LA GUERRE CONTRE LE PAYS DE TIBA
y égorgea leurs milices par myriades nombreuses. Cette armée vint en paix, elle ramena leur population en grand nombre, comme captifs vivants, de quoi Sa Majesté me loua plus que de toute autre chose. » Ces malheureux, en effet, partaient, aussitôt pris, pour les carrières ou pour les chantiers de construction, dispensant le roi d'obliger ses sujets égyptiens à des corvées trop fréquentes*. « Sa Majesté me manda cinq fois pour guider cette armée, afin de pénétrer dans le pays des Maîtres des Sables, chaque fois qu'ils se révoltaient contre cette armée, et je me conduisis si bien que Sa Majesté me loua par-dessus tout1. » Les Bédouins se soumirent enfin, mais les tribus qui les avoisinaient vers le nord, et qui sans doute leur avaient prêté secours, menaçaient de disputer à l'Egypte la possession des territoires qu'elle venait de conquérir. Comme elles touchaient à la Méditerranée, Ouni s'avisa de les attaquer par la voie de mer et rassembla une flotte sur laquelle il embarqua son monde3. Les troupes abordèrent à la côte du canton de Tiba4, au nord du pays des Maîtres des Sables, puis « elles se mirent en chemin. J'allai, je frappai tous les barbares et je tuai tous ceux d'entre eux qui résistaient. » Au retour, Ouni obtint la faveur la plus éclatante qui pût être concédée à un sujet, le privilège de porter une canne et de garder ses sandales dans le palais, en présence de Pharaon8.
Ces guerres avaient rempli la fin du règne ; la dernière dut précéder de fort peu la mort du souverain6. L'administration intérieure de Papi Ier paraît ne pas avoir procuré des résultats moins heureux que son activité au dehors. 11 exploita les mines du Sinai avec suite, les soumit à des inspections régulières, et en tira une abondance de minerais inusitée : la mission qu'il
i . E. de Rolgé, Recherche* sur les monuments qu'on peut attribuer aux six premières dynasties , p. 1 28.
2. Inscription a" Ouni, 1. 23-28. L'expression vint en paix, que notre texte répète avec insistance, doit être comprise de la même manière que son correspondant arabe bïs-salamah, et signifie que l'expédition réussit, non pas qu'elle ne rencontra aucune résistance de la part des ennemis.
3. Voir une description des navires égyptiens, p. 392 de cette Histoire, et la figure qui est donnée de l'un d'eux à la p. 393 : comme il est dit en cet endroit, les vaisseaux de haute mer ne devaient pas différer sensiblement des grandes barques en usage sur le Nil vers la même époque.
A. Le nom avait été lu d'abord Takhiba (K. de Roigk, Recherches sur les Monuments, p. 125). La lecture Tiba (Maspkro, Notes sur quelques points de Grammaire et a" Histoire, dans la Zeilschrift, 1883, p. 64) a été contestée (Piebl, Varia, dans la Zeilschrift, 1888, p. 111), sans raison, je crois (Maspero, Inscription of Uni, dans les Records of the Pasl, 2"- Séries, t. II, p. 8, note 2). Krall (Studien zur Geschichte des Allen Mgyptens, III, p. 22) l'identifie avec le nom de Tcboui, qui se rencontra dans un texte d'Edfou (OTmichen, Tempel-lnschriften, t. I, pi. LXX1II, 2, et Oie Oasen der libyschen Wiiste, pi. XVI e), mais que Brugsch (Reise nach der Grossen Oase, p. 92) ne sait où placer. Le passage de l'inscription d'Ouni (I. 30-31), qui nous apprend que le pays de Tiba était au nord du pays des Motires des Sables, nous oblige à y reconnaître le canton qui s'étend entre le lac de Sirbon et Gaza, probablement les parties septentrionales de l'Ouady el-Artsh, et le pays voisin en marchant vers l'Est.
5. E. de Rougé, Recherche* sur les Monuments, p. 128. Sur les guerres entreprises en ce temps-là contre les Maîtres des Sables, cf. Krall, Die Vorlaufer der Hyksos, dans la Zeilschrift, 1879, p. 64-67.
6. Cela paraît résulter de ce fait qu'immédiatement après la mention des récompenses reçues pour ses victoires, Ouni passe à l'énumération des faveurs que le Pharaon Mirnirt lui accorda (I. 32-33).
y envoya Tan XVIII y laissa un bas-relief, où les victoires d'Ouni sur les barbares et les concessions de territoire faites à la déesse Hâthor sont rappelées1. Le travail ne chôma point aux carrières de Hatnoubou1 et de Rohanou8; les constructions se multiplièrent, à Memphis où Ton préparait la pyramide*, dans Abydos où l'oracle d'Osiris attirait déjà de nombreux pèlerins5, à Tanis8, à Bubaste7, à Héliopolis8. Le temple de Dendérah tombait en ruines : on le restaura sur les plans primitifs qu'on découvrit par hasard', et cette piété envers Tune des divinités les plus vénérées fut récompensée comme elle méritait de l'être, par l'insertion dans le cartouche royal du titre de fils d'Hàthor10. Les vassaux rivalisaient d'activité avec le suzerain, et édifiaient partout, pour leur servir de résidence, des villes nouvelles, dont plusieurs reçurent son nom11. La mort de Papi Ier n'arrêta point cet élan : Faîne des deux fils qu'il avait eus de sa seconde femme, Mirirî-ônkhnas, lui succéda sans obstacle". Mirnirî Mihtimsaouf Ier (Métésouphis)13 était presque un enfant lorsqu'il monta sur le trône. Il n'eut aucune révolte à réprimer chez les Bédouins récemment vaincus : la mémoire des défaites était trop
1. Lepsius, Denkm., II, 116 a; Lottin de Laval, Voyage dans la péninsule Arabique, Ins. hier., pi. I. n° 2; Account of the Survey, p. 173-174. Le roi est représenté courant, comme dans les scènes de fondation d'un temple, ce qui paraît montrer qu'il prétendait avoir construit la chapelle de la déesse: la légende nous apprend de plus qu'il avait donné un champ aux dieux locaux, à propos du jubilé solennel qu'il célébra pour la première fois cette année-là, à la date anniversaire de son avènement.
2. Blackden-Krazer, Collection of Hieratic Graffiti from the Alabaster Quarry of Hat-nub, pi. XV, i, 4, sans doute à propos de la mission d'Ouni dont il est parlé à la p. 433 de cette Histoire.
3. Lepsius, Denkm., II, 115 a-c, e, g, i-k\ Burton, Excerpla hieroglyphica, pi. X; Prisse d'Avexxes. Monuments, pi. VI, 4; cf. Maspero, les Monuments Égyptiens de la Vallée de Hammamâl, dans la Bévue Orientale et Américaine, 1877, p. 330 6qq.
4. Elle a été publiée par Maspero, la Pyramide de Papi /•', dans le Hecueilde Travaux, t. V, VU, VIII.
5. Voir dans Mariette, Catalogue Général des Monuments d' Abydos, p. 83-92, les monuments du temps de Papi I*r qui montrent combien la vie publique était déjà active dans cette petite ville.
6. Pétrie, Tanis II, pi. I, 2; cf. p. 416, note 8 de cette Histoire, où l'inscription est déjà citée.