LES CITÉES DU NORD ET DU SUD
groupes : ('un au midi dans le voisinage de la mer, l'autre plus au nord, à l'endroit où l'Euphrate et le Tigre ne sont séparés que par un isthme assez étroit. Sept d'entre elles composaient celui du midi, parmi lesquelles Éridou se rapprochait le plus de la côte'. Elle s'élevait sur la rive gauche de l'Euphrate, au point qu'on appelle Abou-Shahréùi*. Un peu vers l'ouest, et sur la rive opposée, mais à quelque distance du fleuve, le tertre de Moughéîr
marque le site d'Ourou, la plus importante sinon la plus vieille des villes méridionales4. Lagash occupait l'emplacement de Telloh au nord d'Eridou,
aux embouchures Je l'Euphrate et du Tigre, La légende du poisson Oannès (Bt.Ross, fragm. I), qui semble cacher quelque indication à ce sujet (cf. Fa. I.kmimakt, Estai sur un document mathématique, [i. I J3-I3S, et Estai de Commentaire sur les fragments cotmogoniques, p. ÏÎU-ÎÏ3, où cette idée ■ été développée pour la première fois), n'est qu'une tradition mythologique de laquelle on a eu tort de vouloir tirer des conclusions historiques (Tir.ii:, Uabylonitch-Assyritche Getchichle, p. 11)1).
1. La plupart des identifications courantes aujourd'hui entre les noms anciens et les sites modernes sont dues au\ premiers maîtres de l'Assyriolugic, Bincki, Oppert, II. Ttaulinson. Comme elles sont éparses dans des brochures d'accès difficile, je me borne le plus souvent à renvoyer le lecteur aux ouvrages où les assyriologues de In seconde génération ont résumé et complété ces recherches, surtout a celui de Fa. Dkliiiwh, Ho lag dai Paradiesï et à celui de IIoiiel, Gesehickte babyloniens und AstyrUnt. p.l»5-î34, qui les présente réunies sous une forme commode.
î. Éridou, abrégé en Hitou (Sait», Early Ilislory of Dubyloma, dans les Transaction! de la Société d'Archéologie Biblique, 1. I, p. SU), peut-être la Rata de Ptolémée (Oppebt, Expédition en Mésopotamie. I. I, p. Î(Î9), dans la langue non sémitique tfoun et Eridougya (Vu. Delitesck, Ho lag das Paradiet? p. Ïi1-Ï38). Les ruines en ont été décrites par Taylor (Hôtes on AbuSkakrein and Telel-Lahm, dans le Journal of the II. Ai. Society, t. XIV, p. i\t sqq.).
3. Destin de Faucher-Gudin, daprrt le bas-relief de Koyaumtjib (l.inan, The Monuments of Sinevth. V Ser., pi. lï. n* t).
i. Ouroum, Ourou, qui signifie • la ville • par excellence (Fa. Delitisch, IVo lag dat Paradietf p. 416-*!-), est peut-être l'Our des Chaldéens qui est mentionnée dans la Bible {Gcnete, XI, 48; Séhénùe, IX, 1), mais cette idenliticalion n'est rien moins que certaine, et beaucoup de savants hésitent encore a l'adopter (IIilêvy, Mélange* d'Epigraphie et dArchéotogîe némitiquet, p. "4-86), malgré l'autorité de Itawlinson. Oppert, qui avait d'abord lu le nom Kalounou, pour y reconnaître la Calannéh de l'Écriture (Expédition en Mésopotamie, t. I, p. Ï58 sqq), se rallia plus lard à l'opinion de llawlinson (Inscription* de Dour-Sarkayan, p. 3, 0, note) ainsi que Schrader (Die Keitin-
non loin du Shatt-el-Hai ! ; Nisin* et Mar\ Larsam* et Ourouk5 s'échelonnaient sur les terrains fangeux qui s'étendent entre l'Euphrate et le Shatt-en-Nil . Les inscriptions nomment ça et là d'autres localités moindres, dont on n'a pas réussi à retrouver les ruines, Zirlab, Shourippak, aux bouches de l'Euphrate, où l'on s'embarquait pour la traversée du golfe Persique6, l'ile de Dilmoun, isolée à une quarantaine de lieues vers le sud, au milieu de la Mer Salée — Nâr-MaiTatoum1 . Le groupe du nord comprenait Nipour8, V « incomparable * Barsip, sur le canal parallèle à l'Euphrate et qui tombe dans le Bahr-î-Nedjîf*, Babylone, la « porte du Dieu », la « demeure de vie », la seule des métropoles euphratéennes dont la postérité ne perdit jamais le souvenir, Kishou10, Kouta11, Agadé11, enfin les deux Sippara13 de Shamash et d'Ânounit. La
êchriften und das Allé Testament, 1" éd., p. 383-384). Le nom de Moughélr (plus correctement Mouqayér) qu'elle porte aujourd'hui signifie la bituminée, de qir, bitume, et s'explique par l'emploi du bitume comme ciment dans une partie des constructions qui s'y trouvent.
1. Le nom a été lu tout d'abord Sirtclla, Sirpourla, Sirgoulla : la forme Lagash a été décou\crte par Pinchcs (Guide to the Koyunjik Gallery, p. 7, et Lagash, not Zirgulla, Zirpourla, Sirpulla, dans le liabylonian and Oriental Becord, t. III, p. 24).
2. Nisin, ISishin ou Ishin (Bezold, dans la Zeitschrifl fur Assyriologie, t. IV, p. 1430), car les deux formes existent, a été identifiée par G. Smith (Early Hislory of Babylonia, dans les Transactions de la Société d'Archéologie Biblique, t. I, p. 29-30) avec Karrak : le site en est inconnu.
3. Mar est aujourd'hui Tell-Ede (Fr. Delitzsch, Ho lag das Parodies? p. 223).
4. Larsam s'appelle en sumérien Babbar ounnu, la demeure du Soleil; c'est aujourd'hui Senkéréh.
5. Ourouk s'appelait Ounoug, Ounou dans l'ancienne langue : elle devint plus tard, dans la Bible Erech (Genèse, X, 10; "Ope-/. LXX), Araka et Orchoé chez les Grecs (Strabon, XVI, 1 ; Ptolënée, V, 20). C'est aujourd'hui Warka, dont les ruines ont été décrites par Loft us (Travels and Besearches in Chaldxa and Sus i an a, p. 159 sqq.).
6. Zirlaba, Zarilab a pour nom Koulounou, « Demeure de la descendance », dans la langue non sémitique : ce qui permet de l'identifier à la Kainéh, kalannéh, de la Genèse (X, 10), contre la tradition du Talmud, d'après laquelle cette dernière ville serait identique à ISipour, Nifler (Nfxb.u f.r, Géographie du Talmud, p. 346, note 6). Le rapprochement de Zirlab-Koulounou avec Zerghoul (Oppert, Expédition en Mésopotamie, t. I, p. 269-270) n'est plus admis généralement (Tielk, Babylonisch-Assyrische Geschichte, p. 86). Les textes relatifs à Shourippak, Shourouppak, ont été réunis par G. Smith (The Elèvent h Tablet of the Izdubar Legends, dans les Transactions de la Société d'Archéologie Biblique, t. III, p. 589); ils ne nous permettent point de déterminer le site de la ville.
7. Le site de Dilmoun est fixé par Oppert (le Siège primitif des Assyriens et des Phéniciens, dans le Journal Asiatique, 1880, t. XV, p. 90-92 et 349-350) et Rawlinson (dans le J. of the B. Asiatic Soc., 1880, t. XII, p. 201 sqq.) à Tylos, la plus grande des lies Bahréin, aujourd'hui Saraak Bahréîn, où le capitaine Durand a trouvé des restes d'occupation babylonienne, dont une inscription (/. of t/te B. Asiatic Soc, 1880, p. 192 sqq.). Fr. Delitzsch propose d'y reconnaître une Ile, placée vers l'embouchure du Shatt-cl-Arab et qui serait perdue dans les allusions (Fr. Delitzsch, Ho lag das Parodies? p. 229-230). Dilmoun s'appelait Sitouk en sumérien (Oppert-Menavt, Inscription de Khorsabad, p. 116).
8. Nipour, IN ip pour, Inlil en sumérien, est Niflerprès le Shatt-eii-Nîl, à la limite des marais d'Aflfedj.
9. Barsip, Borsippa, la seconde Babylonc (Fr. Delitzsch, Ho lag das Parodies? p. 216-217) est le Birs-Nimroud (Oppert, Expédition en Mésopotamie, t. I, p. 200 sqq.).
10. Kishou est à présent El-Ohaimir (Hoxmel, die Semilischen Yolker, p. 233, 235 sqq.).
11. Koutou, Kouta, dans la langue non sémitique Goudoua, est aujourd'hui Tell-Ibrahim.
12. Agadé ou Agané a été identifiée avec une des deux villes dont Sippara se composait (Fr. Delitzsch, Wo lag das Parodies? p. 209-212; Fr. Lkm>rna.nt, les Premières Civilisations, t. II, p. 195), plus spécialement celle qu'on nommait Sippara d'Anounit (Uommki., Gcschichlc Babyloniens und Assyriens, p. 204) ; la lecture Agadi, Agadé, a été mise en avant surtout pour amener une identification avec l'Accad de la Genèse (X, 10; cf. G. Smith, Assyrian Discoveries, p. 225, note 1) et avec l'Akkad de la tradition indigène. Cette opinion est abandonnée par la plupart des assyriologues(FR. Dei.itzsch-NCrdtkr, Gcschichte Babyloniens und Assyriens, t" éd., p. 73: Lkiounn, Schamaschschumukin Kônig von Babylonien, p. 73), et Agané n'a pas encore de site déterminé. Elle n'était pas fort éloignée de Babylone.
13. Sippara de Shamash et Sippara d'Anounit forment la Sépharvaîin de la Bible (// Bois, XVII, 24, 31); les ruines en ont été retrouvées par Horinuzd Bassam dans les doux monticules d'Abou llabba et