LES HÔTELS DE 1/ ADMINISTRATION ROYALE. 28S
nous ne comprenons pas toujours la destination'. On entassait par milliers rlans ['Hôtel des Armes' les casse-tête, les massues, les piques, les poignards, les arcs, les paquets de (lèches que Pharaon distribuait aux recrues chaque fois qu'une guerre l'obligeait à convoquer son armée, et qu'il leur retirait après la campagne1. Les hôtels se subdivisaient à leur tour en chambres ou logis1 réservés chacun à une catégorie d'objets. On comptait je ne sais combien de logis dans la dépendance de l'Hôtel 1 la ■■»: M caisse ou likbi et mki tuiufokt a l'hoteu umc*.
des Approvisionnements, Logis des Viandes de boucherie, Logis des Fruits, Logis des Bières. Logis du Pain, Logis du Vin, où l'on accumulait de chaque denrée ce qui était nécessaire à la nourriture de la cour entière pendant quelques jours, au plus pendant quelques semaines. Elles y arrivaient chacune de magasins plus grands, les vins de leurs entrepôts", les bœufs de leurs étables7, les blés de leurs greniers*. Ces derniers étaient de vastes réceptacles en briques, ronds, terminés en coupoles, accotés par dix et plus, mais sans communication de l'un à l'autre. On n'y voyait que deux ouvertures, une au sommet par laquelle on introduisait le grain, une au niveau du sol par laquelle on le retirait : un écriteau affiché au dehors, souvent sur le volet même qui fermait la chambre, annonçait l'espèce et
1. Ainsi lePi-iior? (M.wpep.0, Eluda Égyptienne», t. Il, p. *5H-Î39), peut-être l'entrepôt des graisses, *. Pkhoioi', la Khainat ed-darak des khalifes égyptiens (E. m Ranci, lircherrhet tur te» monument», p. 91, 1U1, 10i; NiniETiE, le» Mastaba» de V Ancien Empire, p. ÏI7-Î18. ïi», *39, 196, etc.).
3. On voit à Médinot-Habou la distribution des armes, faite aux soldats de llarnsés III (Cha.poluo-., Monument», pi, CCXVIII, Rosellisi, Mon. Real}, pi. CXXV); la même opération parait être impliquée par un passage de l'inscription d'Ouni qui raconte la levée d'une armée sous la VI" dynastie.
4. Alt, kl. M. Lcfébure a réuni beaucoup (le passages où ce» logis sont mentionnés, dans ses notes Sur différent» mot» et nom» Egyptien» (Proceedingt of Ihe Society of Bibtical Archrology, 1890-
1891, p. 417 sqq.). Dans bien des cas qu'il cite, et où il reconnaît une fonction d'état, je croîs reconnattre un métier : beaucoup d'tai à1t-*foc, Gen» du loqit de» viande», seraient des bouchers, beaucoup d'»«i ItT-mglTor, Gen» du Ingit de la bitre, seraient des eabarctîcrs, travaillant pour leur compte dans la ville d'Abjdos. et non des employés attachés au fisc de Pharaon ou du Sire de Thinis.
5. Deuin de Fauchtr-Gudin, d'âpre» la chromolithographie de Li.psics, Denkm., Il, iW.
il. Awirt, mot qui s'applique à des entrepôts, ordinairement voûtés et accolés deux à deux, où l'on emmagasinait des denrées très diverses (M.ibihtk, te* Maitaba», p. 145, «3, Ï3H, ti'A, etc.|. 1. I.e terme Aboii. qui s'appliqua plus tard aux clin vaux comme arn bieufs. ne s'est pas rencontré
X. Saoxoi-in, qui est passe dans le langage des Français d'Orient, sous la forme chounéh, par l'intermédiaire de l'arabe. Pour la représentation des greniers à grains et à fruits de l'époque memphite, cf. JttiPERO, Quatre Année» de fouilla {dans les Mémoire» de la Million Fmncaiie, t. I, pi. lit).
im LA CONSTITUTION POLITIQUE DE L'EGYPTE.
la quantité des céréales. La garde et la gestion étaient confiées à des troupes de portiers, de magasiniers, de comptables, de primats qui commandaient les manœuvres1, d'archivistes, de directeurs1. Les plus nobles se disputaient l'administration des Hôtels, et les fils de rois eux-mêmes n'estimaient pas déroger à s'intituler Directeurs des Greniers ou Directeurs de l'Hôtel des Armes. Aucune loi n'interdisait le cumul et plus d'un se vante encore dans son tombeau
royauté, les hôtels participaient de la dualité qui caractérisait la personne de Pharaon : on disait, en parlant d'eux, l'Hôtel ou le double Hôtel Blanc, l'Hôtel ou le double Hôtel de l'Or, le double Entrepôt, le double Grenier. Les grosses villes possédaient, ainsi que la capitale, leurs doubles Hôtels et leurs Logis où les produits du voisinage affluaient, mais où le service n'exigeait pas toujours une installation complète; on y rencontrait des places* dans lesquelles fes recettes ne séjournaient qu'en passant. Une partie de l'impôt provincial, la plus facile à conserver, était expédiée en barque à la résidence' et grossissait le trésor central : le reste, on le dépensait sur les lieux pour le traitement des employés et pour les besoins du gouvernement.
I. Khoepoioi', le mol primai est la traduction littérale du terme égyptien ; sur le genre »)»«i*l de fonctions qu'il indique, cf. Mtspsno, Étude* Egyptienne*, 1. II, p. iNI-IBi.
t. «mai! se traduit assez exactement Directeur (Mtsrfciw. Elude* Egyptienne*, t. Il, p. ifll-JKj),
3. Pour n'en filer qu'un exemple, Kaî joint à 1» direction de la Grande Cour du Palais celle du dnulile grenier, celle de la double maison blanche, relie des six grands magasins, et celle de trois entrepôt» différents: (Mariette, te* iiastnba* de l'Ancien Empire, p. 113).
4. llettin de Faiichei-Gudin. d'apràt une teènc de la tombe d'Amonià Beni-llatian ; cf. ll<K[Li.ni, ilonuiuenti Civiti, pi. xxxrv, t. Mt:w»;«*Y, tieni Hatnn. t. I, pt. Mil. A droite, près de ta porte, le tas de grainsoù le boisseleur puise, pour remplir la couffe que l'un des porteurs tient ouverte. Au centre, une procession d'esclaves monte l'escalier qui mène au-dessus des greniers; l'un d'eux décharge sa coulTe dans t'oritirc du liant, devant le surveillant. Les inscriptions tracées à l'encre sur la muraille extérieure des réceptacles déjà pleins déclarent le nombre de mesures que chacun d'eux contient.
5. l-lroi, ptarc*. faute d'un mot meilleur (Xasteeii, Etude» Egyptiennes, t. Il, p. IÏ8 sqq.).
(!. Les barques employées à cet usage formaient une flottille, et leurs chefs crmuli tuaient un corps régulii ■remeiil organisé de convoyeur* qu'on voit souvent représentés sur les monuments du Nouvel Empire, apportant l'impôt à la résidence du roi ou du prince dont ils dépendent. Il y en » un bon exemple au tombeau de Pihiri, à Kl-Kab (Cnt»*>LLH>N, Monument* de l'Egypte et de la Subit, pi. cxli ; Hosf.li.ihi, Monument! Civiti, pi. ex, i-1; LtPSiiis, Denkm., 111, Il a).