LES BAS-RELIEFS. M
l'hippopotame et des crocodiles. Dans ceux du dessus, une bande d'esclaves chasse les oiseaux au milieu des fourrés qui avoisinent le fleuve : on fabrique des canots, on tresse la corde, on pare et on sale de Sous la corniche, enfin, des chasseurs et des chiens gazelle à travers les plaines ondulées du désert. Chat; répond à l'un des éléments du paysage : seulement l* au lieu d'assembler les plans en perspective, les a sép détaillés au-dessus l'un de l'autre1. Les groupes se tent de tombeau en tombeau, toujours les mêmes tantôt réduits à deux ou à trois personnages, tantôt agi étalés, encombrés de figures et de légendes. Chaq chef décorateur possédait ses cahiers de motifs et di textes, qu'il combinait de façon différente, resserrait, dédoublait, espaçait largement, selon le crédit qu'on lui ouvrait pour son travail ou suivant la surface à couvrir. Les mêmes hommes, les mêmes animaux, les mêmes accidents de terrain, les mêmes accessoires reparaissent partout : c'est de l'art industriel et mécanique au premier chef. Pourtant l'ensemble est harmonieux, agréable à l'œil, instructif. Le dessin y a. comme la g»», le ontscutia dus euiu1. composition, ses conventions fort distinctes des
nôtres. Homme ou bête, le sujet présente invariablement une silhouette découpée sèchement au pinceau ou à la pointe sur le fond environnant ; mais les animaux sont pris au vif, avec l'allure, le geste, la flexion des membres particulière à l'espèce. La marche lente et mesurée du bœuf, le pas court, l'oreille méditative, la bouche ironique de l'âne, la force calme du lion au repos, la grimace des singes, la grâce un peu frêle de la gazelle et de l'antilope sont saisies avec un bonheur constant de ligne et d'expression. L'homme est moins parfait : qui ne connaît ces étranges personnages où la tète, munie d'un œil de face, s'emmanche de profil sur un buste de face, qui surmonte un tronc de trois quarts étajé sur des jambes de profil? Ce sont de véritables monstres
I. Mtspeno, les Peinture» des Tombeaux égyptien! et la Mosaigue de Falestriue (extrait des Mélange» publiés par la Section historique et philologique de HEcale des Hautes Eludes pour le dixième annirersaire de ta fondation, p. ij-4". el de la Gaiette Archéologique, I8ÏB, p. 1-3), l'Archéologie Égyptienne, p. lSi-I8ô.
*. Destin de Boudier, d'après une photographie d'Emile Brugsch-Uey . I.e monument original e»f conservé actuellement au Musée de Giiéh. — V dvnutie.
pour le chirurgien, et pourtant ils ne paraissent ni monstrueux, ni rîsibles. Les membres défectueux s'allient aux corrects avec tant d'adresse qu'on les dirait soudés comme naturellement ; les lignes exactes et les fictives se suivent et s'agencent sî ingénieusement qu'elles semblent se déduire nécessairement les unes des autres. Les acteurs de ces scènes sont bâtis de façon si paradoxale qu'ils ne pourraient pas vivre dans notre monde; ils n'en vivent pas moins en dépit des lois ordinaires de la physiologie, et qui veut se donner la peine de les regarder sans préjugé, leur étrangeté leurajoute un charme que n'ont pas des œuvres plus conformes à la nature'. Une couche de couleur répandue sur le tout les rehausse et les complète. Elle n'est jamais ni entièrement vraie, ni entièrement fausse. Elle se rapproche de la réalité autant que possible, mais sans prétendre à la copier servilement; l'eau est toujours d'un bleu uni ou rayé de zigzags noirs, tous les hommes ont le nu brun, toutes les femmes l'ont jaune clair. On enseignait dans les ateliers la nuance qui convenait à chaque être et à chaque objet, et la recette, une fois composée, se perpétuait sans changement. L'effet produit par ce coloris factice n'est pourtant ni discordant, ni criard. Les tons les plus vifs s'y juxtaposent avec une hardiesse extrême, mais avec la pleine connaissance des relations qui s'établissent entre eux et des phénomènes qui résultent de ces relations. Ils ne se heurtent, ne s'exagèrent, ni ne s'éteignent ; ils se font valoir mutuellement et donnent naissance par le rapprochement à des demi-tons qui les accordent1. Les chapelles funéraires, quand leur décoration a été terminée et nous est parvenue intacte, semblent des chambres tendues de belles tapisseries lumineuses et divertissantes, où le repos devait être doux, pendant la chaleur du jour, à l'âme qui les habitait et aux amis qui venaient s'entretenir avec leurs morts.
L'ornementation des palais et des maisons n'était pas moins riche que celle des hypogées, mais elle a été si complètement détruite que nous aurions peine à imaginer le mobilier des vivants si nous ne le voyions figuré fréquemment chez les doubles. Les grands fauteuils, les pliants, les tabourets, les lils
I. PïiwoT-Caipju, llitloire de ÏArl data V Antiquité, I. I, p. "41 sqq.: Miwtno, r Archéologie Égyptienne, p. 1(18-173; F.mm . .Eggpten und dut .€gy)>!iic/ie Lttien im Altertum, p. 530 sqq.
t. Destin de Boudier, d'aprèi une photographie de Souriant. L'original cul chez un particulier. 3. Puuyi-CaiTw, MtloirtdttArl, t. I, p. 7S1-7IH; msrino, f Archéologie Egyptienne, p. 197-199.