LES ARMES EN BOIS ET EN MÉTAL
engin presque oublié aujourd'hui, le boumérang1; seulement rien ne prouve que les Égyptiens aient manié le boumérang avec l'adresse dont les Australiens y font preuve, ni qu'ils aient su le lancer de manière à le ramener à son point de départ'. Tel était à peu près l'équipement le plus ancien qu'il nous soit permis de deviner: mais l'Egypte connut fort tôt le cuivre et le fera. Elle remplaça la plupart des armes en bois, longtemps avant l'histoire, par des armes en métal, poignards, sabres, haches, qui gardèrent la forme des vieux instruments auxquels elles succédaient. Elle réserva pour la chasse celles qui persistèrent, ou ne les étala plus que dans u kmiIbak br gi;imk h l'arc' les circonstances solennelles, par
respect de la tradition. Le bâton de guerre se changea en bâton de commandement, puis en simple canne, dans la main des nobles ou des riches. Le casse-tète ne fut plus pour les seigneurs qu'une marque distînctive de
1. Le boumérang esl employé aujourd'hui encore par certains peuples qui habitant la vallée du >it (Kusiii: Rscurs, Géographie uniuerselte, l. IX. p. 3Si). It csl représenté dans les tombes les plus anciennes {Lekws. Denkm., Il, tï, 60, 106. etc.), et tous les musées en |.os«èdont de différente* tailles (E. iiï Rougk, Notice sommaire. Salle Civile, Armoire II, p. 73; Haspkho, Guide du visiteur, p. 303, n* 4713). Outre le boomerang ordinaire, les Egyptiens employaient un boomerang terminé en boule (Maspsbo, Guide du visiteur, p. 303, n* ilti) et un boumérang en forme rt« ilomi-scrjx'nl (Châtia*. Etude* tvr l'antiquité historique, ï" éd., p. SU; Maspkru, Soles au jour te jour, $ 17, dans lus Proceediugs de la Société d'Archéologie biblique, t. XIV, 1801-1BM, p. 3ÏO-31I). qui, reproduit de petites dimensions en cornaline ou en jaspe rouge, servit d'amulette et fut déposé sur les momies, pour fournir au mort une arme de guerre ou de ebasse dans l'autre monde.
ï. Le boumérang australien est beaucoup plus grand que l'égyptien ; il est long d'un peu moins d'un mètre et large de 5 centimètres sur S millimètres d'épaisseur. Pour la façon de le maueeuvrei el pour les effets qu'on en peut obtenir, voir Liibbocs. t Homme préhistorique, \>. iili-iun.
3. L'introduction des métaux en Egypte était fort ancienne, puisque la classe des forgerons est liée au culte de l'Horus d'Edfou et figure déjà dans le récit des guerres mythiques de ce dieu i^Usikini. les Forgerons if florin, dans les Études de Mythologie, t. Il, p. 313 sqq.). Les plus anciens outils en cuivre ou en brome que l'on possède remontent jusqu'à la IV dynastie {Cunsnist, On mclallir Copper, Tin and Antimony front Anricnl Egypt, dans les Procecdings de la Société d'Archéologie biblique, tS91-tR9S, p. Î23-Ïili| : des morceaux de fer ont été trouvés a plusieurs reprises dans la maçonnerie des pyramides (Vïm>, Pyramide of Gheh, t. I, n. ï 75-17 11 ; Saut-Jus» Vu.cr.MT Daï. Eiamination of the fragment of iron fram Ihe greal Pyramidoftiiieh, dans les Transactions of tlie intei national Congres* of Orientalists, IB74, p. 3!»fi-39S; Maskro, Guide du visiteur, p. f»iî, et Bulletin de la Société d'anthropologie, 1883, p. 813 sqq.). M. Nontélius a contesté à plusieurs reprises l'authenticité de ces découvertes el pense que le fer n'a été connu en Egypte i|iin beaucoup plus lard (l'Age du brome en Egypte, dans l' Anthropologie, t. I, p. 30 sqq,).
A. Dessin de Faueher-Gudin, d'après une peinture du tombeau de Kltnoumhotpou. à Béni-Hassan. (r.tiiMuioif, Monuments de l'Egypte, pi CGC; Hoscllisi, Monument! eirili, pi. r.XVtt, S).
m LE NIL ET L'EGYPTE.
leur rang1. Enfin le croc et la masse à manche en bois à tête en pierre
___ blanche, après avoir été les
|j^*«-ta-É"— ■^"— ^^^^"^^N^; armes préférées des prin- HtcHE ïoiiïe ^ t»o oui* in , ce^ demeurèrent jusqu'aux
derniers jours les insignes les plus respectés de la royauté1. La vie s'écoulait relativement facile et douce. Des étangs que le fleuve à son déclin abandonne en pleine campagne, les uns se dessèchent plus ou moins promptement pendant l'hiver et laissent sur le sol des quantités prodigieuses de poissons que les oiseaux et les bêtes sauvages disputent à l'homme*, mais les autres se peqiétuent jusqu'à l'inondation suivante, comme autant de viviers qui conservent le poisson frais aux riverains. Pèche à la fourche, pèche à la ligne, pêche au filet, pèche à ta nasse, tous les genres de pèche furent connus des Égyptiens et usités de bonne heure. Où les étangs faisaient défaut, le Nil voisin leur fournissait des ressources inépuisables. Montés sur des canots légers ou plutôt sur des paquets de joncs liés en fuseau et surmontés d'un plancher', ils s'avenroi idui le mon, turaient en plein courant, malgré le danger tou-
jours présent que l'hippopotame leur faisait courir, ou pénétraient dans les canaux et dans les fourrés de plantes aquatiques, pour y abattre à coups de boumérang les oiseaux qui y nichaient :
I. Le cassc-télr- en bois, le plus commun I, est l'insigne ordinaire des nobles. Plusieurs espèces
différents, faisaient partie du mobilier funéraire (Ltr-sus, .atteste Texte, ni. X, if-iK. 3H; Misrimo. Trois Années de fouilla, dans les Mémoires de la Mission française, I. 1. p. il, «I, i3±, etc.).
i, A manche lie boit, à lame de brome, rattachée au manche par un Ireillit de courroie* en cuir \Musce de Ghth). Destin de Fnucher-Oudin, d'après une photographie d'f.mile Drugsch-hcy.
3. Le croc f es! le sceptre du prince, d» Pharaon ou du dieu; la massue blanche f a encore la valeur d'un semblant d'arme entre les mains du roi qui la brandit au-dessus du groupe de prisonniers nu du bœuf qu'il sacrifie à une divinité (Lepsics, Deakm.. II, t a,c, W, f, 116, etc.). La plupart des musées renferment la tête en pierre de cette masse, dont on méconnaît l'usage : j'en ai fait entrer plusieurs au musée de Boulaq (Extrait de l'inventaire, p. 10, n<* 2058(1-46587, dans le Bulletin de t Institut égyptien. S- sér.. t. VI). Il en renfermait déjà un simulacre loul en bois (M.iaisni, la Calcrie de l'Egypte ancienne, p. 101; SIaspeho, Guide, p. 303, n" iltt).
1. Cf. la description que Geoffroy-Saint-H Maire donne de ces étangs à propos du fahaqa {llùloire naturelle des poissons du fiit, dans la Description de l'EgypIe, l. XXII, p. 1BÎ-I83). Aujourd'hui encore, les chacals descendent de la montagne pendant la nuit, et viennent se repaître du poisson laissé sur les terres par le dessèchement progressif de ces pièces d'eau.
1. La fabrication de cette espèce de canot est représentée su tombeau de Ptahhotpou (DtiKin, llrsultate der archâologitch-phntogrophisrhen Expédition, t. I, pi. VIII).
f: llat-relief du temple de Louxar, d'après une photographie de M. Insinger priée en 1S8S.