LA FORTUNE D'AMTEM À LA FIN DE SA VIE
laissé ta description. L'enceinte formait un carré de cent cinq mètres de côté et enfermait par conséquent une superficie de onze mille mètres carrés. La maison d'habitation, bien bâtie, bien garnie des choses nécessaires à l'existence, était entourée d'arbres d'apparat et de rapport, palmiers ordinaires,
figuiers, nabécas, acacias; plusieurs bassins, proprement encadrés de verdure, y offraient asile aux oiseaux d'eau, des treilles couraient en avant de la maison, selon l'usage, et deux boisselées de terre, plantées en vignes de rapport, lui fournissaient grand vin chaque année'. C'est là sans doute qu'il termina ses jours dans la paix et le repos de son âme. Aucune pyramide ne couronnait encore le plateau où le Sphinx veillait depuis des siècles, mais
1. Ce plan esl tiré d'une loin lie thébaine de la XVIIIe dynastie (Cbupollion, Monument t de l'Egypte tl de la Nubie, pi. cclii, RmiLLUI, Monument! ttorici, pi. lïu, WlLIDHM, Mannert and Custonu, ■t" éd., t. I, p. 8"7), mais il répond eiacleincnt à la description qu'Amten nous a laissée de sa villa.
i. I.lpsils, Denkm., Il, î b; cf. Mameko. Eludei Egyptienne*, t. Il, p. 330-138.
des mastabas en belle pierre blanche s'élevaient ça et là au milieu des sables : celui où sa momie alla s'enfermer était situé non loin du village moderne d'Abousîr, à la limite du nome de la Cuisse et presque en vue du château dans lequel sa vieillesse s'était écoulée1.
Le nombre en devait être considérable de ces personnages qui, sortis de leur condition obscure, se haussaient en quelques années au faite des honneurs et mouraient gouverneurs de province ou ministres de Pharaon. Leurs descendants suivaient la carrière paternelle jusqu'au jour où la faveur royale et un mariage avantageux leur assuraient la possession d'un fief héréditaire et transformaient en baron féodal le fils ou le petit-fils du scribe enrichi. C'est chez les gens de cette classe et parmi les enfants des souverains que la noblesse se recrutait le plus souvent. Affaiblie et très réduite dans le Delta, où l'autorité du Pharaon s'exerçait directe presque partout, elle relevait la tète dans la Moyenne-Egypte et devenait de plus en plus forte à mesure qu'on s'enfonçait vers le Sud. Elle détenait les principautés de la Gazelle*, du Lièvre*, du Mont-Serpent4, d'Akhmîm5, de Thinis6, de Kasr-es- Sayad7, d'El-Kab8, d'Assouân9, et sans doute d'autres encore dont nous retrouverons un jour les monuments. Elle reconnaissait sans difficulté la fiction d'après laquelle Pharaon se proclamait le maître absolu du sol et ne concédait à ses sujets que l'usufruit de leurs fiefs; mais, le principe admis, chacun des barons se proclamait souverain sur son domaine et y exerçait en petit la plénitude
1. La situation du Château seigneurial d'Amten n'est indiquée nulle part dans les inscriptions. L'habitude qu'avaient les Égyptiens de construire leur tombe aussi près que possible de l'endroit où ils résidaient me porte à considérer comme presque certain que nous devons en chercher l'emplacement dans la plaine Mcmphite, au voisinage du bourg d'Abousîr, mais vers le Nord, de manière à demeurer sur le territoire du nome Létopolile, ou Amten gouvernait au nom du roi.
2. Tombeau de Khounas, prince de la Gazelle, à Zaouîét-el-Maiétfn (Champoluon. Monument* de l'Egypte et de la Nubie, t. II, p. -441-454; Lepsils, Denhn., II, 105-106); on trouve dans la même localité et à Shéikh-Satd les tombeaux à moitié détruits d'autres princes de ce même nome, contemporains pour la plupart des VI* et VIII* dynasties (Lepsus, Denhn., Il, 110-111).
3. Tombeaux des princes du Lièvre à Shéikh-Satd et à Bershéh (Lepsus, Denkm., II, 112-113).
X. Tombeau de Zàou 1", prince de Thinis et du Mont-Serpent, dans Sayce, Gleanings from the Land of Egypl (Recueil de Travaux, t. XIII, p. 65-67); cf., pour l'interprétation du texte publié par Sayce, Maspero, Sur l'inscription de Zâou, dans le Recueil de Travaux, t. XIII, p. 68-71.
5. Tombeaux des princes d'Akhmîm dans Mariette, Monuments divers, pi. XXI b, p. 6 du Texte, et dans E. Sohiaparki.lj, Chemmis-Achmtm e la sua antica necropoli (dans les Eludes Archéologiques dédiées à M. le /)' C. Leemans, p. 85-88).
6. Tombeaux des princes de Thinis à Méshéikh, en face de Girgéh (Sayce, Gleanings from the Land ofEgypt, dans le Recueil de Travaux, t. XIII, p. 63-64; Nestor Lhôte, dans le Recueil, t. XIII, p. 71-72); on en trouve d'autres beaucoup plus au Nord, vers Beni-Mohammed-el-koufour (Sayce, ibid., p. 67).
7. Tombeaux des princes de Kasr-cs-Sayad, copiés en partie par Nestor Lhôte, publiés incomplètement dans Lepsus, Uenkm., Il, 113-114, et dans Villiers-Stiart, Nile Gleanings, p. 305-307, pi. XXXVI-XXXVII1.
8. Plusieurs princes d'Kl-Kab sont mentionnés dans les graffiti recueillis et publiés par L. Stera, die Cultussiâlte der Lucina, dans la Zeitschrift, 1875, p. 65 sqq.
0. Les tombeaux des princes d'Assouân, déblayés de 1886 à 1802, ont été publiés par U. Bouriant {les Tombeaux d'A»souân, dans le Recueil de Travaux, t. X, p. 182 sqq.) et par Budge (Excavation a made al Aswûn, dans les Transactions of the Society of Riblical Arclueology, 1887-1888, p. A sqq.).