PLAN DES RUINES D ABYDOS, LEVÉ PAR MARIETTE EX 18C5 ET EN
comme toutes les formes du Soleil, à une déesse lionne ou à tête de lionne, à une Sokhît, qui prenait pour la circonstance l'épithète de Mihit, la septentrionale*. Une partie des morts de la cité reposait de l'autre côté du Nil, auprès du village moderne de Méshéikh, au pied de la chaîne Arabique, dont les falaises abruptes rangent ici le fleuve d'assez près3 : la nécropole prin-
reconnaitrc soit dans Girgéh même, soit dans un des bourgs voisins de Girgéh, Birbéh par exemple, où il y a des ruines antiques (Mariettk-Maspf.ro, Monuments divers, texte, p. 26-27 ; Sayce, Gleanings from the land of Egypt, dans le Recueil de Travaux, t. XIII, p. 63); c'était l'opinion de Champollion et de Nestor Lhôte (Recueil de Travaux, t. XIII, p. 72, Lettres écrites d'Egypte, p. 88, 125). Je rappelle que, dans un passage d'Ilellanicos souvent cite (fragm. 130, édit. MOller-Didot, Fragmenta HUtoricorum Grxcorum, t. I, p. 66), Zoëga corrigeait la leçon Ttv&tov ovou,oc en @ïv 8è oi ovou.a, qui nous rendrait une fois de plus te nom de Thinis : la mention de cette ville comme étant è7ri7roTauir(, située sur le fleuve, serait une preuve nouvelle pour l'identification avec Girgéh.
1. Dès la XI* dynastie, les seigneurs d'Abydos et de Thinis portent officiellement, en tête de leurs inscriptions, le titre de maîtres de l'Oasis (Brit.sch, Reise nach der Grossen Oase el-Khargeh, p. 62).
2. Sur Anhouri-Shou, cf. ce qui est dit aux p. 99, 101, 140-1 41, de cette Histoire.
3. Je l'ai explorée après Mariette. Le principal des tombeaux de la XIX* dynastie qu'elle renferme a été publié en partie dans Mariette, Monuments divers, pi. 78 et p. 26-27; plusieurs autres, qui remontent à la VIU dynastie, ont été signalés par Nestor Lhôte (Recueil de Travaux, t. XIII, p. 71-72) et par Sayce (Gleanings from tlie land of Egypt, dans le Recueil de Travaux, t. XIII, p. 62-65).
cipale était assez loin vers l'Ouest, auprès de la ville sainte d'Àbydos. Il semble qu'Abydos ait été au début la capitale du pays, car le nome entier porte le même nom qu'elle et avait adopté pour ses armes l'image du Reliquaire où dormait le dieu : elle déchut très anciennement et céda son rang politique à Thinis, mais sans que son importance religieuse diminuât. Elle occupait une bande de terre étroite et longue entre les premières pentes de la montagne Libyque et le canal. Une forteresse en briques la défendait contre les incursions des Bédouins1, et le temple du dieu des morts dressait tout à côté ses murailles nues. Anhouri, passé de vie à trépas, y recevait un culte sous le nom de Khontamentit, le Chef de la région Occidentale où les âmes pénètrent au sortir de notre terre*. Par quelle rencontre de doctrines ou par quelle combinaison politique, ce Soleil de nuit en vint-il à s'allier avec l'Osiris de Mendès, nul ne le sait, car la fusion remonte fort haut dans le passé; elle était un fait accompli depuis longtemps au moment où l'on rédigea les plus vieux livres sacrés. Osiris Khontamentit crût rapidement en popularité, et son temple attira chaque année des pèlerins plus nombreux. La grande Oasis avait passé au début pour une sorte de paradis mystérieux, où les morts allaient chercher le bonheur et la paix. On l'appelait Ouït, le Sépulcre; ce nom lui demeura après qu'elle fut devenue une province de l'Egypte vivante3, le souvenir de son ancienne destination survécut dans l'esprit du peuple, et la Fente, la gorge de la montagne par laquelle les doubles s'acheminaient vers elle, ne cessa jamais d'être une des portes de l'autre monde. Les esprits y affluaient de tous les points de la vallée vers les fêtes du Nouvel An; ils y attendaient l'arrivée du Soleil mourant pour s'embarquer avec lui et pour pénétrer sans danger dans les domaines de Khontamentit1. Abydos fut dès avant l'histoire la seule ville et son dieu le seul dieu dont le culte, pratiqué de tous les Égyptiens, leur inspirait à tous une égale dévotion.
Cette sorte de conquête morale fit-elle croire plus tard à une conquête matérielle par les princes de Thinis et d'Abydos, ou bien un fonds d'histoire véritable se cache-t-il sous la tradition qui leur attribue l'établissement de la monarchie unique? C'est le Thinite Menés que les annalistes thébains assi-
1. C'est le Kom-es-Sultàn d'aujourd'hui, où Mariette espérait trouver le tombeau d'Osiris.
2. Maspero, Etudes de Mythologie et d' Archéologie Egyptiennes, t. II, p. 23-24.
3. Encore à l'époque persane, la tradition antique a son écho dans le nom d'Iles des bienheureux (Hérodote, 111, xxvi) qu'on donnait à la Grande Oasis. Un passage d'inscription nous montre les âmes se rendant à l'Oasis de Zoszes (Brugsch, Iiei*e nach der Grossen Oase, p. 41, et Dict. Geogr.t p. 101)2), qui est une partie de la Grande Oasis, et que l'on considérait ordinairement comme étant un séjour des morts (Maspero, Études de Mythologie el d'Archéologie Égyptiennes, t. Il, p. 421-427).
4. Voir ce qui est dit à ce sujet aux p. 196-198 de cette Histoire.