‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 171 sur 374 · LÀ PYRAMIDE DE MYKÉRLNOS · texte numérisé non relu

LÀ PYRAMIDE DE MYKÉRLNOS

longue chaussée presque droite, qui cheminait en contre-haut du sol environnant pendant la meilleure partie de son parcours1. Il était en assez bon état durant les premières années du xvinc siècle*, et ce qui a survécu aux dévastations des Mamelouks témoigne du scrupule minutieux et de l'art raffiné qui avaient présidé à la construction. On rencontrait d'abord, en venant de la plaine, une halte immense de 31 mètres sur 14, puis on entrait dans une large cour qui avait deux issues sur les côtés : on ne distingue plus au delà que les arrasements de cinq salles dont la centrale, placée sur le prolongement du vestibule, s'arrête à 13 mètres environ de la pyramide et répond juste au milieu de la face orientale. Le corps même de l'édifice constitue un rectangle de 56 mètres de longueur sur 54 de largeur environ. Les murs com-

portaient tous, comme au temple du Sphinx, un noyau de calcaire de 2 m. 40 d'épaisseur, dont les blocs s'ajustaient avec tant d'artifice qu'on est tenté de croire le tout entaillé d'une seule pièce dans le roc. Us se cachaient sous un placage de granit et d'albâtre, dont les débris ne conservent la trace ni d'un tableau ni d'une légende hiéroglyphique3 : le fondateur avait inscrit son nom sur les statues qui recevaient pour lui l'offrande, et aussi sur le pan nord de la pyramide, où on le montrait encore aux curieux vers le premier siècle avant notre ère4. L'aménagement intérieur est assez compliqué et témoigne des changements survenus au cours des travaux5. Le noyau primitif ne comptait probablement que 55 mètres de largeur à la base et 47 mètres de hauteur verticale. Il comprenait un passage en pente, percé dans la montagne même, et une cellule oblongue, basse, sans ornement6. On avait déjà terminé le gros œuvre, mais le revêtement manquait encore, lorsqu'on se décida à

i. Jovard, Description générale de Memphis et de» l*yramides, dans la Description de V Egypte, t. V, p. 653-655. Cette chaussée ne doit pas être mise en rapport, comme on le fait trop souvent, avec la chaussée qu'on aperçoit à quelque distance à l'est dans la plaine : cette dernière allait à des carrières de calcaire situées dans la montagne, au sud du plateau qui porte les pyramides, et qui furent exploitées dès une haute antiquité (Pétrie, The Pyramids and Temples of Gizeh, p. H 5-1 16).

2. Benoit de Maillet avait visité ce temple entre 1692 et 1708. • Il est à peu près de figure quarrée. « On trouve dans son intérieur quatre piliers, qui sans doute soutenoient une voûte, dont l'autel de

• l'idole étoit couvert, et on tournoit autour de ces piliers comme par une espèce de collatéral. Ces « pierres étoient revêtues de marbre granité. J'en ai trouvé encore quelques morceaux entiers, qui y

* étoient collés par des mastics. Je ne doute point que l'extérieur du temple ne fût également revêtu « de ce marbre, comme le dedans » (Le Mascrier, Description de t Egypte, 1735, p. 223-22.4.) Fourmont n'a pas hésité à copier ce passage presque mot pour mot, dans sa Description historique et géographique des plaines d 'Héliopolis et de Memphis, 1755, p. 259-261.

3. Jomard, Description générale de Memphis et des Pyramides, dans la Description de V Egypte, t. V, p. 652-653; Pétrie, The Pyramids and Temples of Gizeh, p. 115.

A. Diodore de Sicile, 1, 63. Le nom, ou l'inscription qui contenait le nom, devait être tracé, non pas au-dessus de l'entrée même, qui n'a jamais été décorée, mais sur l'une des assises aujourd'hui disparues du revêtement en calcaire (Pétrie, The Pyramids and Temples of Gizeh, p. 117).

5. La troisième pyramide a été ouverte par le colonel Howard Vyse en 1837 et décrite longuement par lui (Opérations carried on al the Pyramids in 1887, t. II, p. 69-95).

6. Vyse, Opérations, t. II, p. 119-124; Bunsen, JEgyplens Stelle in der Wellgcschichte, t. II. p. 171-172.

376 L'EMPIRE HEHPHITE.

modifier les proportions de l'ensemble. Mykérinos n'était pas, ce semble, le fils aîné et l'héritier désigné de Khéphrèn' : il se préparait une pyramide de prince, semblable à celles qui accompagnent l'Horizon, quand la mort de son frère et de son père l'appela au trône. Ce qui suffisait à l'infant ne convenait plus au Pharaon : on agrandit la masse à ses dimensions actuelles, et l'on y pratiqua un second couloir incliné, au bas duquel un vestibule pannelé de granit livre accès à une sorte d'antichambre'. Celle-ci communique par un corridor horizontal avec le premier caveau, qu'on approfondit pour la circonstance : on remblaya tant bien que mal l'ancienne entrée désormais inutile9. Mykérinos ne reposait pas à cet étage supérieur des souterrains : un chenal étroit dissimulé sous le dallage de la seconde pièce descendait dans un réduit mystérieux , doublé de granit et recouvert d'un toit arrondi en voûte*. Le sarcophage était un seul bloc de basalte bleu noir, poli et sculpté en forme de maison, avec une façade percée de trois portes et de trois fenêtres à claire-voie, encadrée d'un tore, surmontée de la corniche saillante à laquelle les temples nous ont accoutumés1. Le cercueil en bois de cèdre avait la tète humaine et le corps en gaine : il n'était le ciBciiiL^ n[ peint, ni doré, mais une inscription en deux colonnes,

incisée sur le devant, contient le nom du Pharaon et une prière à son intention : « Osîris, roi des deux Ëgyptes, Menkaouri, vivant

i. Cela parait résulter de l'ordre dans lequel les princes royaux prennent la parole au Papyrut Wr.ttcar : Mykérinos est introduit après un certain Bioufrt, qui semble cire son frère aine (Emus. Dit Marche» de» l'apt/rui Wetlear, p. 0, 18; Maskm>, Ici Conta populaire: f éd., p. 61).

1. Vyse (Opération!, 1. Il, p. SI. note H) y découvrit les fragments d'un sarcophage en granit, peutêtre celui de la reine : les légendes qu'Hérodote {11, ciuiv-cxtiv), et plusieurs auteurs grecs après lui, racontent à cet égard montrent bien qu'une tradition ancienne admettsit l'existence d'une momie de femme dans la troisième pyramide, à coté de la momie du fondateur Mykérinos.

3. Vyse a remarqué, à des détails de construction (Opération», t. Il, p. "9-80). que le couloir aujourd'hui remblaye est le seul qu'on ait pratiqué du dehors au dedans : tous les autres ont été pratiqués du dedans au dehors, par conséquent à une époque où ce couloir, étant la seule voie qu'oc possédai pour pénétrer à l'intérieur du monument, n'avait pas encore reçu ses dimensions actuelles.

1. On y découvrit encore en place deux des crampons de métal qui attachaient les dalles de granit l'une à l'autre (Vise, Opération! carried on at the Pyramide in IBS7. t. Il, p. Si).

5, Il a sombré sur la cote d'Espagne, avec le vaisseau qui l'amenait en Angleterre (Vtm, Opération', t. Il, p. 8t, note S), Il n'en reste plus que le dessin exécuté au moment de la découverte et publié pnr Vyse (tlprratioiu, t. Il, planches qui font face aux pages 83-81). M. Bore hardi a lente de démontrer qu'il avait été retravaillé sous In XXVI' dynastie saïte (Zur Baugeichkhtr lier drittrn Pyramide bri liitrk, dans la Zrîtfchrifl, I. XXX. p. lOfl), ninsi que le cercueil en bois du souverain.

G. Driiin de r'anchcr-Gudui. Le cercueil est au Brîtish Muséum (Biaca, A Guidr tu the First and Srcond Hgyptian lioomi, 1871, p. :i;i, il" 6iU7). Il a été publié par Vyse {Opération», t. II. planche qui lui fait face à la page !M), par birch-Lenormanl (ÉctaircitMcmenti »ur le cercueil du roi Hemphiii

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