‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 221 sur 374 · Lepsu's Denkm., 111, 59, sous Thoutmosis III · texte numérisé non relu

Lepsu's Denkm., 111, 59, sous Thoutmosis III

7. Lrpsius, Denkm., III, 55, 1. 12; cf. E. de Roit.k, Mémoires sur quelques phénomènes célestes, p. 25-27.

8. Les briques les plus anciennes des fortifications de Derr, assez facilement reconnaissables au milieu de celles qui proviennent des restaurations plus récentes, sont identiques pour la forme et les dimensions à celles du mur de Syène ou d'El-Kab : or ce dernier est au plus tard de la XIIe dynastie.

endroits d'où Ton peut même aujourd'hui dominer la Nubie avec le plus d'efficacité, aux deux cataractes et dans le canton qui s'étend de Derr à Dakkèh. Éléphantine avait déjà son camp retranché qui couvrait les rapides et le chemin de terre entre Syène et Philae. Ousirtasen 111 restaura la grande muraille; il cura et agrandit les passes de Sehel comme Papi Ier, si bien qu'on put les franchir aisément et conserver en tout temps des communications rapides entre Thèbes et les villes nouvelles. Il fonda, à peu de distance de Philae, une station de bateaux et un entrepôt qu'il appela Hirou Khâkerî — les Voies de Khâkerî^ — d'après son prénom1. Le site exact en est inconnu, mais elle parait avoir complété, du côté méridional, le système de murs et de redoutes qui protégeait les cantons de la cataracte contre une surprise ou contre une attaque régulière des peuples barbares. Les fortifications de la Nubie moyenne, sans utilité appréciable pour la sécurité générale, avaient cependant une importance extrême aux yeux des Pharaons. Elles commandaient les routes du désert, celles qui vont à la mer Rouge, ou au cours supérieur du Nil vers Berber et le Gebel Barkal. Les plus importantes s'élevaient sur l'emplacement du village actuel de Koubân, en face de Dakkéh*. L'Ouady Olaki, dont elles surveillent l'accès, conduit droit aux gisements aurifères les plus riches que l'Egypte ait connus. Chacune des vallées qui sillonnent le massif montagneux de l'Etbaye possédait les siens, l'Ouady Shaouanîb, l'Ouady Oumm-Teyour, le Djebel Iswoud, le Djebel Oumm-Kabrite. L'or s'y trouve en pépites, dans des poches perdues au milieu du quartz blanc : il y est mêlé à des oxydes de fer et de titane dont les anciens n'ont point tiré parti. L'exploitation, commencée de temps immémorial par les Ouaouaiou qui habitaient la région, était des plus simples : on en rencontre partout la trace au flanc des ravins. Les galeries s'enfoncent à cinquante ou soixante mètres de profondeur en suivant la direction naturelle des filons. Le quartz détaché, on en jetait les débris dans des mortiers de granit, on les pilait, on pulvérisait ensuite les débris sur des meules analogues à celles qu'on employait pour broyer le grain, on triait les résidus sur des tables en pierre, puis on lavait le reste dans des

1. L'agrandissement des passes est de l'an VIII (Wn.Bom, Canalizing fhr Cataract, dans le Recueil de Travaux, t. XIII, p. 402-204), l'année même où le Pharaon établit la limite de l'Egypte à Semnéh; les autres travaux sont indiqués assez confusément dans une stèle de l'an VIII, qui provient d'Éléphantine et qui se trouve au Uritish Muséum (Birch, Tablets of the XII* Dynatty, dans la Zeitschrift, 1875, p. 50-51). C'est probablement à ce curage des passes en l'an VIII que se réfère le proscynème gravé à Sehcl (Lkpsm's, Denkm., II, 136 A) en l'honneur d'Anotikît, et daus lequel le roi se vante d'avoir fait pour cette déesse « le chenal excellent [nommé] les Voie» de Khâkeouri ».

2. Sur les ruines de cette forteresse importante, voir la notice de Prisse d'Avennes, qui a été publiée par Chabas, les Inscriptions des Mines d'or, p. 13-14.

LES MINES D'OR DE NUBIE ET LA FORTERESSE DE KOllBAîï. 481

sébiles en bois de sycomore, jusqu'à ce que les paillettes se fussent déposées'. C'était l'or de Nubie, que les nomades introduisaient en Egypte, et que tes Égyptiens allèrent chercher eux-mêmes au pays de production à partir de la XIIe dynastie. Ils ne se préoccupèrent pas d'y installer des colonies permanentes, comme au Sinaï; mais, presque chaque année, un détachement de troupes se rendait sur les lieux et ramassait les quantités de métal récoltées depuis le voyage précédent. Un jour, c'était le prince de la Gazelle

que le roi Ousirtasen I"' expédiait de la sorte, avec quatre cents hommes de son contingent féodal* : un autre jour, c'était le fidèle Sihâthor qui parcourait la contrée en triomphateur, obligeant jeunes et vieux à redoubler d'activité pour son maître Amenemhàit II*. On se vantait au retour d'avoir rapporté plus d'or que personne auparavant, et de n'avoir perdu ni un soldat, ni une bête de somme, pas même un âne, en traversant le désert : un fils du Pharaon régnant, voire l'héritier présomptif de la couronne, daignait quelquefois accompagner la caravane. Amenemhàit III répara ou construisit à nouveau le château de Koubàn, d'où la petite armée partait et où elle revenait avec

t. Les mines d'or et la manière de les exploiter ont été décrites sous les Plolémées par Agatbarchide (MCLLïH-Dioot, Geographi Grmei Minaret, t. I. p. 1Ï3-IÎ0; cf. DiodObe de Siciie, III, IÎ-14); les procédés étaient fort anciens el n'avaient guère changé depuis le temps des premiers Pharaons comme le prouve la cornpa raison du matériel trouvé dans ces parages avec le matériel recueilli au Sinai dans les mine» de turquoise du l'Ancien Lmpiro. Sur l'état ariucl de la contrée, cl\ une noie de Pansu: n'Ainni, dam Caisis, tet Iiitcn pliant dei Minet d'or. p. 3T-i!>. Les Incaliti". où l'un iiti cuti Ire des galeries d'exploitation ont été marquées par l.inanl de Bellefonds sur sa Carte de l'Etliaije, 1BS4.

t. Dettin de Bnudier, d'aprèx une photographie d'Iutinger. prise en iMIt.

3. Inscription biographique du prince de la Gazelle Àmoni-Ainenemhatl, à Deni-Ilassan. I. 3-8.

4. La stèle lie Sihàlhor est conservée au Brilish Muséum ; elle a été publiée par Ilm™. Tahtelt of the AÏJ" iiynattg, dans la Zeittrlirifl, 1871. p. Itl-lll; cf.' BmtH, F.guptùtn Ttj-tt, p. *!-«.

sa charge. C'est une enceïnle carrée, de cent mètres de côté; les remparts de briques sèches s'inclinent en talus et sont renforcés d'espace en espace par des sortes de bastions saillants sur le front de la place. Le fleuve couvrait un des côtés : les trois autres étaient défendus par des fossés qui communiquaient avec le Nil. Une porte s'ouvrait au milieu de chaque face : celle de

qui regardait le dé-

l'Est,

sert et qui se trouvait en but aux attaques les plus sérieuses, était flanquée d'une tour1.

La cataracte d'Ouady-Halfah opposait une barrière naturelle aux invasions ve nues du Sud . Même à défaut de fortifications, la chaîne de granit qui coupe la vallée en cet endroit aurait interdit suffisamment l'accès de la Nubie septentrionale à une flotte qui aurait essayé de brusquer le passage. Le Nil n'a pas ici l'aspect de grandeur sauvage qu'il prend

M «CM» CAT«»C™ B-TM IAKMI HT 0TAM-H.1.F.». }»,US ,JaS- G"iK AsSOUan et

Phîla?. Les montagnes basses et fuyantes l'encadrent mal. Les amas de roches noires dont il s'encombre, nues ou voilées à peine de verdure maigre, se multiplient et s'enchevêtrent en quelques places, au point qu'ils semblent l'avoir absorbé tout entier. Ses eaux s'y divisent à l'infini sur trois kilomètres de largeur, pendant les vingtcinq kilomètres qu'elles parcourent, et plusieurs des lits qu'elles se creusent invitent presque à la navigation, tant ils sont calmes et surs en apparence, mais ils se heurtent soudain à des seuils de récifs cachés, ou ils se resserrent brusquement en manières de couloirs obstrués par des monceaux de granit : la barque la plus solide et la mieux pilotée s'y brise, sans que nul effort ou nulle habileté de l'équipage puisse la sauver, si le patron se risque à y tenler I. Prukk n'Aieuit*. <■■■■« Cniw, le liueripthti* dn Mina dor, p. 13.

la descente. Le seul chenal qui se prête quelque peu au transit part du village d'Aèsha sur la rive orientale, serpente capricieusement d'une berge à l'autre, et débouche en eau calme un peu au sud de Nakhiét Ouady-Halfah. On se confie à lui pendant quelques jours en août et en septembre, mais avec des bateaux peu chargés ; encore est-ce à la grâce de Dieu, et au danger de sombrer d'heure en heure1. Dès que le flot décroît, la traversée devient plus difficile : on l'interrompt dès le milieu d'octobre, et les communications fluviales demeurent suspendues entre les pays d'en haut et l'Egypte, jusqu'au retour de l'inondation. Des épaves engagées entre les écueils ou enlizées dans les bancs de sable émergent à mesure que le niveau baisse, comme pour avertir les matelots et les décourager d'entreprendre une aventure aussi périlleuse. Ousirtasen Yv devina l'importance de la position et en arma les abords. Il jeta les yeux sur la petite ville nubienne de Bohani, qui s'élevait en face du bourg actuel de Ouady-Halfah*, et il en fit une place frontière de premier ordre. II y édifia, outre la citadelle traditionnelle, un temple consacré au dieu Amon thébain et à l'Horus qu'on adorait dans la localité, puis il y dédia une grande stèle qui célébrait ses victoires sur les peuples d'au delà. Dix de leurs chefs principaux avaient défilé devant Amon, prisonniers, les bras liés derrière le dos, et avaient été sacrifiés au pied des autels par le souverain lui-même8 : il les représenta sous la figure de cartouches crénelés, qui enfermaient leur nom, et d'où sortait un buste d'homme relié par une longue corde à la main du vainqueur. Près d'un siècle plus tard, Ousirtasen III agrandit la forteresse, puis, trouvant sans doute qu'elle ne suffisait plus a garantir la sécurité du passage, il échelonna des postes de garde en différents points, à Matouga4, à Fakous, à Kassa. C'étaient autant d'étapes où les navires qui suivaient le fil du courant et le remontaient avec leurs marchandises

1. Voir dans E. dk Gottberg, les Cataractes du Ml, p. 28-35, la description des précautions prises encore aujourd'hui par les matelots nubiens au passage des cataractes; pour ce qui concerne plus spécialement la cataracte d'Ouady-llalfah, cf. Ch^.li-, le Ml, le Soudan, l'Egypte, p. 62-04.

2. Brugsch place Bohani sur la ri\e droite, dans le voisinage d'Ouad\-llalfah (Die Hiblischen Sichen Jahre der Hungersnoth, p. 43-14); mais la stèle de Ramsès ltr, découverte par Champollion sur la

ive gauche, dans l'un des temples qui subsistent, rappelait les dons faits par ce prince au dieu Min- Amon qui réside dans Bohani, en sa demeure divine (1. 0-7). Bohani s'élevait donc à l'endroit même roù l'on voit aujourd'hui les ruines de trois temples ou chapelles (Ciiampollio.n, Monuments de l'Egypte, t. I, p. 34). La Boôn de Ptolémée était également sur la rive gauche : si elle est identique à Bohani, le géographe alexandrin ou ses auteurs l'ont placée plus haut sur le fleuve qu'elle n'était réellement.

3. La stèle est aujourd'hui à Florence (Schiaparklli, Museo Archeologico,t. I, p. 243-244); elle a été publiée plusieurs fois par Champollion (Monuments de lEgy/tle et de fa Nubie, pi. I, 1 et t. I, p. 34-36, t. Il, p. 692), puis par Ilosellini (Monument i Storici, pi. XXV, i), et enfin par Berend (Principaux Monuments du Musée Egyptien de Florence, p. oi-;»2).

4. Lettre du lieutenant H. G. Lyons dans YAvademy, n° 1057, 0 août 18îl2, p. 117 : • I hâve discovered old Kgyplian fortresses at llall'a and at Matuga, twelve miles south, the latter containing a cartouche of L^ertasen III. » On n'a aucun renseignement détaillé sur ces deux citadelles.

Page 1