L'ADMINISTRATION ROYALE. TU
la rareté des monuments et l'obscurité des testes nous laisse entrevoir indique une organisation civile et militaire analogue à celle des Egyptiens : les divergences considérables que les contemporains pouvaient constater entre le régime des deux peuples s'effacent dans l'éloignement, et les ressemblances s'accentuent à nos yeux. Comme les transactions s'opéraient par échange de marchandises contre d'autres marchandises ou contre des quantités p— '— de métaux précieux, l'impôt se payait nécessairemen nature : le blé et les céréales, les dattes et les fruits, étoffes, les animaux vivants, les esclaves, en composait matière ainsi que l'or et l'argent, le plomb et le cuivr bruts, coulés en briques, façonnés en instruments ou ei vases ciselés. On rencontrait donc partout pour les besoins du fisc, dans les villes ou dans les campagnes, des entrepôts dont le service exigeait des bataillons de fonctionnaires et de manœuvres : les ministres du blé, des bestiaux, des métaux nobles, du vin et de l'huile, autant de ministres que le pays pratiquait de cultures et d'industries, centralisaient les produits à la résidence et en réglaient la répartition'. Ils en consacraient le principal au traitement des employés et à la solde des
ouvriers requis pour exécuter les travaux : le reste costi-me de un culmmk*. s'accumulait dans le trésor, et y préparait des réserves auxquelles on ne touchait qu'en des cas de nécessité extrême. Chaque palais recelait, outre ses chambres d'habitation, de véritables dépôts de provisions et d'outils qui faisaient de lui une forteresse munie des ressources indispensables pour prolonger un siège contre une troupe ennemie ou contre des sujets révoltés1. Le prince entretenait toujours à ses côtés des bandes
noms de plusieurs d'outre elles figurent dans les liste» don! la rédaction première semble nous reporter très haut (rUwLJKSON, V.un. In; IV. A»„ t. tl. pi. 31, n- 5, col. i. I. II. et col. v, I. ï!t, le portepoignard, col. i. 1. 8-10, les «chantions; cf. Dilitisck, Aayriiehe Studien, I. I, p. 13Ï; Om«T-MBMJiT, Ut Documente juridique» de fAuyrie et de ta Ckaldée, p. 71, U). Sur le même personnel à la cour de Pharaon et près des nohles égyptiens, cf. ce qui est dit aux pages STI-ÎBO de celte Ilutoire.
1. Toutes ces fonctions et tous les services qu'elles supposent nous sont connus par la liste de ■UwLiaxn, Cun. Int. IV. At., t. Il, pi. 31, n* B, dont il vient d'être question dans la noie précédente : les miniâlrci du blé (col. il, I. ï} et det métaux précieux (col. il. I. 3). les chefs de» eignet (col. m. I. ii] et de» troupeaux de bœuf» (col. vi, 1. *) ou d'oiteaux (col. vu, 1. S).
î. Dessin de Faurhrr-Giidin, d'aprtt ta statuette en albâtre du Limrre, publiée dam HeritY, les Originel orientât™ de l'Art, t. I. pi. V. Elle tient à la main l'ampoule pleine d eau analogue au vase jaillissant cité plus haut, p. Tlï (cf. UeuinY, les Originel orientait* de l'Art. I. I, p. 157 sqq.l.
3. Pour les charges militaires de l'époque assyrienne, voir le commentaire de l'a. Delitisck, Auyrucke Sludien, t. I, p. liB-139, sur la liste de" Rjwlimpoii, Cun. Int. IV. Ai., t. Il, pi. 31, n>5; la plupart d'entre elles remontent ii l'époque chaldéenne, roromi; le prouve la forme même des noms.
de soldats, peut-être étrangers comme les Mâzaiou des armées pharaoniques, et qui formaient sa garde permanente en temps de paix. Dès qu'une guerre menaçait, il les appuyait d'une milice levée sur ses domaines, sans que nous sachions si le recrutement atteignait la population entière indistinctement, ou seulement une classe spéciale, du genre de celle des guerriers qu'on rencontrait en Egypte, et rétribuée de même par la concession d'un fief. L'équipement était rudimentaire : point de cuirasses, mais un bouclier rectangulaire, et, au moins chez les personnages de condition, le timbre conique en métal, probablement en cuivre battu, garni d un couvre-nuque; dans la grosse infanterie, la pique avec une pointe en bronze ou en cuivre, une hache ou une herminette tranchante, une massue à tête de pierre, un poignard; dans les troupes légères, l'arc et la fronde1. Le roi combattait déjà vers le xxx° siècle sur un char attelé d'onagres, peut-être de chevaux; il avait son arme spéciale, un bâton recourbé terminé probablement d'une pointe métallique, et comparable au sceptre des Pharaons1. Les arsenaux renfermaient ce matériel en quantités considérables, magasins des arcs, magasins des masses, magasins des piques : il n'était pas jusqu'aux pierres de fronde qui n'eussent leur réduit particulier8. On distribuait au commencement de chaque campagne ce qu'il fallait aux levées nouvelles; la guerre terminée, les hommes rapportaient leurs harnois jusqu'à l'occasion prochaine. La bravoure des soldats et des chefs recevait alors sa récompense : pour les uns, un lot du butin, des bestiaux, de l'or, du blé, une esclave, des ustensiles de prix; pour les autres, des terres et des villes en pays conquis, selon le rang des bénéficiaires et la valeur des services rendus. Les biens ainsi donnés l'étaient à titre héréditaire, et il s'y joignait souvent des privilèges qui égalaient le titulaire à une manière de souverain au petit pied : aucun officier royal n'avait le droit de les grever d'un impôt, d'y prendre des bestiaux, d'y réquisitionner des vivres; aucune troupe ne pouvait y pénétrer, même pour y arrêter un fugitif4. La plupart des familles nobles possédaient des domaines de ce genre et constituaient, dans chacun des
1. Voir le cylindre reproduit p. 723, où est figuré un soldat conduisant une bande d'hommes et de femmes prisonniers; cf. également les débris de la Stèle des Vautours, p. 606 de cette Histoire.
t. C'est à peu près le houqou des Égyptiens (cf. p. 60, note 3 de cette Histoire) que l'on connaît surtout sous la forme qu'il avait prise aux derniers temps, mais dont plusieurs variantes sont identiques à l'arme chaldéenne. M. Heuzey préfère y voir une arme de jet, peut-être analogue au boumérang.
3. La liste de Kawlinson, Cun. Ins. W. As., t. II, pi. 31, n° 5, donne ainsi le Préposé aux arcs (col. vi, 1. 6), le Gardien des pierres de fronde (col. vi, 1. 7; cf. Oppert-Menant, les Documents juridiques de V Assyrie et de la C ha Idée, p. 75), et d'autres chefs d'arsenaux analogues dont les titres sont incertains. Place a trouvé à Khorsabad des magasins considérables d'outils en fer et en cuivre (Place. Ninire et l'Assyrie, t. 1, p. 84-90) qui nous montrent ce que pouvaient être ces dépôts d'armes.
4. Tous ces renseignements sont empruntés à l'inscription de Rawlinson, Cun. Ins. \Y. As., t. V,