CONSTRUCTION DE LA GRANDE PYRAMIDE
pied au sommet1. Le travail de revêtement avait commencé par le haut : la pointe fut établie en position la première, puis les assises se recouvrirent de proche en proche jusqu'à ce qu'on eût gagné le bas'.
A l'intérieur tout avait été calculé de manière à cacher le gite exact du sar-
cophage, et à décourager les fouilleurs que le hasard ou leur persévérance auraient mis sur la bonne voie. Le premier point était pour eux de découvrir l'entrée sous l'épaisseur du calcaire. Elle se cachait à peu près au milieu de la face Nord, mais au niveau de la dix-huitième assise, à quarante-cinq pieds environ au-dessus du sol. Une dalle mobile, roulant sur un pivot de pierre, la
I. Les blocs encore subsistants sont en calcaire blanc (Vrst, Opération*, t. 1, |i. Ïlil-i6ï; Pktbie, The Pyramidi, p. ÏN-30). Letronne, après avoir admit dans sa jeunesse (Recherehrt tur Dirait, p. 107), sur l'autorité d'un fragment attribué à l'hilon de Dyzance, que le revêtement étail formé de zone» polychromes en granit, en brèche verte et en diverses espèces, du pierre, renonça à celte opinion sur le témoignage de Vvsc (Su*' le rcrêtement des Pyramide» de Gi-th, dans les Œuvre» ehaitiet, I" série, t. 1, p. 136-139). Pcrrot et Chipiez [Hitloirt de l'Art, t. I, p. Ï30-Ï3i) l'ont reprise avec hésitation.
t. llemwoTi, 11, chv. Le mot pointe ne doit pas èlrc pris au pied de la lettre. La grande pyramide te terminait comme sa voisine (Vvst. Opération*, t. 11. p. 117) par une plate-forme d'environ neuf pieds anglais, moins do Irai* mètres île rrtlé (six coudées, d'après IHoikihk ii> Sicii.k, I, 113), qui s'est élargie progressivement, surtout depuis la destruction du revêtement. Le sommet, vu d'en lias, devait donner la sensation d'une pointe aiguë. • Eu égard à In grandeur du monument, une plate-forme de trois mètres élait une extrémité plus pointue même que celle qui termine les obélisques . (I.ktiiimm., Sur te revêtement det l'yramidri, dans les Œurres choUtrt, I" série, t. I, p. iïï.)
3. Datai de Houdier, d'après une. photographie d'Emile Uriigtcli-Itcy. Le temple du Sphinx est au premier plan, enveloppé de subie jusqu'à la Crète des murs. La seconde des petites pyramides au pied de la grande est celle dont on attribue la construction à llomlsouou, la tille de Miéops, el sur laquelle les drogmaiis de l'époque salle racontaient à Hérodote de si étranges histoires (II, Ctiiï-CUnJ.
36» L'EMPIRE MEMPH1TE.
dissimulait si bien aux yeux, qu'à part les prêtres et les gardiens, personne lavait comment la deviner parmi ses voisines. Quand on 'avait basculée, un canal apparaissait béant1. Il est haut de ^ 1 m. 06, large de 1 m. 22, et fuit en plan incliné l'espace de 97 mètres, partie dans la maçonnerie, partie dans la roche vive ; il traverse une chambre inachevée et se termine en cul-de-sac 18 mètres plus loin. Les blocs s'ajustent avec tant de \ l'isthée ut là tw» prn.tNii»:'. précision et présentent une surface si bien polie qu'on en distingue malaisément les joints. Le corridor qui mène à la chambre funéraire se raccorde au plafond du couloir '''«"""'i«"* sous un angle de 120 degrés, à de la porte. Il remonte pendant 3s, puis il débouche sur un large r et s'y divise en deux branches, 'une s'enfonce droit vers le centre et se perd dans une chambre en granit recou- " verte d'une voûte en dos appelle sans raison Chambre .'autre continue à s'élever, mais vT de là cKABiiK KMiiRE*. eue enange oe forme et d'aspect. C'est maintenant une galerie longue de 45 mètres, haute de 3 m. 50, bâtie en belle pierre du Mokattam. Les assises infé-
I. Strabon dit formellement que, du son temps, les partie; souterraine» île ta Grande Pyramide riaient accessible» : ■ Elle n sur se* oMés, et à une élévation médiocre, une pierre qui peut s'ntcr, Hbert èÇaiptaïuoï. Lorsqu'on l'a soulevée, on voit un conduit torlueuiqui mène au tombeau • (1. XVII, p. R08). On ne s'est pas rendu compte de ce que Strabon voulait dire (Jokabd, Description générale de Ucmphis et des Pyramides, dans la Description de. l'Egypte, t. IX, p. J-U). jusqu'au jour où M l'etrie a montré que l'on voyait encore, il l'entrée de lune des pyramides de Dahshour. des dispositions qui prouvaient l'eïistcnce d'une dalie mobile, montée sur pivot pour servir de porte [The Pyramids and Temples nf Gisrk, p. Ub-UG) : c'est une fermeture de même genre que Strabon a décrite, soit après l'avoir vue lui-même, soit d'après le témoignage de ses guide», et que M. Pétrie a rétablie avec beaucoup de vraisemblance à l'entrée de la Grande Pyramide (Op. (., ]>. lii"-IU" et pi. XI).
t. Dessin de Fnuclier-Giulin, d'après PtiBif, The Pyramids und Temple* of Giïch, pi. XI.
3. Dessin de Faucher-Gudin, d'après Pétrie, The Pyramide and Temples nf Ci Je A, pi. IX. .V est le couloir descendant, D ta chambre inachevée et C le couloir horizontal percé dans le roc. D est le boyau irrégulicr iini fuit communiquer la chambre B avec le palier de séparation et avec le couloir rT. qui conduit i. la cliambre de la Heine. E est le couloir ascendant, H la galerie haute, 1 etJ la chambre des herses, K le caveau funéraire, L marque les pièces de décharge; enfin a. a sont les évents qui servaient à l'aération des chambres pendant la construction, et par lesquels on fit couler des libations il certains jours de fêle en l'honneur de Khéops. Le dessinateur a essayé de rendre par l'irrégularité des lignes l'épaisseur inégale dos assises dont la maçonnerie se compose ; le purement qui manque aujourd'hui a élé rétabli, et la ligne brisée qu'on remarque derrière lui indique l'extrémité visible des assîtes qui forment actuellement la face septentrionale de la pyramide.
tLES DISPOSITIONS INTÉRIEURES DE LA GRANDE PYRAMIDE. 3
Heures s'appuient d'aplomb l'une sur l'autre, les suivantes ressautent ■ encorbellement, et les deux dernières De s'écartent plus au plafond qu'à l'intervalle de 0 m. t>0. Le petit passage horizontal, qui sépare le palier supérieur et la chambre même du sarcophage, offre des dispositions mal expliquées,. 11 est coupé presque à moitié par une sorte de vestibule surbaissé, dont les parois se rayent à intervalles égaux de quatre coulisses longitudinales. La première maintient encore une belle dalle en granit qui semble suspendue à 1 m. 11 au-dessus du sol, et les trois autres furent destinées probablement à recevoir des plaques semblables : c'était en tout quatre herses interposées entre le monde extérieur et le caveau '. Celui-ci est une sorte de boite rectangulaire, toute en granit, à toit plat, haute de 5 m 81, longue de 0 m. 43, large de 5 m. 20; on n'y voit ni figures, ni hiéroglyphes, rien qu'un sarcophage en granit, mutilé et sans couvercle.
Telles étaient les précautions prises contre les hommes : l'événement en démontra l'efficacité, caria pyramide garda son dépôt intact plus de quatre
I. Cela me paraît résulter des dispositions analogues que j'ai rencontrées dans les pyramides de Saqqarah. M. Pétrie se refuse à reconnaître en cet endroit la chambre des herses (cf. les annulations qu'il a jointe» à la traduction anglaise de mon Archéologie égyptienne, \i. 3i7. note t~), mais il
dalle demeure une énigme pour lui. l'eul-étrc se
borna-t-on à mettre en place une seule des l» ulirie aurmïTi de la crash; tiUilH1.
-, du dénia publié dam la Description de t'F.gypIe, Anl., t. V, pi. XIII,
370 L'EMPIRE MEMPHIÏE.
mille ans1. Mais le poids même des matériaux était un danger des plus sérieux pour elle. On empêcha le caveau de plier sous le faix des 100 mètres de calcaire qui le surmontaient, en ménageant au-dessus de lui cinq pièces de décharge basses et superposées exactement. La dernière s'abrite sous un toit pointu, qui consiste en énormes blocs accotés l'un à l'autre par le sommet : cet artifice rejeta la pression centrale presque entière sur les faces latérales. Bien qu'un tremblement de terre ait disloqué partiellement la masse, aucune des pierres qui habillent la chambre du roi ne s'est écrasée, aucune n'a cédé d'une ligne, depuis le jour où les ouvriers l'ont scellée en sa place.
La Grande Pyramide s'appelait Khouît, l'horizon où Khoufoui devait aller s'engloutir, comme le Soleil son père fait chaque soir à l'horizon d'Occident*. Elle ne renferme que les appartements du mort, sans un mot d'inscription, et l'on ne saurait pas à qui elle appartint, si, pendant la bâtisse, les maçons n'avaient barbouillé ça et là, à la peinture rouge, le nom du souverain et les dates de son règne au milieu de leurs marques personnelles5. On célébrait le culte dans un temple jadis construit un peu en avant de la façade Est, mais dont il ne subsiste plus qu'un amas de décombres4. Pharaon n'avait pas besoin d'attendre qu'il fût momie pour devenir dieu : on inaugurait sa religion dès son avènement, et beaucoup des personnages qui composaient sa cour s'attachaient à son double longtemps avant que son double se désincarnât5. Us le servirent fidèlement pendant leur vie, puis vinrent reposer à son ombre dans les petites pyramides et dans les mastabas qui se pressaient autour de lui6. De Dadoufri, son premier successeur, nous croyons pouvoir dire qu'il régna huit ans7;
I. M. Pétrie (The Pyramids and Temples of (lizeh, p. 158, 217) pense que les pyramides de Gizéh furent violées et les momies qu'elles renfermaient détruites pendant les longues guerres civiles qui séparent la VI" de la XIIe dynastie. Si le fait était vrai, il faudrait admettre que les rois d'une de* dynasties suivantes firent remettre les choses en élat, car les ouvriers du calife Al-Mainoun tirèrent de la chambre sépulcrale de l'Horizon « une pierre creusée, dans laquelle était une statue en pierre • de forme humaine, renfermant un homme qui avait sur la poitrine un pectoral d'or enrichi de pif r- « reries, et une épée d'un prix inestimable, et sur la tète une escarboucle de la grosseur d'un œuf, « brillant comme le soleil, avec des caractères que nul homme ne peut lire ». Tous les auteurs arabes, dont Jomard a réuni des passages, racontent en gros la même chose (Description générale de Memphes et des Pyramides, dans la Description de l'Egypte, t. IX, p. 454 sqq.) : on reconnaît aisément dans cette description la cuve encore en place, une gaine en pierre, de forme humaine, et la momie de Khéops chargée de bijoux et d'armes, comme le corps de la reine Ahhotpou în.
i. E. de Hoit.ê, Recherches sur les monuments qu'on peut attribuer aux six premières dynasties, p. ii
3. Les ouvriers traçaient souvent sur les pierres les cartouches du Pharaon sous le règne duquel on les avait extraites de la carrière, avec la date exacte de l'extraction : les blocs écrits de la p\ramide de Khéops portent entre autres une date de l'an XVI (Lepsics, Denkm., Il, 1 g).
i. M. Pétrie pense que le dallage en blocs de basalte qu'on voit au pied de la façade orientale de la pyramide appartenait au temple funéraire (The Pyramid s and Temples of Gizeh, p. 134-135).
;i. Ainsi Khomtini (Lkpsiis, Denkm., II, 2t>), le prince Mirabou (id., tic), khoufoui-ka-iriou (Upshs Denkm., II, 17 e/; cf. K. de Hoigk, Hecherches sur les monuments qu'on peut rapporter aux six premières dynasties, p. 50), qui était surintendant de tout le district sur lequel s'élevait la pyramide.
6. K . de Holgé, Recherches sur les monuments qu'on peut attribuer aux six premières dynasties, p. 41
7. D'après l'arrangement proposé par E. de Ilougé (Recherches sur les monuments p. 156, note t)