‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 253 sur 374 · LES TRI11US VOISINES TIE I.A CHALDEE. S · texte numérisé non relu

LES TRI11US VOISINES TIE I.A CHALDEE. S

première civilisation chaldéenne tenait donc presque entière sur les deux rives du Bas-Euphrate : elle n'atteignait le Tigre qu'à la limite septentrionale de son domaine et sans le franchir. Isolée du reste du monde, à l'est par les marais qui bordent ce fleuve dans sa partie inférieure, au nord par le plateau mal arrosé et mal peuplé de la Mésopotamie, à l'ouest par le désert d'Arabie, elle avait pu, de même que la civilisation de l'Egypte, se développer

comme en vase clos, et suivre en paix ses destinées. Le seul danger sérieux qu'elle eut à redouter lui venait de l'est, où les Kashshi et les Llamites, constitués en monarchies militaires, ne cessaient de pousser leurs armées contre elle d'année en année. Les Kashshi n'étaient guère que des montagnards à demi policés, mais l'Ëlam possédait une culture très avancée, et Suse, sa capitale, le disputait en antiquité et en éclat aux villes les plus riches de l'Euphrate, à Ourou et à Dabvlone. Partout ailleurs on ne rencontrait que des tribus pillardes, gênantes pour leurs voisins, mais dont les incursions, si ruineuses qu'elles fussent, ne compromettaient pas l'existence du pays et ne se terminaient jamais par une conquête, les Gouti au Nord-est, sur la rive du

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Tigre, les Shouti au nord des Gouti. Il semble que les Chaldéens eussent déjà commencé à les entamer, et à installer chez eux quelques colonies, El- Ashshour aux bords du Tigre, Harran à l'extrémité opposée de la plaine de Mésopotamie, vers les sources du Balikh. Au delà, c'était le vague et l'inconnu, Tidanoum1, Martou*, la mer du soleil couchant, les régions immenses de Miloukhkha et de Mâgan8 : l'Egypte, du jour où l'on apprit son existence, fut une contrée à demi fabuleuse, perdue aux rebords de l'univers.

Le temps qui fut nécessaire pour tirer le peuple de la sauvagerie et pour constituer tant de cités florissantes? Les lettrés ne se résignaient pas à l'ignorer. De même qu'ils avaient dépeint le chaos primordial, et la naissance des dieux, et leurs luttes pour la création, ils racontaient sans hésitation tout ce qui s'était passé depuis l'éclosion de l'homme, et ils prétendaient calculer le nombre de siècles qui divisaient les générations présentes de l'origine des choses. La tradition la plus accréditée à Babylone vers l'époque grecque, celle que Bérose avait consignée dans ses histoires, affirmait qu'un assez long intervalle s'écoula entre la manifestation d'Oannès et l'avènement d'une dynastie. « Le premier roi fut Alôros de Babylone, Chaldéen, duquel on ne dit rien, si ce n'est qu'il fut choisi de la divinité même pour être pasteur du peuple. Il régna dix sares, ce qui fait trente-six mille ans, car le sare est de trois mille six cents ans, le nère de six cents ans, le sôsse de soixante ans. Alôros étant mort, son fils Alaparos commanda trois sares durant ; après quoi,

1. Tidanoum est le pays du Liban (Hommel, Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 329).

2. Martou est le nom général des pays syro-phéniciens, dans la langue non sémitique (Fa. Drlitxsch,

Wo lag dos Parodies? p. 271), lu d'ordinaire Akharrou dans la langue sémitique, mais pour lequel

les tablettes d'EI-Amarna indiquent la lecture Amourou (Bezold-Bcdge, The Tell el-Amarna Tablets

in the Brilish Muséum, p. xlvii, note 2). Les noms des Kashshi, de l'Élam et de leurs voisins seront

expliqués ailleurs, au moment où les peuples qui les portent entreront activement dans l'histoire.

3. La question du Miloukhkha et du Mâgan est une de celles qui ont le plus agité les assyriologues depuis vingt ans. L'opinion dominante aujourd'hui parait être celle qui fait de Màgan la péninsule du Sinai, et de Miloukhkha le pays au nord du Màgan jusqu'à l'Ouady-Arish et à la Méditerranée (Fr. Lexormant, les Noms de VAirain et du Cuivre dans les deux langues des Inscriptions cunéiformes de la C ha Idée et de V Assyrie, dans les Transactions de la Société d'Archéologie Biblique, t. VI, p. 347-353, 399-402; Tiele, h Sumér en Akkad het zelfde als Makan en Mèlûkha? dans les Comptes rendus de l'Académie d'Amsterdam, 2* série, Del XII; Delattre, Esquisse de Géographie Assyrienne, p. 53-55, V Asie Orientale dans les Inscriptions assyriennes, p. 149-167; Ami.u'd, Sirpour la d'après les inscriptions de la collection de Sarzec, p. 11-12, 13); d'autres soutiennent, non plus la théorie de Delitzsch (Wo lag das Paradiesf p. 129-131, 137-140), d'après laquelle Mâgan et Miloukhkha sont deux synonymes de Shoumir et d'Akkad, par suite s'appliquent à deux grandes divisions de la Babylonie, mais une hypothèse analogue qui les considère comme des cantons situés à l'ouest de l'Euphrate, soit dans les pays chaldéens, soit sur la lisière du désert, soit dans le désert même dans la direction de la péninsule sinaitique (Homrel, Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 234-235 ; Jrnse», Die Jnschriften der Kônige und Statthalter von Lagasch.dans la Keilinschriftliche Bibliothek, t. III, in partie, p. 53). Ce que nous savons des textes m'oblige, comme H. Rawlinson (The Islands of Bahrein, dans le Journal ofthe Asiatic Society, t. XII, p. 212 sqq.), à mettre ces pays sur les bords du golfe Persique, entre l'embouchure de l'Euphrate et les lies Bahrétn; peut-être les Maknp et les Mélangita? des historiens et géographes classiques (cf. Sprexger, Die Aile Géographie Arabiens, p. 124-126, 261) sont-ils les descendants des gens de Mâgan (Mâkan) et de Miloukhkha (Mélougga), émigrés vers l'entrée du golfe Persique, à la suite de quelque événement tel que le développement en ces parages du peuple des Kashdi (Chaldéens).

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