SHTAR REMPLACEE PAU K A MM AN DASS LA TRIADE
dans les religions populaires qui avaient préparé les combinaisons savantes des théologiens d'Ourouk, et il nous reste encore beaucoup de légendes où leurs incarnations diverses sont mises en jeu. On se les figurait volontiers comme des oiseaux gigantesques, accourus sur leurs ailes rapides du fond de l'horizon, et soufflant une haleine de flamme ou des torrents d'eau contre les paya qu'ils effleuraient de leur ombre. Le plus terrible d'entre eux, Zou, présidait aux tempêtes :
il amassait les nuées, il les crevait et les précipitait en averses ou en grêle, il déchaînait les vents et la foudre, et rien ne restait debout où il avait passé1.
Sa famille était nombreuse : on v remarquait
des croisements des- u rtBWK imtm ikmot iw rroit* u hm w »i'.
pèces bizarres, qui déconcerteraient un naturaliste moderne, mais qui paraissaient tout simples aux sacerdoces anciens. Sa mère Siris, dame de la pluie et des nuages, était un oiseau comme lui3, mais il avait pour fils un taureau robuste, qui, paissant dans les prairies, y répandait l'abondance et la fertilité. Les caprices de ces êtres ambigus, leur malice, leurs attaques sournoises leur attiraient souvent des mésaventures fâcheuses*. Shoutou, le vent du Sud, aperçut un jour Adapa, l'un des nombreux enfants d'Ka, qui péchait pour approvisionner sa famille. Malgré sa haute origine, Adapa n'était pas un dieu; il ne possédait point le
1. Sur l'oiseau Zou. cf. fl. SiiTn, f.haldxan Account of Ûtneii; p.tlî-lii; K. 1. IIiuper, Die liabtjloniichen I.egenden von Etana, Zu, Adapa und Dibbara, dans les Bcitliiye :ur Auyriologie, l. Il, p. il 3- 118. On trouvera plus loin, p. BtHi-Wi" de cette Histoire, le récit de nés démêlés avec le Soleil.
i. Dctiin de Faucker-Giidin, d'âpre* t'intaille ronierve'e à Home rt publiée par K». LtsomvïT, Tre Monument i Caldeî rd Aaîri ilelle cotle:ioni romane, pi. VI, n" 3.
3. E. J. IlAiiPT.it, Die Babuloninheu Légende» ton Elttaa, Za, Adapa und Dtbbara, p. 413-417; Jensen (Die Kosmnlogie drr Habylottier, p. SI, 93) identifie Zou avec la constellation de Pégase, cl le taureau. Ills de £ou. avec notre constellation du Taureau.
4. La légende d" Adapa nous a été conservée en partie sur l'une des tablettes d'KI-Amarna (WlnciLiR, Thonttafelfund ton El-Amarna, t. III, pi. CLXVI fl-6). Elle fut signalée successivement par Ennan, par Lehmann (clans la Zeittehrift fur Anyriologie , t. III. p. 38u}, par Sayre [Addreu to the Aisyrian Section of Ihc Sinth liilrriiiiliomil i'.ongret* nf Orieiilalitlt, p. i-l-ÏO), par Seheil (Légende rhafilfeiwe trouvée à Tcll-ct-Amarna. dans la Reçue de* Iteligion». I. I. p. KM- MES); elle a été Induite entièrement et commentée par Ziiheiih, An Old Rabytouian l.egend from Egypt, dans le StHtdaySchooh Time» (18 juin 18SÏ], p. 38f. sqq., puis par E. 1. Haupeu, Oie Habyloniichen Légende» ••'» l'Iinm. Zu, Adapa und Dibbara. dans les Beitrâge sue A'nyrialngic, t. Il, p. HR-I'i'i, dont j'ai suivi, en général, l'interprétation.
don de l'immortalité, et ne pouvait s'introduire librement au ciel en présence d'Anou. 11 jouissait pourtant de certains privilèges, grâce à la familiarité dans laquelle il vivait avec son père Ea, et il était né assez vigoureux pour repousser les assauts de plus d'une divinité. Quand donc Shoutou, fondant sur lui à I'improviste, l'eut culbuté, sa colère ne connut plus de bornes : <r Shoutou, tu m'as accablé de tes inimitiés, quantes elles sont, — je bri- « serai tes ailes! » Ainsi qu'il avait parlé de sa bouche, — Shoutou, Àdapa lui brisa les ailes. Sept jours, — Shoutou ne souffla plus sur la terre. » Anou s'inquiéta de cette tranquillité, qui lui paraissait mal convenir au tempérament brouillon du vent, et il s'informa auprès de son messager Ilabrât. « Son messager llabrât lui répondit : « Mon maître, — Adapa, le fils « d'Éa, a brisé les ailes de Shoutou. » — Anou, quand il entendit cette parole, s'écria : « Un aide! » et il expédia vers Êa Barkou, le génie de l'Eclair, avec ordre de ramener le coupable. Celui-ci n'était rassuré qu'à moitié, bien qu'il eût pour lui le bon droit, mais Éa, le plus avisé des immortels, lui traça sa ligne de conduite. Il revêtirait promptement un habit de deuil et il monterait au ciel avec le messager. Arrivé aux portes, il ne manquerait pas d'y rencontrer deux des divinités qui les gardent, Doumouzi et Ghishzida : « En « l'honneur de qui cet appareil, Adapa, en l'honneur de qui — cet habit de « deuil? » « Sur notre terre deux dieux ont disparu, — moi c'est pour cela que « je suis de la sorte! » Doumouzi et Gishzida se regarderont mutuellement1, — « ils gémiront, ils diront un mot amical — au dieu Anou pour toi, ils éclairci- « ront le visage d'Anou — en ta faveur. Quand tu entreras à la face d'Anou, — « la nourriture de mort, on te l'offrira, — ne la mange pas. La boisson de « mort, on te l'offrira, — ne la bois pas Un vêtement, on te l'offrira, — « mets-le! De l'huile, on te l'offrira, oins-t'en. — L'ordre que je te prescris, « observe-le bien! » Tout se passa comme Ëa l'avait prévu. Doumouzi et Ghishzida firent bon accueil au pauvre diable, parlèrent en sa faveur, le présentèrent ; « comme il s'approchait, Anou l'aperçut et lui dit : — « Allons, « Adapa, pourquoi as-tu brisé les ailes de Shoutou? » — Adapa répondit à Anou : « Mon maître, — pour la maison de monseigneur Éa, au milieu de « la mer, — je péchais des poissons, et la mer était tout unie. — Shoutou « souffla, lui, il me culbuta, — et je plongeai dans la demeure des poissons.
1. Doumouzi et Ghishzida sont les deux dieux qu'Adapa désigne sans les nommer; en leur insinuant qu'il a pris le deuil à cause d'eux, Adapa est assuré de K^ner lour sympathie et d'obtenir leur intervention en sa faveur auprès du dieu Anou. Sur Doumouzi, cf. p. 645-648 de cette Histoire; le rôle de Ghishzida est inconnu, ainsi que l'événement de la vie de ce dieu auquel notre texte fait allusion.
LES VENTS ET LA LÉCESDE D'ADAPA. «61
« En la colère de mon cœur, — pour qu'il ne recommençât plus ses inimitiés, « — je lui brisai tes ailes. » — Tandis qu'il plaidait sa cause, ie cœur furieux d'Anou redevenait calme. La présence d'un mortel dans les salles du firmament était une sorte de sacrilège, qu'il fallait punir sévèrement, à moins qu'on ne se décidât à l'expier en donnant le philtre d'immortalité à l'intrus. Anou s'arrêta sans hésiter à ce dernier parti, et, prenant la parole : « Pour- « quoi donc Ëa a-t-il permis qu'un homme impur vit — l'intérieur du ciel
• et de la terre? » — Il lui tendit une coupe, lui-même il le rassura. — ■ Nous, que lui donnerons-nous? La nourriture de vie — prenez-en pour « lui, qu'il en mange! » La nourriture
de vie, — on en prit pour lui, mais il n'en mangea pas. L'eau de vie — on en prit pour lui, mais il ne la but pas. Un vêtement — on le prit pour lui, et il s'en habilla. De l'huile — on en prit pour lui et il s'en oignit. » — Anou le regarda, il gémit sur lui : — «Eh donc, lM OISMl., BE u TÏ„tIti
* Adapa, pourquoi n'as-tu pas mangé,
» n'as-tu pas bu? — Tu n'auras plus maintenant la vie éternelle, » « Êa, mon e maître, — m'a ordonné : tu ne mangeras pas, tu ne boiras pas. » C'est ainsi qu'Àdapa, pour avoir trop bien retenu les leçons de son père, perdit l'occasion qui s'offrait de monter au rang des immortels : Anou le renvoya chez lui comme il était venu, et Shoutou en fut pour ses ailes cassées. Ramman absorba l'un après l'autre tous ces génies d'orage et de querelle, et de leurs caractères réunis il se composa une personnalité unique aux cent faces diverses. Il avait l'humeur capricieuse et changeante de l'élément qu'il incarne, et il passait du rire aux pleurs, de la sérénitéà la colère avec une promptitude qui faisait de lui le plus déconcertant des dieux. Il était de préférence l'orage, et tantôt il envahissait brusquement les deux à la tète d'une troupe de lieutenants féroces dont les chefs se nomment Matou la bourrasque, et Barkou l'éclair, tantôt ils n'étaient que les manifestations variées de sa nature, et c'est lui-même qu'on appelait Matou et Barkou1. Il assemblait les nuages,
1, ft-jaiii de Faurhcr-Gudin, iCa/irei te cylindre chaldi'en du Musée de tietr- York (Ckmoli, Cyprut, pi. XXXI, n' j); Lenormanl, dans un lonjj article qu'il publia sous le pseudonyme de Hinsoll, croyait reconnaître ici la rencontre de Sabiloum et de r-ilgamés {Vu épitode de ? épopée chaldétnne. dan» la Gaulle archéologique, 187!), p. I U-l 19) au* bords de l'Oman; cf. p S84-SN3 de celle HiHoire.
t. Sur l'origine de Hamman el sur les diverses divinités sumériennes ou sémitiques qu'il absorba, on pcul consulter l'élude de Sivck. The Religion of Ihe Ancien! Babylonian* , p. ïlri-ilï.
mt LES TEMPLES ET LES DIEL'X DE LA CHALDEE.
il dardait la foudre, il secouait les montagnes, et « à sa rage, à sa force, — à son rugissement, à son tonnerre, — les dieux du ciel montent au ciel, — les dieux de la terre s'enfoncent en terre, » effrayés'. Les monuments nous le montrent armé en guerre, du casse-tête, de la hache, ou de "ïpée à double lame flamboyante qui figure ordinaire nent la foudre*. Comme il détruit tout dans sa fureur veugle, les rois l'invoquent contre leurs ennemis et le pplient de • ruer l'ouragan sur les races rebelles sur les nations insoumises' ». Quand sa colère s'apaise, qu'il revient à des sentiments plus doux, sa bienveilnce ne connaît pas de bornes. Il était la trombe qui nverse les forêts, il devient la brise qui les caresse les rafraîchit; il féconde les champs de ses ondées 'des, il décharge l'atmosphère et tempère les ardeurs ; l'été. Les fleuves gonflés par lui débordent : il les panche sur les champs, il leur creuse des canaux, il les lirige partout où le besoin d'eau se fait sentir. Mais son tempérament fougueux se réveille à la moindre injure, et alors « son glaive de tiamme répand la peste par le pays; il dissipe la moisson, anéantit la récolte, >»»" arrache les arbres, couche et déracine les blés* ».
Somme toute, la seconde triade formait un corps plus homogène au temps qu'lshtar lui appartenait encore, et la présence de la déesse nous permet seule d'en comprendre le plan et l'intention : elfe était astrologique en principe, et l'on avait voulu n'y enrôler que les chefs évidents des constellations. Itamman, au contraire, n'offrait rien de ce qu'il faut pour figurer à côté de la lune et du soleil : il n'est pas un corps céleste, il ne possède aucune forme nettement circonscrite, il semble un faisceau de
I. ».»... . . r«B lut H A*., I. IV, pi. J8, n- ï, 1. li-lii; cf. F». Luoiurn, tei Première! Ciriluatiout. t. II. |> 1D1, H Suce, The Religion of the Aneient Bahyloniant, p. 51111.
1 Tr|(1»tpbalazar I", vainqueur des Koumani, fabriqua une de ces épéoa qu'il appelle • un éclair île cuivre • cl i|u"il ilolia. comme trophée de sa victoire, dans une chapelle liâtie sur les ruines de l'une d.-. ciléK vaincue. [f>„,me de Ti'gtatphalaiar l", col. »l, I. 15-41).
3. CI" la malédiction prononcée par Téglatphalaiar I" à la fin de son l'riime (col. vm, I. B3-BS), nu nom de Itamman. adore dans la cilé royale d*Ànhshour.
■I. Le caractère de llamman se trouve défini entièrement dans le* écrits des premiers ossjriologuos (11. Rurmwj, On the Religion of the llabylnniam nnd Alignant, p. W7-3IHI: F». Le>om«.it, F.itai de iiimnteiitaire tut lei fragment* rmmogoniguei de tiérate, p. 113-93).
5. Ileitin de Fiiiielirr-tivdin, d'après te croquis de Lofii s, TrareU and Ueiearehes in Chaldteit and Sutiana, p. ¥.iX. L'original, une petite stèle en terre cuite, eal conservé au Crilish Muséum. L'âge de celle rcprâtentiitioti est incertaine : Itamman eal debout »ur la montagne qui soutient le ciel.