‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 158 sur 374 · GAIETÉ ET IMPRÉVOYANCE OU BAS PEUPLE · texte numérisé non relu

GAIETÉ ET IMPRÉVOYANCE OU BAS PEUPLE

égyptiens étaient peut-être le seul peuple au monde qui n'amassât pas de provisions, mais où chacun allât au marché chaque matin acheter la pitance de la famille1. La même imprévoyance qu'il déplore chez ceux de son temps, ils l'avaient héritée de leurs ancêtres les plus lointains. Ouvriers, fellahs, employés, petits bourgeois, on vivait sans cesse de la main à la bouche dans l'Egypte des Pharaons. Les jours de prêt étaient un peu partout jours de fête et de grosse mangeaille : on n'y ménageait ni le grain du lise, ni l'huile, ni la bière, et les repas copieux continuaient sans économie aussi longtemps qu'il restait quelque chose du traitement touché Comme il

s'épuisait presque de règle avant le retour de la date fixée pour une distribution nouvelle, la pénurie succédait à l'ampleur exagérée des subsistances, et une partie de ta population criait littéralement la faim pendant plusieurs jours. L'alternance à peu près constante de l'abondance et delà disette exerçait son contre-coup sur la marche du travail : il n'y avait guère d'ateliers ou d'exploitation seigneuriale où l'on ne chômât tous les mois pour cause d'inanition, et il fallait venir en aide aux affamés si l'on voulait éviter des séditions populaires*. Peut-être l'imprévoyance était-elle, comme la gaieté, un des traits innés du caractère national : elle fut certainement entretenue et développée par le régime que l'Egypte s'imposa dès avant l'histoire. Quelle raison l'homme du commun avait-il de calculer ses ressources et de ménager l'avenir quand il savait que ses femmes, ses enfants, ses bestiaux, ses biens, tout ce qui lui appartenait et lui-même pouvait être enlevé d'un moment à l'autre, sans qu'il eût le droit ou la force de s'y opposer? Il naissait, vivait, mourait dans la main d'un maître. Les terres ou les maisons que son père lui avait léguées, le maître

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