qui, en 123, décida la fondation d'une colonie à Carthage, avec attribution de plusieurs milliers de lots de culture. La suppression de la colonie, en 121, n'entraîna pas, nous l'avons dit^, le retrait
1. Le principe que les provinces sont des domaines du peuple romain est affirmé par Gicéron {Verrines, Act. II, ii, 3, 7) et par d'autres après lui (voir Marquardt, Rom. Slaatsverwaltung, 2° édit., II, p. 181, n. 5). Je crois qu'il a été appliqué dès la constitution de la province d'Afrique : i>. supra, p. 47, n. 5.
des assignations déterres. Cependant elle nécessita le règlement de diverses questions. Nous ne pouvons faire que des hypothèses très fragiles pour la période qui s'écoula entre 121 etlll *.
Mais le hasard nous a conservé des débris d'une table de bronze^, qui portait le texte d'une loi' votée en 111*, peutêtre sur la proposition du tribun Sp. Thorius^, et concernant Vager piiblicus d'Italie, d'Afrique et du territoire de Corinthe. Nous n'avons à nous occuper ici que de la seconde partie, qui embrassait la moitié de l'ensemble (51 lignes sur lOS). De ce texte, si précieux, il ne reste que des lambeaux : la science et l'ingéniosité de divers érudits, parmi lesquels il faut surtout nommer Rudorfî et Mommsen, ont permis une restitution partielle, qui laisse subsister bien des incertitudes.
La loi décide la création d'un magistrat extraordinaire, appelé duumvir^ (car il aura un collègue, chargé, pour sa part, du territoire de Corinthe). Des pouvoirs très étendus sur le domaine public d'Afrique lui sont attribués.
Il s'agissait tout d'abord de vérifier les droits de ceux qui détenaient des lots de colons : colons ou leurs héritiers, acheteurs de lots de colons ou héritiers de ces acheteurs. La superficie des lots et probablement aussi leur nombre devaient être ramenés aux chiffres qu'avait fixés la loi Rubria^, — pourtant