‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 305 sur 374 · LES DÉESSES RATTACHÉES AUX DEUX TRIADES · texte numérisé non relu

LES DÉESSES RATTACHÉES AUX DEUX TRIADES

dieux plutôt qu'un dieu unique. Son adjonction combla de façon assez maladroite le vide que la défection d'Ishtar avait creusé. Convenons d'ailleurs que les théologiens auraient été embarrassés de trouver mieux que lui : du moment qu'ils rattachaient Vénus au reste des planètes, il ne leur restait au ciel rien d'assez lumineux pour la remplacer dignement. Ils prirent par force ce qu'ils connaissaient de plus puissant après les cinq, le maître de l'atmosphère et de la foudre1.

Les dieux des triades étaient mariés, mais leurs déesses n'avaient point pour la plupart la liberté d'allures des Égyptiennes ou leurs fonctions importantes* : elles s'éclipsaient modestement derrière leurs époux et vivaient dans l'ombre, comme c'est l'usage des

femmes de l'Asie. On paraît ut».», le dm ms wuen et de u foi-dh*.

d'ailleurs ne s'être inquiété

d'elles qu'après coup, lorsqu'on voulut expliquer la filiation des immortels. Anou et Bel étaient célibataires à l'origine. Quand on s'avisa de leur

I. Leur embarras se traliil par la façon dont ils ont classé ce dieu. Dans la triade primitive, Ishtar, étant le plus pelit des trois astres, prenait naturel leinont la troisième place après la Lune et le Soleil ; Ramman avait au contraire des affinités essentielles avec le groupe élémentaire et se rattachait a Anou, Bel, Éa plutôt qu'a Si» et à Shainash. Aussi le Irouve-t-on tantôt a» troisième rang, tantôt au premier de la seconde triade, et cette place en vedette lui est si habituelle, que les assyriologucs la lui conservèrent au début, et qu'ils décrivirent la triade comme étant composée non pas de Sin, de Shamash et de Ramman, mais de Itamman, de Sin et de Shamasb (BmLUtsos, On the Religion of Ihr ttubylaniani and Anyriam, p. iH-t, 4W7) ou même de Sin, de Ramman et de Sharoanh (llucis, Un the Attyrian Mylkoloyy, dans tes Mtmoirt of the Iriih Academy, t. XX lit, p. 410-113].

ï. Le caractère passif et presque impersonnel de la plupart des déesses habyloniennes et assyriennes est notoire (l'a. Lemmuixt, Estai de commentaire mr le* fragmente r.oimogoniquet de lléio'e, p. OH). La plupart d'entre elles auraient été indépendantes au début, vers l'époque sumérienne, ci ne se seraient mariées que plus tard, sous l'inlluence des idées sémitiques (Stvr.n, The lleligion of the AueUnt Dabytoai'int, p. 110-112, 176-17!), 315-316}.

3. Deiëin de Fawhcr-liadin, ifaprèi l.iriMi, The Monument» tif Mnerrh, I" Ser., pi. 63. C'est à proprement parler une divinité siisîcnne que les soldats d'Assourbanabnl emportent en Assyrie, main elle porte les insignes habituels de Ramman, et elle peut, à défaut d'autres renseignements, nous "igurnit rc dieu dans le courant du premier millénaire avant notre ère : il n'a ni la robe longue du Ramman figuré sur la page 6fii de celte Histoire.

prêter des compagnes, on recourut au procédé que les Égyptiens employaient en pareil cas : on ajouta à leur nom la terminaison ordinaire des substantifs féminins, et Ton construisit de la sorte deux déesses grammaticales, Anat et Bélit, dont le tempérament se ressentait de cette naissance accidentelle1. Leur rôle flotta toujours incertain, et elles ne présentaient guère que les semblants de la réalité. Anat désignait parfois un ciel féminin et elle ne différait d'Anou que par le sexe1; on la prenait plus souvent pour l'antithèse d'Anou. pour la terre par opposition au ciel3. Bélit, en tant qu'on peut la distinguer des autres personnes qui s'attribuent ce même rang de dame, partageait avec Bel la domination de la terre et des régions ténébreuses où les morts demeurent emprisonnés4. L'épouse d'Éa possédait son nom, qui ne dérivait point de celui de son mari, mais elle n'était pas animée d'une vie beaucoup plus intense qu'Anat ou que Bélit : on l'appelait Damkina, la maîtresse du sol, et elle personnifiait de façon presque passive la terre unie à l'eau qui la féconde5. Les déesses de la seconde triade présentaient peut-être quelque chose de moins artificiel. Sans doute, Ningal, qui régnait avec Sin àOurou, parait n'être qu'une épithète incarnée. Son nom signifie la (jrande dame, la reine6, sa personne double celle de son mari : comme il est la lune homme, elle est la lune femme, son amie7 et la mère de ses enfants Shamash et Ishtar*. Mais A ou Sirrida jouissait d'une autorité incontestable aux côtés de Shamash : elle se souvenait d'avoir été un soleil ainsi que Shamash, un dieu du disque avant de se transformer en déesse9. Shamash était d'ailleurs accompagné d'un vrai harem dont

1. Sur les déesses grammaticales de l'Egypte, voir ce qui est dit aux p. 105-106 de cette Histoire.

2. G. Rawmnsoh, The Five Great Monarchies, 2- édit., t. 1, p. 117; Delitzsch-MPrdtf.r, Geschichte Babyloniens und Assyriens, 2a éd., p. 26.

3. Hommel, Die Semilischen Vôlker, p. 373 ; Tiele, Babylomsch-Assyrische Geschichte, p. 521 ; Sayce, The Religion of the Ancient Babylonians, p. 194. Sur la diffusion d'Anat chez les peuples voisins de la Chaldée, notamment en Syrie, voir les observations de Fr. Lrnormant, Essai de Commentaire sur les fragments cosmogoniques de Bérose, p. 150-152, de Sayce, The Religion of the Ancient Babylonians, p. 187-189, et de Jensen, Die Kosmologie der Babylonier, p. 192-194, 272-274.

4. Sur la Béllt-Beltis de Nipour, la Ninlilla des vieux textes, voir Fr. Le.nornant, la Magie chez les Chatdéens, p. 105-106, 153, et Sayce, The Religion of the Ancient Babylonians, p. 149-150, 177; cf. p. 691 de cette Histoire. J'aurai occasion de parler dans une autre partie de cet ouvrage du rôle important que joua plus tard la Beltis de Babylone, différente de celle de Nipour.

5. Fr. Lenorxamt, la Magie chez les Chaldéens, p. 148, 153; Sayce, The Religion of the Ancient Babylonians, p. 139, 264-265. Damkina, Davkina, a été transcrit Aavxy; par les Grecs (Damascics, De Principiis, § 125, éd. Ruelle, p. 322).

Page 1