LES TRAVAUX DES PHARAONS EN NUBIE
dont on ne peut plus se rendre compte aujourd'hui, Thot à Pselcis et à Pnoubsît, où Ton adorait un nabéca gigantesque1, Râ vers Derr', Horus à Miama et à Baouka8. Les Pharaons qui avaient civilisé le pays y reçurent en leur vivant les honneurs de l'apothéose. Ousirtasen 111 se mit en triade avec Didoun, avec A m on, avec Khnoumou, et eut ses temples à Semnéh4, à Shataoui8, à Doshkéh6 : sous Thoutmosis III, plus de mille ans après lui, on célébrait encore, le 21 Pachons, l'anniversaire d'une victoire décisive qu'il avait remportée sur les barbares7. Le régime féodal se propagea partout, et l'on vit des barons héréditaires tenir leur cour entre les deux cataractes, exercer leurs armées, se construire des châteaux, se creuser dans la montagne des tombes décorées superbement. L'Egypte nubienne ne différa de la réelle que par un excès de chaleur et par une diminution de richesse : lé sol, moins large, moins fertile, moins bien inondé, y nourrissait une population moins nombreuse et rendait à ses maîtres des revenus moins abondants.
Pharaon s'était réservé la garde des principaux points stratégiques. Des châteaux-forts, embusqués aux tournants du fleuve et au débouché des gorges qui menaient dans le désert, garantissaient la liberté de la navigation ou écartaient les nomades pillards. Celui deDerr, réédifié souvent, remonte, en partie du moins, jusqu'aux premiers temps de la conquête : son enceinte rectangulaire en grosses briques sèches n'est percée que de brèches faciles à boucher, et pourrait résister encore à une attaque d'Ababdéhs, si l'on y faisait quelques réparations8. Les travaux les plus considérables furent exécutés aux trois
1. Pselcis est la Dakkéh actuelle. Pnoubsît (Pnoubs, Nupsi, Noupsia) des géographes grecs est aujourd'hui probablement l'ensemble de décombres qu'on découvre sur la rive orientale du fleuve, près du village de Hamké, un peu avant l'entrée de la seconde cataracte.
2. Derr s'appelait Pi-rà, la Maison de l\â, de son nom sacré (Brucsch, Geographische ïnschriflen, t. I, p. 159).
3. Miama, la Marna des géographes classiques (Pline, VI, XII, 35, 2, d'après Jiba, fragm. 42, dans Didot-MCllkr, Fragmenta Hisloricum Grsecorum, t. III, p. 477-478), sur la rive orientale du fleuve, parait être le village moderne de Toshké, où Burckhardt signalait des tombes au commencement de notre siècle (Travels in Nubia, p. 33); la ville égyptienne de Baouka, qui, malgré la ressemblance de nom, n'a rien de commun avec l'Aboccis de Ptoléméc, semble avoir été située sur l'emplacement du village actuel de Kouban (Brit.sch, Die Bib'ischen sieben Jahre der Hungersnoth, p. 41-43).
4. Le temple n'a pas été bâti par Thoutmosis 111, comme on l'affirme ordinairement (Lkpsils, Uebcr die widderkopfigen Golter, dans la Zeilsvhrift, 1877, p. 21 ; Wiedemann, jEgyptische Geschichte, p. 253) : Thoutmosis 111 ne fit que restaurer l'édifice construit par Ousirtasen III, ainsi que l'a dit E. de Rougé, Mémoire sur quelques phénomènes célestes, p. 22 sqq. (cf. Bévue Archéologique , 1™ série, t. IX). Une des inscriptions constate en effet que Thoutmosis 111 a rétabli les rites solennels et les sacrifices institués par Ousirlasen dans le temple de son père Didoun (Cailliaud, Voyage à Méroé, Atlas, t. II, pi. XXIX, 3; Lepsu;s, Denkm., III, 55, 1. 3-4).
5. Champollion, Monuments de l'Egypte et de la Nubie, pi. I, 3, et t. I, p. 609; Lepsius, Denkm., III. 114 A, sous le Pharaon AY, l'un des derniers souverains de la XVIII0 dynastie.