Car les publicains avaient intérêt à les dénoncer
3. Pline l'Ancien, XVIII, 35. Fvonlin, De controversiis agroruin, dans Gromat. vet..
bon nombre d'entre eux devinrent ensuite domaines impériaux. Mais la plupart, si nous en jugeons par les documents épigraphiques, se trouvaient dans les limites qui, lors de l'annexion du royaume de Numidie en 46 avant J.-C, furent assignées à la province A^Africa nova, bientôt réunie à VAfrica vêtus. Dans les limites de celle-ci, les grands domaines privés paraissent avoir été assez rares sous l'Empire'. Etaient-ils plus nombreux et plus vastes sous la République? On a quelques raisons de le croire, du moins pourla fin de cette époque. Ils auraient appartenu surtout à des chevaliers et à des sénateurs. En 56, Cicéron dit que M. Caelius Rufus, fils d'un chevalier et qui devint lui-même sénateur, avait en Afrique des biens et possessions qu'il tenait de son père-. En 43, L. Julius Galidus, chevalier, fut menacé de proscription, parce que « ses grandes possessions d'Afrique » excitaient la convoitise d'un officier d'Antoine le triumvir^ : il est probable qu'elles se trouvaient dans la vieille province, plutôt que dans la nouvelle, créée depuis trois ans seulement*. Les sénateurs n'avaient pas le droit de s'occuper ouvertement de banque et de commerce : si donc l'un d'eux, G. Anicius, se rendant en Afrique pour ses affaires, se faisait donner, en 44, une mission officielle et souhaitait que le gouverneur de l'^/rica vefiis lui accordât des licteurs; si un autre sénateur, récemment
I, p. 53. C. I. L., VIII, 14G03 (domaine privé, qui était devenu impérial dès le milieu du i" siècle). .
1. Ad Atticill(a)e [sons-entendre praedia], sur la Table de Peutinger : conf. Atlas archéol. de la Tunisie, f« Medjez el Bab, n° 192 ou 193. — Villa Magna, dans la région de Zaghouane : C. /. L,, VIII, 899; ce nom atteste sans doute un grand domaine (conf. ibid., 25902, I, 1. 6-7). — A Henchir Bou Hamida, près de Pontdu-Fahs, il y avait un domaine, probablement important, qui paraît avoir été privé : ibid., 23977-8. — Indices d'autres domaines dans la même région : ibid., 23847, 23848, 23842, 23943. — Un vicus Haterianus, au Sud-Ouest de Thuburbo Majus, et un vicus Annaei, au Sud du même lieu, n'étaient probablement plus des propriétés privées à l'époque où des inscriptions nous les font connaître : ibid., 23125; C. r. Acad. Inscr., 1923. p. 197-9.
2. Pro Caelio, 30,73 : « in qua provincia... res erant et possessiones paternae ».
3. Cornélius Népos, Atticus, XII, 4 : « magnas eius Africanas possessiones ».
4. M. Gichorius (Rom. Studien, p. 88) identifie ce personnage avec un L. Julius, que Cicéron (Ad famil., XIII, 6, 3) recommanda à un proconsul d'Afrique en 56, dix ans avant la création de VAfrica nova.
GsELL. — Afrique du Nord. VII. 7
encore chevalier, L. iElius Lamia, chargeait Gicéron de recommander, en 43, à ce gouverneur ses affaires, ses procurateurs, affranchis et esclaves', il y a quelque apparence que l'un et l'autre avaient des raisons avouables de jouir en Afrique d'une protection officielle, qu'ils y possédaient des propriétés foncières : ce qui était leur droit. Mentionnons encore cette ferme très grande, pourvue de quatre tours, qui s'élevait, en 46, près d'Uzitta, au Sud-Est d'Hadrumète'^, et qui était assurément le centre d'un domaine ; il est vrai qu'elle pouvait appartenir à un citoyen d'une des villes libres du littoral, et non à un Romain. En dehors des territoires de ces villes, des domaines romains, plus ou moins importants, avaient pu se former dans la province, par des achats faits, soit à Rome, lors des ventes publiques, soit en Afrique même, lorsque des citoyens romains ou des Italiens se décidaient à vendre de gré à gré les terres, assignées gratuitement par l'État ou vendues par lui, dont ils étaient propriétaires*. Quant à celles qui avaient été attribuées à des stipendiarii et grevées d'un impôt foncier, des Romains n'auraient eu qu'un avantage médiocre à les acheter, à supposer que cela leur eût été permis*.
Le peuple romain, nous l'avons dit', était propriétaire d'espaces incultes, couverts de brousse ou d'arbres, qu'on appelait saltus et qui servaient de pâturages. Or, sous l'Empire, depuis le premier siècle de notre ère, le terme saltus est fréquemment usité, surtout en Afrique, pour désigner de grands domaines, privés ou impériaux. On peut donc se demander si ces domaines africains, qui, — cela va sans dire, — étaient partiellement ou totalement mis en culture, ne s'étaient pas formés sur de vastes étendues incultes, que l'Etat aurait données ou vendues à des