VIOLATION DES GRANDES PYRAMIDES
éternellement, enfanté par le ciel, conçu par Nouit, chair de Sibou, la mère Nouit s'est étendue sur toi en son nom de Mystère dit Ciel et elle a accordé que tu sois un dieu et que tu repousses tes ennemis, ô roi des deux Egyptes Menkaourî, vivant éternellement. » Les Arabes éventrèrent la momie, pour voir si elle ne renfermait pas quelque bijou précieux, et n'y découvrirent que des feuilles d'or, probablement un masque ou un pectoral chargé d'hiéroglyphes'. Lorsque Vyse rouvrit le caveau en 1837, les ossements
gisaient dispersés au hasard dans la poussière, pêle-mêle avec des amas de chiffons salis et de bandelettes en laine jaunâtre1.
Le culte des trois grands rois constructeurs de pyramides durait encore à Memphis au temps des Grecs et des Romains1. On conservait même, dans les dépendances du temple de Phtah, leurs statues en granit, en calcaire, en albâtre, où les visiteurs pouvaient les contempler comme vivants1. Celles de Khéphrèn nous le montrent à différents âges, jeune ou mûr, ou déjà touché
Myctrinui, 1839) et parLep*iu* {Autwahl der icichligeten L'rkunden, pi. VU). Jl, Sethe ■ repris réce mment une ancienne hypothèse, d'après laquelle on l'aurait refait à l'époque saïte, et il a joint aux considération a archéologiques seules invoquées jusqu'alors des faits philologiques nouveaux (K. Siihe, Dut Aller det Loiidoner SargdeeheU det KSnigi Mcnchcrei, dans la Zeitschrift, t. XXX, p. 9J-98).
]. Edmh, dans Vus, Opération» rarried on al the Pyramide in 183T, t. Il, p. 71, note 7.
î. Deititi de Fauchcr-Gudin, d'eprèi la chromolithographie de Prisse d'Aiessfj", Hftoire de l'Art Égyptien. Cf. Hiihabd-Vife, Opération! carried on at the Pijramidi in 1SS7, t. II. planche qui fait face à la page 84; Pebrot-Cbipiez. HUloire de l'Art dan) l'Antiquité, t. I, p. 509.
3. Vr*e, Opération! carried ou at the Pgramitl* in I8S7, t. II, p. "3-T4.
i. Le dernier monument égyptien qui en constate l'existence est une stèle du Sérapéum (n° Ï8S7) au nom de P ih il ik- mon k h ou, prophète de hhéops, de Dadoufri et de Khéphrèn : elle a été signalée en premier lieu par E. de Rougé ((trrherrhet tur tei monument» qu'on peut attribuer aux eix première dynattiei de Manélhon, p. 53; cf. PmnïT, Catalogue de la Salle historique, p. 73, n* 314).
S. M. firébaut a enrichi le Musée de Gizéh, en 1888, des statues de Khéphrèn, de Nykérinos. de
par la vieillesse1. Elles sont taillées pour la plupart dans une brèche de diorite verte, traversée irrégulièrement de longues veines jaunâtres, et d'une telle dureté qu'on se demande quel outil a bien pu l'entamer. Pharaon est assis carrément sur son trône roval, les mains aux cuisses, le buste ferme et droit, le chef haut, le regard assuré : un épervier, perché au dossier du siège, enveloppe la tête de ses ailes, image du dieu Horus qui protège son fils. Le modelé du torse et des jambes, la fierté de la pose, la vigueur de l'expression, font de la plus grande de ces statues une œuvre unique, comparable à ce que l'antiquité entière a produit de plus beau. Les cartouches qui nous apprennent le nom auraient été martelés et les insignes du rang détruits, que nous devinerions encore le Pharaon à sa mine : tout en lui trahit l'homme habitué dès le berceau à se sentir investi d'une autorité sans limite. Mykérinos se révèle à nous moins impassible et moins hautain2 : il semble ne pas s'éloigner de l'humanité autant que son prédécesseur, et l'aspect avenant de sa physionomie s'accorde assez curieusement avec ce que la légende raconte de sa bonhomie et de sa piété. Les Égyptiens des dynasties thébaines, comparant les deux grandes pyramides à la troisième, imaginèrent que la disproportion qu'ils remarquaient entre leur taille répondait à un contraste de caractère entre les souverains qui les habitaient. Accoutumés qu'ils étaient d'enfance aux constructions gigantesques, ils n'éprouvaient pas devant V Horizon et devant la Grande l'impression d'écrasement et d'effroi que les modernes ressentent. Ils n'en étaient que plus aptes à comprendre quelle somme de labeur et d'efforts il fallut dépenser pour les finir de la base au sommet. Elle leur parut dépasser l'extrême des corvées qu'un maitre juste avait le droit d'imposer à ses sujets, et la réputation de Khéops ou de Rhéphrèn en souffrit grandement. On les accusa de sacrilège, de cruauté, de débauches; on prétendit qu'ils avaient suspendu la vie entière de leurs peuples pendant un siècle et plus afin de s'ériger leurs tombeaux. « Khéops commença par fermer
Menkaouhorou, d'Ousirnirf, plus une statue sans nom que je crois être celle de Khéops (cf. p. 364 de cette Histoire), découvertes par les fellahs dans le temple de Phtah (Maspeko, Revue critique, 18ÏM). t. Il, p . -i 1 •>- 4 J 7 ) . Quelques ég>ptologucs, trompés J>ar l'épithète aimé d'FIâpi qui est accolée sur l'une d'elles au nom du Pharaon Mykérinos, ont cru qu'elles provenaient d'une des nécropoles de Saqqarah, peut-être du Se râpé uni encore inconnu des dynasties memphites. Ces monuments ont été reproduits en photolithographie dans (iKkr.ut, le Musée égyptien , I, pi. VIII-XIV.
1. Klles ont été découvertes en 1800 par Mariette, dans le temple du Sphinx, au fond d'un puits où elles avaient été précipitées à une époque inconnue (Marikttk, Lettre à M. le vicomtfde Rougê. p. 7-8); plusieurs d'entre elles s'étaient hrisées dans la chute. Klles sont conservées aujourd'hui au Musée de CSizéh : la première reproduction exacte qui en ait été publiée se trouve dans Roit.é-Ba* ville. Album photographique de la Mission de M. de Rougé, n- 91-UÎ, et dans E. dk Hoigk. Recherches sur les monuments qu'on peut attribuer aux six premières dynasties de Manélhon, pi. IV-V.
t. Grébai't, le Musée égyptien, I, pi. IX; voir la statue reproduite à la p. 374 de cette Histoire.