LE MOBILIER, LA DÉCORATION DU PALAIS
gance et de raffinement ; ainsi, une aorte d'augette circulaire on pierre noire qu'on utilisait probablement à supporter un vase. Trois zones d écailles imbriquées en enveloppent la base, et sept figurines d'hommes accroupis s'adossent au rebord avec un air de satisfaction assez spirituellement rendu. Dans les salles les plus grandes, qui étaient destinées aux réceptions publiques et aux cérémonies officielles, la décoration, sans jamais assumer le caractère monumental qu'on observe en Egypte aux mêmes époques, admettait plus de richesse et plus de variété que dans les parties réservées à l'habitation. De petits tableaux en cal'*""™" brunâtre, encadrés dans la i raille ou fixés aux parois p des chevilles en terre cuite décorées d'inscriptions ' , représentaient de façon plus ou moins naïve le souverain officiant devant
une divinité', tandis que tumn a pidme mmi au fm.ui di t-luk*.
ses enfants et ses serviteurs l'accompagnaient de leurs chants. Des briques, recouvertes de légendes qui célébraient ses exploits, s'étalaient ça et là en bonne vue. On ne les noyait pas comme les autres entre deux lits de bitume ou de chaux, mais on les exposait bien en évidence sur des statuettes en bronze de divinités ou de prêtres, enfoncées dans le sol ou dans la maçonnerie : c'étaient des clous magiques destinés à les garantir de la destruction, et, par suite, à conserver saine et sauve la mémoire du dédicateur. Des stèles gravées aux deux faces rappelaient les guerres du temps passé, le champ de bataille et les scènes d'horreur qui s'y déroulaient, le retour du vainqueur et son triomphe*. Des statues assises, debout, en diorite, en grès siliceux, en calcaire dur, la robe et les épaules chargées d'écriture, perpétuaient les traits du fondateur ou des membres de sa famille et commémoraient les donations pieuses qui lui
loHiirhru (iriiber in Surijliut und Ei-Hibba, dai Une cheville de ce ("enre, provenant des fouilles m Chaldée, pi. 38), est reproduite comme cul-i t. Heliici-Sahiec, Découvertes en t'.haldée, p. Iti' découvert' par M. de Snnec, dans le* Complet rendu» île V Académie des Inscriptions et Beltcj-Leltres. I8M, p. 341-31*. 316. 347 : deux de ces lableaux sont reproduils p. 608. 71V7 de celle Histoire.
3. Destin de Faucher-Gudiu, d'après HrxiKi-SHuKr., Découvertes en fÛiildéf, ïil.-il, n-3, et p. 161-lfi*
4. Ainsi la stèle du roi Idingbiranaghin, dite Stèle des Vautours : et. p. 6II6-IH18 de cette llùtoire.
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avaient valu la faveur des dieux : le palais de Lagash en contenait des dizaines, dont plusieurs nous sont parvenues presque intactes, une du vieil Ourbaou, et neuf de Goudéa1.
A en juger l'espace bâti et le nombre ou la distribution des chambres, les vicaires de Lagash et les chefs des autres villes secondaires se contentaient à l'ordinaire d'une domesticité assez restreinte; leur cour ressemblait probablement à celle des barons égyptiens qui vivaient à peu près vers le même temps, Khnoumhotpou de la Gazelle ou Thothotpou d'Hermopolis*. Dans les grandes cités telles que Babylone, les palais occupaient une aire beaucoup plus vaste, et l'armée des courtisans ne devait le céder en rien à celle qui se pressait autour des Pharaons. Nous n'en possédons plus le dénombrement exact, mais les titres que nous en avons montrent avec quelle minutie on définissait les offices qui touchaient à la personne du souverain'. Son costume seul exigeait presque autant d'employés qu'il comptait de pièces. Les hommes s'habillaient du pagne léger ou de la tunique à manches courtes qui ne descendait guère au-dessous du genou; comme les Egyptiens, ils jetaient, par-dessus le pagne ou la tunique, une vaste abaye dont la coupe et la matière variaient au caprice de la mode. Ils choisissaient souvent pour cet usage une sorte de châle uni, mais frangé ou garni d'un liséré plat, souvent aussi ils le préféraient côtelé ou plissé artificiellement dans le sens de la longueur4. Toutefois l'étoffe favorite aux temps anciens était une toile ou un lainage poilu et floconneux, dont les mèches tantôt droites, tantôt ondulées et tordues, mais serrées en rangs épais, s'étageaient par couches régulières semblables à des volants superposés5. On pouvait l'adapter carré-
1. Heuzey-Sarzec, Découvertes en Chaldée, p. 77 sqq., où la description de ces monuments est donnée tout au long : voir les statues de Goudéa aux p. 611, 613 de cette Histoire.
2. Cf. les p. 523-526 de cette Hittoire pour ces deux personnages en particulier, et les p. 295-301 pour ce qui est de la condition générale des barons égyptiens.
3. Le seul document qui pourrait nous fournir sur la hiérarchie des fonctions chaldéennes les renseignements analogues a ceux que le Papyrus Hood nous fournit sur la hiérarchie égyptienne (cf. p. 277, note 4 de cette Histoire) est la liste publiée dans Rawlinsox, Cuti. Ins. W. As., t. II, p. 31, n° 5, interprétée par Fr. Delitzsch, Assyrische Studien, t. I, p. 128-135, et par Oppert-Mknaîst, Documents juridiques de V Assyrie et de la Chaldée, p. 71-78, avec beaucoup de lacunes et d'incertitudes. Elle a été écrite sous les Sargonides, mais l'orthographe des noms qu'elle contient indique une origine chaldéenne : une partie des charges civiles et religieuses qu'on rencontrait à la cour des rois d'Assyrie n'étaient que la reproduction des charges similaires qui existaient à celle de Babylone.
4. Le costume relativement moderne a été décrit par Hérodote, I, cuv; l'ancien lui était presque identique, comme le prouvent les représentations des cylindres et les monuments de Telloh. La tunique à manches courtes y est plus rarement représentée, et le pagne est caché d'ordinaire par l'abaye chez les nobles et les rois. On voit les princes de Lagash revêtus du pagne simple, sur les monuments d'Our-ninâ par exemple (Hei'zey-Sarzec, Découvertes en Chaldée, pi. 2, n* 1-2, et Heczey, Nouveaux Monuments du roi Our-nina, dans les Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1892, p. 342, 343, 34-4). Sur l'abaye égyptienne et la façon de la figurer, cf. p. 55-57 de cette Histoire.
5. C'est, comme M. Hcuzey l'a montré très ingénieusement (les Origines orienta/es de VArt, t. I. p. 120-136). l'étoffe à laquelle les Grecs donnèrent plus tard le nom de kaunahês.