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LE COSTUME DES HOMMES ET DES FEMMES

ment au cou comme un manteau, mais le plus souvent on la drapait en travers sur l'épaule gauche, puis on la ramenait sous l'aisselle droite, de manière qu'elle laissait le haut de la poitrine et le bras nus de ce côté. Elle faisait, somme toute, un vêtement commode et sain, excellent l'été contre le soleil, l'hiver contre les bises glacées du nord1. Des sandales aux pieds, sur la tête une calotte collante autour de laquelle on enroulait un linge, de façon à simuler un turban rudimentaire, complétaient cet équipement1. Se garnissait-on, comme en Egypte, de perruques et de barbes postiches? Certains monuments nous montrent des faces glabres et des crânes rasés de près ; sur d'autres, les hommes ont la chevelure flottante ou ramassée en chignon à la nuque3. Autant les peuples du Nil aimaient la toile blanche et légère, plissée ou gaufrée à peine, autant ceux de l'Euphrate paraissent avoir recherché les tissus lourds et bariolés d'ornements multicolores. Les rois se costumaient comme leurs sujets, mais d'étoffes plus riches et plus fines, teintes en rouge ou en bleu, décorées de fleurs, d'animaux ou de dessins géométriques*; une haute tiare en forme de tour leur couvrait le front5, ou le diadème de Sin et des autres dieux, la mitre conique armée d'une double paire de cornes, surmontée quelquefois d'une sorte de diadème de plumes et de figures mystiques, brodées ou peintes sur la coiffe6. Ils paraient leurs bras d'anneaux massifs et leurs doigts de bagues ; ils portaient un collier, des boucles d'oreilles, un poignard passé à la ceinture7. Garde-robe, bijoux, armes, insignes royaux, c'étaient autant de provinces distinctes dont chacune se sub-

1. Une des manières de porter l'abaye se voit sur la vignette insérée, en guise de lettrine, au commencement du chapitre VIII, à la p. 621 de cette Histoire.

2. Cf. la tête provenant d'une des statues de Tell oh, et qui est reproduite à la p. 613 de cette Histoire. On remarque la même coiffure sur un certain nombre d'intailles ou de monuments, ainsi sur la plaquette en terre cuite insérée à la p. 769 de cette Histoire, et qui représente un bouvier en lutte avec un lion. 11 faut jusqu'à nouvel ordre éviter de dire, comme le faisait G. Rawlinson, The Five Great Monarchies, 2* édit., t. 1, p. 105, que ce bandeau formant turban était en poil de chameau : la date de l'introduction du chameau en Chaldéc reste encore inconnue.

3. Les personnages ont la tête nue et le menton ras, par exemple sur les deux bas-reliefs figurés aux pages 608 et 707 de cette Histoire; cf. les têtes reproduites en cul-de-lampe aux p. 536, 622. Le chignon est fort reconnaissable sur la nuque du personnage central, dans la vignette reproduite à la p. 743 de cette Histoire. Sur les perruques égyptiennes, voir p. 54 de cette Histoire.

4. Les détails de couleur et d'ornementation que les monuments chaldéens nous refusent nous sont fournis par le tableau de Beni-Hassan, qui représente l'arrivée en Egypte d'une bande d'Asiatiques (cf. p. 468-469 de cette Histoire), et qui est antérieur d'assez peu au règne de Goudéa, à Lagash. La ressemblance des étoffes dont ces gens sont revêtus avec le costume chaldéen, et l'identité des dessins avec le décor géométrique en cônes peints du palais d'Ourouk (cf. p. 712 de cette Histoire) ont été indiquées fort justement par H. G. Tomkins, Studies on the Times of Abratuxm, p. 1 11 sqq., et I1ei> zey, les Origines orientales de l'Art, t. I, p. 27-28 (cf. Heuzey-Sarzec, Découvertes en C ha Idée, p. 82).

5. La haute tiare est représentée entre autres sur la tête de Mardouknàdinakhé, roi de Babylone; à propos de la mitre conique, coiffure de Sin, cf. ce qui est dit p. 545, 655 de cette Histoire.

6. Ainsi la divinité protectrice d'idinghiranaghin sur l'un des fragments de la Stèle des Vautours (Heczey-Sarzec, Fouilles en Chaldée, pi. 4, n^B-C; IIeuzey, les Origines orientales de l'Art, p. 71-72); cf. p. 606 de cette Histoire.

7. G. Rawlinmx, The Five Great Monarchies, 2"' edit., I. I, p. 98-99, 106-107.

720 LA CIVILISATION CHALDÊENNE.

divisiiit en départements moindres pour la lingerie, pour la blanchisserie, pour tel ou lel genre de coiffure ou de sceptre. La toilette des femmes n'exigeait pas moins de personne! ; elle s'approchait d'ailleurs singulièrement à celle des hommes. Comme les serviteurs mâles, les servantes allaient le buste à l'air, du moins dans la maison. Au dehors, c'était la même tunique ou le même pagne, maïs plus long et tournant au jupon ; c'était la même abave serrée aux épaules ou enroulée autour du corps en guise de i manteau, mais descendant presque à terre; on lui substituait H souvent une robe véritable, ajustée à la taille par une ceinture et coupée dans la même étoffe velue qui fournissait les abayes'. Les bottines étaient en cuir souple, lacées et sans talon, les bijoux plus nombreux que ceux des hommes, colliers, braelets, anneaux de pied, bagues, boucles d'oreille; les cheveux, séparés en bandeaux et maintenus sur le front par un ruban, tombaient en grosses nattes courtes ou se relevaient en catogan derrière la nuque1. Beaucoup de charges étaient aux mains d'esclaves étrangères ou indigènes, mais commandées le plus souvent par des eunuques, et des eunuques vaquaient, auprès du souverain et des princes royaux, à la plupart des devoirs de la vie domestique; ils gardaient les chambres à coucher, ils les rangeaient, ils éventaient ou émouchaient le maître, ils lui servaient à boire et à manger. L'Egypte ou ne les connaissait pas ïu ne les estimait guère : elle évita d'en user, même au temps iuv.uitr, où elle était en rapports journaliers avec l'Asie et où elle aurait

pu s'en approvisionner sur les marchés de Babylone. Chefs de la garde-robe, chambellans, échansons, porteurs du poignard royal ou du chasse-mouches, commandants des eunuques ou de la garde, leurs fonctions, en les attachant de près à la personne du souverain, leur fournissaient l'occasion journalière de gagner de l'influence sur son esprit et sur la direction de son gouvernement : il élisait souvent parmi eux ses généraux d'armée et les administrateurs de ses domaines*. Ici encore, ce que

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