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LES GRANDES DIVISIONS DE L'HISTOIRE

thébaine, la XVIIIe, qui ouvrit l'ère des conquêtes lointaines; mais, dès la XIXe, un mouvement inverse à celui qui s'était produit vers la fin de la première période reporta peu à peu le centre de gravité vers le Nord du pays. A partir de la XXIe dynastie, Thèbes cessa de tenir le rang de capitale : Tanis, Bubaste, Mendès, Sébennytos, surtout Sais, se disputèrent la suprématie, et la vie politique se concentra dans les régions maritimes. Ceux de l'intérieur, ruinés par les invasions éthiopiennes et assyriennes, perdirent leur influence et dépérirent progressivement ; Thèbes s'appauvrit, se dépeupla, tomba en ruines et ne fut plus bientôt qu'un rendez-vous de dévots ou de curieux. L'histoire de l'Egypte se divise donc en trois périodes, dont chacune correspond à la suzeraineté d'une ville ou d'une principauté :

I. — Période Memphite, ce qu'on appelle ordinairement Y Ancien Empire, de la Ire à la Xe dynastie : les rois d'origine memphite dominent pendant la plus grande partie de cette époque sur l'Egypte entière.

II. — Période Thébaine, de la XIe à la XXe dynastie. Elle est séparée en deux parties par l'invasion des Pasteurs (XVIe dynastie) :

a. Premier Empire Thébain (Moyen Empire), Xle-XVe dynasties;

b. Nouvel Empire Thébain, depuis la XVIIe jusqu'à la XXe dynastie.

III. — Période Saïte, de la XXIe à la XXXIe dynastie, coupée en deux tronçons inégaux par la conquête persane :

a. ha première période Saïte, de la XXIe à la XXVIe dynastie ,

b. La seconde période Saïte, de la XXVIIIe à la XXXe dynastie.

Les Memphites avaient créé le royaume. Les Thébains jetèrent l'Egypte au dehors et firent d'elle un État conquérant : pendant près de six siècles, elle domina sur le haut du Nil et sur l'Asie Occidentale. Sous les Saïte s, elle rentra peu à peu dans ses frontières naturelles, et, d'agressive devenue assaillie, se laissa écraser tour à tour par tous les peuples qu'elle avait opprimés1.

Les monuments ne nous apprennent rien encore aes événements qui la réunirent entre les mains d'un seul homme ; on devine seulement que les principautés féodales s'assemblèrent peu à peu en deux groupes dont chacun composait un royaume à part. Héliopolis fut au Nord le foyer principal d'où la civilisation rayonna sur les plaines grasses et sur les marais du Delta. Ses

1. La division en Ancien, Moyen et Nouvel Empire, proposée par Lepsius, a le défaut de ne pas tenir compte de l'influence que le déplacement des dynasties exerça sur l'histoire du pays. Celle que j'adopte ici a été indiquée pour la première fois dans la Hevue critique, 1873, t. I, p. 82-83.

collèges de prêtres avaient recueilli, condensé, ordonné les mythes principaux des religions locales : l'Ennéade qu'elle conçut n'aurait pas obtenu le succès qu'il faut bien lui reconnaître, si ses princes n'avaient exercé pendant quelque temps au moins une suzeraineté réelle sur les plaines voisines1. C'est autour d'elle que le royaume de la Basse-Egypte s'organisa : tout y porte la trace évidente des théories héliopolitaines, le protocole des rois, leur descendance supposée de Râ, le culte passionné qu'ils rendent au Soleil. Le Delta, par sa forme courte et ramassée, était disposé merveilleusement pour subir une influence unique : la vallée proprement dite, étroite, tortueuse, allongée comme en lanière mince sur les deux rives du fleuve, ne se prêtait pas à une aussi complète uniformité. Elle composait, elle aussi, un seul royaume qui avait le jonc ^ et le lotus % pour emblèmes, mais d'une texture plus lâche, d'une religion moins systématique, sans cité assez bien placée pour servir de centre politique ou sacerdotal. Hermopolis possédait des écoles de théologiens qui jouèrent certainement un grand rôle dans la mise en œuvre des mythes ou des dogmes; mais la puissance de ses maîtres ne s'étendit jamais bien loin. Siout leur disputait l'hégémonie dans le Sud, Héracléopolis leur barrait le chemin du Nord : les trois cités se contrarièrent, se neutralisèrent l'une l'autre, et ne parvinrent jamais à jouir d'une autorité durable sur la Haute-Egypte. Chacun des deux royaumes avait ses avantages naturels et son système de gouvernement, qui lui laissaient une physionomie particulière, et qui firent de lui comme une personne distincte jusqu'aux derniers jours1. Celui du Sud était plus puissant, plus riche, plus peuplé, commandé, ce semble, par des chefs plus actifs et plus entreprenants. C'est à l'un d'eux, Mini ou Menés de Thinis, que la tradition attribuait l'honneur d'avoir fondu les deux Ëgyptes en un seul empire et d'-avoir inauguré le règne des dynasties humaines. Thinis comptait à l'époque historique comme une des moindres parmi les cités égyptiennes. Elle végétait péniblement sur la rive gauche du Nil, sinon à la place même où Girgéh s'élève aujourd'hui, du moins à fort petite distance de cette ville'. La principauté du Reliquaire Osi-

1. Cf. ce qui est dit d'Iléliopolis, de sa position et de ses ruines, aux p. 135-136 de cette Histoire.

2. Voir, sur ce point, les considérations que M. Erra an a développées avec beaucoup de force dans son &gypten% p. 32 sqq.;je crois pourtant, contrairement à l'opinion qu'il exprime (p. 128), que le royaume du Nord a reçu de très bonne heure une organisation politique aussi ferme et aussi complète que celle du royaume méridional (Maspero, Etudes Égyptiennes, t. Il, p. "2-4-4 sqq.).

3. L'emplacement de Thinis n'est pas encore connu de façon certaine. Il n'est ni au Kom-es-Sultàn, ainsi que Mariette l'imaginait (Kotice des principaux Monuments, 1864, p. 285), ni à El-Kherbéh, selon l'hypothèse d'A. Schmidt {Die Griechischen Papyrus-Urkunden der Kôniglichen Bibliolhek zu Berlin, p. 69-79). Brugsch a proposé de le fixer au village de Tinéh (Geogr. Inschriften, t. I, p. 207) près Berdis, suivi en cela par Dûmichen (Geschichte AL<jyplen&, p. 154). La tendance actuelle est de le

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