LES VILLAGES, LES SERFS ET LES PAYSANS LIBRES
Beaucoup se choisissaient des concubines de leur classe ou se mariaient dans le pays et faisaient souche : au bout de quelques générations, leurs descendants, assimilés aux indigènes, n'étaient plus que de véritables serfs attachés à la glèbe et qu'on cédait ou qu'on échangeait avec elle1. Les proprié-
taires, seigneurs, rois ou dieux, logeaient ce monde soit dans des dépôts attenant à leur résidence1, soit dans des villages qu'ils fondaient exprès et où tout leur appartenait, cabanes et peuple. La condition des cultivateurs libres devait rappeler par bien des côtés celle du fellah moderne. Certains ne possédaient d'autre bien qu'une cahute en boue juste assez large pour eux
faite pur les eiclaiet royaui. de concert avec les triunr iers du mort (Xashio, Eluda Égyptienne!, t. Il, p. tin). Un des petits prioces h»:i.i- par l'Ethiopien Pionkhi Minitioun tic proclame • un dp» etclaret royaux qui payent une redevance en nature au trésor royal ■ (E. ra Hoigê, la Stèle du rot éthiopien Piûnkhi-Meriamen. p 81, I. S) Ainlen parle à plusieurs reprises d'esclaves de ce genre, loutùiu (M.tspERO, Etude» Egyptienne*, t II. p 16H. I 13, p. 411, I. 4).
I. (l'est la condition des serfs, mirl'c". dans les telles de toutes les époques. Ils sont énumérés entre les champs et les bestiaux dépendant d'un temple ou duo seigneur. Bnmsès II concède au temple d'Abydos « un apanage en terres cultivées, en serfs ^urttiou), en bestiaux ■ (Mikieïtr, Abydoi, t. I. pi. VU, I. lt). Le scribe Anna voit daos son tombeau . les étnbles des taureaux, des bœufs, des veaux, des vaches nourrices, ainsi que les serfs de la mainmorte d'Aman • (But,sci, Recueil de Monument», I. I, pi. XXXVI, t, I. l-i). Ptolcinée I" rend au temple de Boulo . tes domaines, les bourgs, les serfs, les labours, les eaux, les bestiaux, les oïes, les troupeaux, foutes les choses ■ que Xerxès avait enlevées a Khnbbisha (M.siirrK, Monumeutë direri, pi. XIII, I. 13-11). L'expression avait passé dans la langue pour rendre l'état des peuples soumis : • Je Tais, disait Thoutmosis III, que l'Egypte soit une suicraine, Atrff, à qui toute la terre est serve, mirltou • (Baitscn, Dict. Hier., p, IÎ7Î-U73).
t. Datin de Boudirr, d'aprét une photographie de Béalo, priée en 1886.
3. Les ârrttau, si souvent nommés dans les textes, et les pi-habau servaient à'ergtutules cl renfermaient, entre autres personnes, les esclaves des' rois et des dieux (Brucsck, Dîct. Hier., p. 7*8-761»; cf. Maïpiho. Etudes Egyptienne; t. Il, p. Î3-3H, et les Hypogée* royaux de Thebei, p. !6).
et pour leur femme, et s'engageaient au jour ou à Tannée comme valets de ferme1. D'autres s'enhardissaient à louer les terres du seigneur ou d'un soldat voisin 4. Les plus heureux acquéraient des domaines dont ils étaient censés n'avoir que l'usufruit, la propriété absolue restant toujours entre les mains de Pharaon d'abord, puis des feudataires laïques ou religieux qui la tenaient de Pharaon : ils pouvaient d'ailleurs les léguer, les donner, les vendre, en acheter de nouveaux sans opposition3. Us payaient, outre la taxe personnelle, un impôt foncier proportionné à l'étendue de leur fonds et à la qualité des terres qui le composaient4. Ce n'est pas sans raison que l'antiquité entière attribua l'invention de la géométrie aux Égyptiens5. Les empiétements perpétuels du Nil et ses déplacements, la facilité avec laquelle il efface les marques des champs et modifie en une saison d'été la physionomie d'un canton les avaient obligés de bonne heure à mesurer d'une précision rigoureuse le sol qui les nourrissait8. Ils soumettaient le territoire de chaque ville et de chaque nome à des opérations répétées d'arpentage qui, recueillies et coordonnées par l'administration royale, permettaient à Pharaon de connaître exactement la superficie de ses Etats. L'unité dont ils se servaient était l'aroure, c'est-à-dire un carré de cent coudées de côté comprenant en chiffres ronds vingt-huit ares. Un personnel considérable de scribes et d'arpenteurs s'occupait sans cesse à vérifier ou à renouveler les mesures anciennes et à noter les changements sur les registres de l'Etat7. Chaque propriété était limitée par une ligne de stèles
1. Us sont mentionnés au Papyrus Sallier n° II, p. V, 1. 7-9; cf. Maspkro, le Genre Épistolaire, p. 'M.
2. Diodork, I, 74. Sur le bail des terres royales ou autres à l'époque ptolémaïquc, voir ce que dit Li'xbroso, Recherchée sur C Economie politique de V Egypte, p. 94-95.
3. Amten avait hérité un domaine de son père (Maspero, Etudes Égyptiennes, t. II, p. 238-239). 11 donna cinquante aroures à sa mère (id., p. 228-230) et d'autres terres à ses enfants (cf. p. 294 de cette Histoire). C'est de ces propriétaires qu'Amoni, prince de Mihit, parlait quand il disait que « les maître* de champs devenaient maîtres de toute espèce de biens », devenaient riches grâce à sa bonne administration (Maspero, la Grande Inscription de Beni-Hassan, dans le Recueil, t. I, p. 174).
4. La capitation, l'impôt foncier, l'impôt sur les maisons du temps des P toi é niées, existaient déjà sous les Pharaons indigènes. Brugsch (Die Mgyptoloyie, p. 297-299) a montré que ces taxes sont mentionnées dans une inscription du temps d'Amenôthès 111 (Mariette, Karnak, pi. XXXVII, 1. 3i).
5. Hérodote, II, cix ; d'après Platon (Phèdre, § MX, éd. Didot, t. I, p. 733), Thot aurait été l'inventeur de la géométrie; Jambliqi k (Vie de Pythagore, § 29) fait remonter la découverte au temps des dieux.
6. Skrvits, Ad Virgilii Eclog. III, 41 : « inventa enim ha?c ars est te m porc quo Nilus. plus spquo crescens, confudit terminos possessionum, ad quos imiovandos adhibiti sunt philosophi, qui lineis diviserunt agros : inde geometria dicitur ».
7. Une série d'inscriptions d'Edfou, publiée et interprétée par Lepsius (Ueber eine hieroglyphische Inschrift a m Tcmpel von Edfu, Apollinopolis Magna, in welcher der Besitz dièses Tempels an Lândercien unter der Regicrung Ptolem&us VI Alcxander I verzeichnet ist, dans les Mémoires de l'Académie des Sciences de Berlin, 18.'»;), p. 69 sqq.) et récemment par Brugsch (Thésaurus Inscriptionum &gypliacarum, III, p. ;>31-C07), nous montre ce que devaient être ces registres du cadastre. On trou\era quelques renseignements sur l'organisation du service et sur le personnel dans le Thésaurus de Brugsch p. 592 sqq.. On voit par les termes mêmes de la grande inscription de Bcni-Hassan (I. 13-58, 131-148) que le cadastre existait dès la plus haute antiquité : on s'y réfère à des opérations antérieures. On trouve une scène d'arpentage au tombeau de Zosirkcrlsonbou à Thèbes, sous la XVIIIe dynastie. Deux personnages mesurent un champ de blé au mo\cn d'une corde; un troisième enregistre le résultat du travail (Scheil, le Tombeau de Baserkasenb, dans les Mémoires de la Mission Française, t. V).