Ibid., p
particuliers. Mais cette conclusion ne s'impose pas, car le sens « grand domaine » ne paraît pas dériver directement du sens « espace boisé, broussailleux ». Dès l'époque républicaine, le mot salins fut employé pour désigner un ensemble de centuries : quatre, selon Varron* (ce qui répond à plus de 200 hectares), peut-être aussi davantage^; il dut recevoir ce sens parce que les ensembles ainsi constitués étaient des terres médiocres, jugées impropres à l'agriculture et qu'il ne convenait pas d'assigner en petits lots, si, contre l'usage', on les assignait. Le mot saltus, devenu dans cette acception un terme d'arpentage, se serait appliqué, avec le temps, à un grand espace de terres mesurées, quel que fut le nombre des centuries qu'il contenait, sans qu'on tint compte désormais de la qualité du sol. De là, on passait aisément au sens de « grand domaine », ces domaines étant, dans les provinces de l'Afrique romaine, partagés en centuries, comme le reste du territoire*. Il s'ensuit que, là où nous rencontrons le terme saltus pour désigner une grande propriété africaine, ce n'est nullement une preuve qu'elle ait été auparavant un espace inculte, donné ou vendu par l'Etat à un particulier. D'ailleurs, si les mentions de saltus sont nombreuses dans la contrée qui répond à VAfrica nova, je n'en connais qu'une seule^ dans celle qui fut, de 146 à 46, la province d'Afrique, dans VAfrica vêtus. Ce qui ne doit pas empêcher de supposer que l'Etat y ait aliéné, — on ne sait quand, ni comment, — les terrains sur lesquels il percevait, à l'époque républicaine, la s^criptura pecoris, puisque rien n'atteste qu'il en ait encore possédé sous l'Empire.