‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 2)Chapitre 31 sur 176 · I.* e»toBlMitt«ii sld^ttleBiM et r Asie nlaeare · texte numérisé non relu

I.* e»toBlMitt«ii sld^ttleBiM et r Asie nlaeare

De tous les peuples de Syrie les Phéniciens étaient celui qui avait le mieux profité de la conquête égyptienne^ Placés en dehors de la route ordinaire des armées, ils n'atalent pas à souffrir de leur passage non plus que des péripéties de la lutte, comme les autres nations de Canaan. Les gens d'Ârâd et de Simyra avaient, sous Thotmès m, pris part aux révoltes des Rotennous, et avaient été châtiés d'une manière qui leur avait ôté l'enrie de recommencer* Gebel et Bérouth, Sidon et Tyr, étaient restées fidèles à leurs maîtres étrangers depuis le temps de Thotmès I*' jusqu'à celui de Ramsès H. Elles avaient acquis le privilège de faire le commerce en Egypte pour le compte des étrangers, et à l'étranger pour le compte de TBgypte. &râce à ce privilège, Sidon, qui avait succédé aux GibUtes dans la suprématie de la nation phénicienne, avait pu développer sa marine et était parvenue au plus haut point de richesse et de gloire.

Le commerce des Phéniciens avec les peuples du dehors se faisait à la fois par terre et par mer, au moyen de caravanes et sur des vaisseaux. Toutes les route«> qui, des grands marchés de l'extrême Orient, de l'Inde, de la Bao-

ainsi qu*à Ibsamboul, Louqsor, Karnak, et au Ramesselon. La traduction est de M. de Rougé, Recueil de travaux^ 1870, t. I. p 1-8.

LIBRAnUE HACHETTE Or CV»

A'jsiite par J. CatiHier .

triane, de la Chaldée, de TArabie, des régions du Caucase, se dirigeaient vers l'Occident, venaient aboutir à Sidon et à Tyr. n est assez difficile de savoir si les marchands phéniciens allaient chercher eux-mêmes l'or des monts Altaï et les produits du Gange, ou s'ils se contentaient de tirer leurs denrées des entrepôts intermédiaires de l'Arabie et de la Cihaldée. Ce qui est certain, c'est qu'ils s'étaient établis aussi loin que possible sur les grandes voies du commerce et en avaient occupé les points principaux au gué des rivières et au défilé des montagnes*. Lais, aux sources du Jourdain, non loin de Tendroit où la route qui mène d'Egypte en Assyrie passe de la Syrie méridionale dans la Ciœlé-Syrie, était une colonie deSidoniens*. Hamath, dans la vallée de TOronte , Thapsaque, au gué de l'Euphrate', Nisibis*, près des sources du Tigre, passaient pour êtrede fondation phénicienne. Ces villes, et d'autres encore dont l'histoire n'a pas gardé souvenir, étaient comme autant de jalons que les marchands de Sidon avaient plantés sur la route de leurs caravanes, et d'entrepôts où ils amassaient les produits des régions environnantes pour les diriger sur leurs magasins du Liban.

Mais Hamath, Nisib, Thapsaque, perdues au milieu des terres, n'étaient pas à proprement parler des possessions sidoniennes : c'étaient des comptoirs dépendants des princes ou des tribus voisins, nullement de la métropole. Le commerce maritime avec les peuples méditerranéens amena, au contraire, la création d'un véritable empire colonial. L'histoire et les progrès de cette colonisation, qoi fit de la Méditerranée une mer phénicienne, ne nous sont qu'imparfaitement connus : les documents et les relations que renfermaient à ce sujet les archives de Tyr et de Sidon sont aujourd'hui détruits, comme les ouvrages que les écrivains d'époque gréco-romaine avaient composés à leur aide. Presque tout ce que nous savons nous est parvenu sous forme de mythe. On contait que Melkarth,

1. Mofers, Die Ph&iUxi«r, t. II, 2** Thell, p. 159-165. — 2. Josué, xm, 6; Jugei, x?in, 7-8. — 3. Movers, Die Phônixier, t. II, %'" Theil. p. 164.— 4. Et de Bysance, s. t.^ NCai^K.

l'Hercule tyrien, avait rassemblé une armée et une flotta noïïj^breuse dans le dessein de conquérir Tlbérie, /OÙ ré-^ gnait Khrysaor, jQls de Géryon. Il avait soumis, chemia faisant, l'Africpie, y avait introduit l'agriculture et fondé la; ville fabuleuse d'Hécatompyles, franchi le détroit auquel il donna son nom, bâti Grades et vaincu l'Espagne. Aprèsi avoir enlevé les bœufs mythiques de Gréryon, il était revenu en Asie par la Gaule, Tltalie, la Sardaigne et la Sicile. A cette tradition d^ensemble qui résume assez bien les principaux traits de la colonif>ation phénicienne, venaient se joindre mille traditions locales. C'était Kinyras à Chypre et. à Mélos; c'était Europe enlevée par Zeus, Kadmos, envoyé à la recherche de sa sœur, visitait Chypre, Rhodes, les Gyclades, bâtissait la Thèbes de Béotie, et allait mourir en lUyrie. Partout où les Phéniciens avaient été, la grandeur et l'audace de leurs entreprises avaient laissé dans rimagination du peuple des traces ineffaçables. Leur nom^. leurs dieux, le souvenir de leur domination, étaient passés à l'état de légendes, et c'est avec ces légendes mêlées de. fables qu'on parvient à reconstruire eu partie l'histoire perdue de leurs découvertes.

A peine établis dans leur nouvelle patrie, les Phéniciens s'étaient jetés à la mer. Les Giblites avaient les premiers lancé leurs colonies sur les côtes environnantes*. Les Sidoniens, vainqueurs des Giblites, avaient continué et poussé plus loin leurs explorations : après avoir occupé les embouchures de l'Oronte, ils avaient débarqué à Chypre. Au jugement des anciens, Chypre n'était inférieure à aucune des îles du monde alors connu *^. Elle est longue d'environ soixante lieues et large en moyenne de vingt ; elle projette vers le nord-est une péninsule étroite et assez semblable à un doigt tendu vers l'embouchure de l'Oronte. Elle est traversée par une chaîne de montagnes peu élevées et possède quelques plaines favorables à la culture. , Boisée dans l'antiquité', elle a été peu à peu dénudée par

1. Moverg, Vie Phônixier, t. II, 2'«' Theil, p. 103 sqq. — • 2. Str bon, 1. XIV, 6 ; Eustathe, Àd Dionys., v. 508. — 3. Ératosthène dans Strabon, 1. XIV, 6.

k iflam de rhotnme. Le sol est généralement fertile , produit iù blé en quantité suffisante pour la nourriture dei* hâ^bitants et se prête à Télève de la vigne et de Tolivier ; sa principale richesse est dans ses mines. Les collines de. 'Rimaseos renfermaient tant de cuivre, que les Romains prirent Thabitude de donner à ce métal le nom de cypriimt, qui est paséé depuis dans touted les langues de l'Europe. Dès le moment de l'arrivée des Phéniciens en Syrie, Chypre» fut peuplée par deux rameaux de la race chananéenne : les Haïnathites et les Khittites ou Kittites, qui refoulèrent à l'intérieur les aborigènes et fondèrent lés deux villes d'Hamath (Amathonte) et Kition. Des immigrations fréquentes vinrent renforcer les envahisseurs, et finirent par livrer toute l'île aux Phéniciens. Byblos fonda sûr la côte ouest le grand sanctuaire de Paphos ; Golgos, Lapethos, Kouriori, Karpasia, Tamassos, s'élevèrent sur différents points et formèrent autant de petits États indépendants gouvernés par des rois. D'abord soumis à l'influence de Byblos, les royaumes de Chypre passèrent sous l'autorité de Sidon. Ils reçurent des colonies sidoniennes qui assurèrent leur soumission à la métropole et achevèrent de faire de l'île un pays sémitique*.

Vers le sud, les Phéniciens ne formèrent pas d'établissements durables. Ils eurent des postes fortifiés sur la côt^ méridionale de la Syrie, à Dor, à Joppé, à Ascalon, au mont Gasios, sur la frontière de l'Egypte. Au delà du mont Casios, leur pouvoir s'arrêtait : Pharaon n'aurait jamais pennis à des étrangers de posséder, des forts ou des comptoirs indépendants sur son territoire, à l'embouchure de son fleuve. Ils durent se contenter d'avoir dans les grandes villes du Delta, à Tanis, à Bubaste, à Mendès, à Sais, des entrepôts relevant de l'autorité égyptienne. Leurs, magasins, établis à Memphis, au quartier Ankhtaoui, acquirent un développement considérable et devinrent une véritable ville ^. D'Egypte leurs vaisseaux s'a-

l. Movere, Die Phônizier, t. II, 2"'- Theil, p. 203-246. — 2. Brugsch, dans la ZeUschrift fur œgyptische Sprache, 1863, p. 9.

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vancèrent vers Toueat le long de TAfrique , mais d*abord fians grands résultats : les côtes inhospitalières de la Marmarique durent arrêter pour quelque temps de ce côté l'essor de la colonisation.

Aussi bien les pays du nord offraient aux marins de Byblos et de Sidon un vaste champ d'explorations et d'aventures. Un peu au delà de TOronte, le rivage tourne vers Touest et ne quitte plus de longtemps cette direction : la Syrie cesse, l'Asie Mineure commence. De même que les pays de TAsie antérieure, elle affecte la forme d'un plateau massif, borné de tous les côtés et sillonné par de puissantes chaînes de montagnes : c'est comme « un petit Iran qui s'élève du sein de trois mers », la Méditerranée, la mer Egée et le Pont-Euxin *. Au sud, le plateau est borné par le Tauros; au nord, par une chaîne de moindre hauteur, détachée du Caucase, qui court parallèlement à la mer Noire et se termine à l'Olympe de Mysie, entre Nicée et Dorylée. Une ligne de collines peu élevées rejoint le Tauros à l'Olympe et traverse la Péninsule en diagonale du sud-est au nord-ouest ; à l'est , le pays est adossé à l'Euphrate et au massif montagneux de l'Arménie. Les eaux qui descendent à l'intérieur vers le centre du plateau n'arrivent pas toutes à la mer. Seuls, le Pyramos et le Saros au sud, l'Iris, THalys et le Sangarios au nord, ont assez de force pour se frayer un chemin à travers l'épaisse barrière qui les sépare du rivage. Les autres rivières se terminent dans des bas-fonds, où elles forment des marais et des lacs analogues aux lacs de l'Iran et de la Tartarie. Le

S lus grand de ces lacs, le Tatta, est salé, et varie d'étenue selon les saisons.

« Nulle part plus qu'en Asie Mineure on n'observe le contraste de la région de l'intérieur et de celle du littoral. La côte est comme une autre terre, soumise à d'autres lois que l'intérieur^. » Dans la région occidentale, ce sont de larges vallées ouvertes à l'ouest et arrosées par des fleuves tra-

1. « "Wie ein kleines Iran baut es sich aus der Mitte dreier Meere auf « (E. Curtius, Griechische Geschiehte, t. I, p. 5). — 2. E. Curtius^ JHe loniervorder lonischer Wanderung, p. 9.

Tailleurs dont les alluvions empiètent chaque année sur la mer : le Kaïkos, THermos, le Gaystre, le Méandre. Tous ces fleuves roulaient Tor en abondance, au moins dans la haute anti({uité; ils sont séparés l'un de l'autre par des lignes de montagnes qui se dressent subitement sur la surface unie de la plaine comme des lies à la surface de TOcéan, le Messogis {Kastaneh-dagh)j entre le Méandre et le Gaystre; le Tmôlos {KisilicHmoma-dagh), entre le Gaystre et THermos. La côte, profondément dentelée, est semée de grandes îles fertiles : Lesbos, Ghios, Samos, Gos, Rhodes, la plupart assez rapprochées du continent pour en commander les débouchés, assez éloignées de lui pour être à l'abri d'une invasion soudaine. Terroir riche en blés, en vignes, en olives, comme en marbres et en métaux, ports nombreux eit sûrs, la région occidentale de l'Asie lïjineure réunissait tous les avantages d'un pays de culture et d'un pays de commerce : elle devait devenir le siège de peuples à la fois laboureurs et marins, producteurs et marchands. Elle était enserrée entre deux groupes de montagnes détachés du plateau central : au nord, l'Ida, couvert de forêts, riche en métaux, riche en troupeaux; au sud, les cimes volcaniques de la Lycie, où la tradition plaçait la chimère au souffle de flamme. A l'ouest de la Lycie et au sud du Tauros s'allongeait une côte abrupte, interrompue par l'embouchure de torrents qui descendent à pic du sommet de la montagne à la mer, et forment autant de petites vallées parallèles l'une à l'autre. Vers l'extrémité orientale, à peu

!>rès à l'angle déterminé par la rencontre de la Gilicie et de a Syrie, les efforts réunis du Pyramos et du Saros avaient créé une vaste plaine d'alluvions, à laquelle les anciens avaient donné le nom de Gilicie plane [Cilicia campestris)^ par opposition aux régions pierreuses du Tauros [Cilicia Trachœa).

> Toutes les races du monde antique semblent s^être donné rendez-vous en Asie Mineure. Au début de l'histoire on y trouve les Touraniens et les Koushites établis chacun selon ses instincts nationaux, les Touraniens sur les côtes du Pont et sur le plateau central, dans un pays

de montagnes et de mines; les Koushîtes sur le versant de la mer Egée, dans des régions propres à la CHiture et au commerce maritime. Les Koushites disparurent les premiers sans presque laisser de traces; c^est à peine s'il est permis de reconnaître dans les Gares primitifs les restes d'une de leurs tribus les plus puissantes*. Les Touraniens, retranches derrière leurs montagnes, résistèrent, bien qu'amoindris, jusqu'à l'époque romaine. Les peuples de la Colchide, les Saspires, les Chalybes, livrés de tout temps à Texploitation des métaux, lournissaient de fer et d'étain l'Â&ie antérieure. Plus au sud dominaient deux nations unies par des liens étroits d'amitié, les Mouskai et les Toublaî, le Meshekh et Toubal de la Bible. Les Toublaï, établis dans le bassin de Tlris, touchaient à la mer Noire ; les Mouskaï occupaient les deux rives de TEuphrate supérieur et s'étendaient jusqu'à THalys. Des deux capitales de la Cappadoce classique, Tune, Mazaca, sur le mont ArgÉîûtt, avait gardé leur nom; l'autre, Koumanou (Comana) , avait été fondée par eux et leur avait longtemps appartenu. Il fallut des siècles de lutte pour les déposséder de leur patrimoine et les refouler vers le Caucase.

Les Touraniens de l'Asie Mineure, comme les Touraniens des bords de TEuphrate et de l'Iran, succombèrent sous les attaques combinées des Aryens et des Sémites. Il est assez probable que, dans les premiers moments de l'invasion, les Sémites ne se bornèrent pas à coloniser la Syrie et les bords de l'Euphrate, mais jetèrent des rameaux à l'ouest vers le Pont-Euxin et la mer ï]gée; par malheur, la preuve historique de ce fait est encore impossible k donner. La plupart des mots qui nous restent des langues anciennes de l'Asie Mineure se rattachent à la aoucbe aryenne ; les mythes et la religion des peuples sont apparentés de plus près aux mythes de la Grèce qu'aux religions sémitiques. On a bien identifié Loud, fils de Sem, avec les Lydiens; mais, quand même cette assimilation

1. D'Eckstein, QnesHons relatives aux antiquUés des peuples $émi^ liguer, p. 37 sqq., et les Cares dans Vantiquité.

serait certaine, elle ne ](>rouverait rien quant à l'origine du peuple 1^-même. Les tables ethnographiques de la Genèse rangent dans la catégorie sémitique tant de peuples à langues non sémitiques, que la présence de Loud parmi les fils de Sem ne saurait être un argument contre l'origine aryenne des Lydiens. Si quelques tribus sémitiques s'aventurèrent sur les hauteurs de la Phrygjie, elles furent bientôt refoulées ou détruites ; c'est en Lycie seulement, et le long de la côte méridionale, qu'elles parvinrent à s'établir solidement. Un rameau de la branche araméenne, fixé au sud du Tauros, colonisa la Gilicie et. forma bientôt avec les Solymes et les Érembes l'avantgarde des peuples sémitiques contre les nations de race aryenne.

Les Aryens d'Asie Mineure appartiennent tous à une même famille dont le domaine s'étendit du massif de l'Arménie au Tauros et à la mer de l'Archipel. Le gros de la nation se concentra sur la partie occidentale du plateau, dans la partie arrosée au nord par le Sangarios, au sud par le Méandre. Ce pays, auquel on donna le nom de Phrygie, a toujours été renommé pour la fertilité de ses champs et la beauté de ses prairies ; assez chaud pour se }Hr6ter à la culture de la vigne, assez tempéré pour conserver aux émigrants toute leur vigueur native, il devint bientôt le siège d'un royaume puissant et d'une race laborieuse. La langue phrygienne est apparentée au grec de plus près peut-être que le gothique n'est au moyen hautallemand*; sa déclinaison et sa conjugaison avaient les flenons et subissaient au moins en partie les lois phonétiques du grec^. Séparés de la mer par des peuples de la même famille, les Phrygiens s'isolèrent bientôt et donnèrent à leur civilisation un tour particulier. Leurs tradi-

1. £. Curtius^ GrieehUthe GeschiehUy 1. 1, p. 31.— 3. Ainsi le changement de m final en n (E. Curtius, Grieehische GeschicJUe, 1. 1, p. 63). Le nominatif singulier est marqué par — as, — m, — is, — o«, et — a; le génitif par — afoç, le datif par— al,— eC. La troisième personne du sin« goUer du Terbe, toêêsa/U (ezstruxit), eto.^ se termine par le -»l au lieu du — ; grec, etc.

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tions nous montrent les plus puissants de leurs rois établis aux sources du Sangarios. C'est là que vivaient et Gordios et Midas, le fils de Gordios et de la déesse Kybèlé. Midas est un prince riche et guerrier que les deux villes de Prymnêsos et Midaîon honoraient comme héros fondateur. La royauté phrygienne prospéra et s'étendit sous une série de rois dont plusieurs portèrent le nom rendu fameox par leur ancêtre. Près des sources du Sangarios, un voyageur anglais, Leake, découvrit au commencement du siècle une vallée pleine de tombeaux antiques. « Ces tombeaux sont d'une époque inconnue, mais de beaucoup antérieure k la domination grecque et romaine ; leur caractère tout indigène nous révèle le style architectural des vieux Phrygiens. La langue même des inscriptions est pureme^jit phrygienne; et cette langue, avec Talphabet encore incomplètement déchiffré qui nous en a conservé les rares débris, reste enfermée dans les limites de l'ancien royaume qù régna la dynastie de Midas. Dans toute l'étendue^ de pays où se trouvent ces restes vénérables du peuple indigène, on ne voit que de rares débris de monuments appartenant à l'époque romaine; il semble que les conquérants successifs de la contrée aient ignoré ces vallées solitaires où plus tard des familles chrétiennes vinrent chercher un refuge contre la persécution du paganisme, peut-être aussi contre l'invasion musulmane ^ » Quelques tombeaux, des ruines de forteresses et des bas-reliefs inexpliqués*, c'est là tout ce qui nous reste 4© ces rois de Phrygie si célèbres au début de l'histoire grecque par leur richesse, leur amour pour les chevaux et l'adoration fanatique qu'ils rendaient à la mère des dieux et à Dionysos. Le char royal de Midas et son nœud gordien restèrent longtemps intacts comme un souvenir de l'ancienne suprématie phrygienne : il fallut l'épée d'Alexandre pour trancher le nœud, et l'invasion grecque pour faire oublier les vieux rois nationaux.

1. Ch. Texier, Description de VAsie Mineure, p. Ia3. — 2. V.ces basreliefs et le plan des forteresses de Pichmich-Kalé-si et Giaour-Kaiési dans Perrot, Exploration archéologique, p. 135-149, 156-1C3, etc., «t pi. 8, 9, 10, 34-52, 53-68, etc.

. Act^^ord dçla Phrygie, quelques tribus aryennes peu Hdml^ensea se répandirent dans les forêts qjui bordent la eflle du Bont-Euxin, et devinrent entre le Billœos et THulys la race obscure des Paphlagoniens. A leur gaucbe, les ^XhsajDes, sous le nom de Thyni, Bithyni, Bebrykes, pc^paieoat les deux rives du Bosphore. Plus à gauche «neore^.la grande nation des Mysîens et les peuplades qui turftient d'elle son origine, Teucriens, Kébrènes, Dardanes, eouvndent la vallée du Rhyndakos et celle du Gaïque, le massif de Tlda et la péninsule qu'il forme entre la Propontide,*^rHellespont et la mer Egée. La légende racontait de Dardanos qu'il avait, solis les auspices de Jupiter Idéen, fiwtdé la ville de Dardania, et qu'il était devenu la souche desBardanes. Une partie de ses enfants descenditdela moniale aux rives du Scamandre et s'y bfttit une ville sur une colline escarpée qui domine au loin la plaine et la mw. «t Entourée 4 l'orient par un large repli du fleuve, cette colline s'abaisse vers Touest en pentes douces. Les fiombreux filets d'eau qui jaillissent sur ces pentes s'çiésemblent et forment deux ruisseaux qui se distinguent par leur abondance et leur température toujours égale en toutes les saisons de l'année. C'est comme une marque immuable qui nous permet de reconnaître dans cette citadelle escarpée la forteresse d'Uion. Ils sont restés les mêmes qu'au temps où les Troyennes descendaient pour puiser l'eau et laver le linge; aujourd'hui encore les vieux murs conti^ment l'eau et la rassemblent ^ »

lies fouilles entreprises dans les derniers temps ont faiv retrouver près de l'emplacement où fut Troie les ruines de plusieurs villes superposées*. Les débris découverts dans la plus ancienne de ces villes prouvent l'existence d'une civilisation originale où l'on chercherait en vain les traces d'une influence égyptienne ou assyrienne. La plupart des outils sont en pierre ou en os taillé, mais leur usage n'exclut pas l'usage des métaux. Le cuivre, l'or,

1. S. Curtius, Griechisehe Gesekichte, t. I, p. 66. -* 2. Le résultat àe ces fouilles a été publié par M. Scbliemann.

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Targent et se» alliages, étaient connus et employés, Tor surtout. Les poteries étaient faites à la main sans le se^ cours du tour; elles ne sont ni peintes ni vernies, mais seulement lustrées au moyen d'un polissoir en pierre. La première Troie péril dans un incendie allumé sans doute par des tribus voisines confédérées contre elle, mais sortit bientôt de ses ruines. « Sur les pentes adoucies de la mon-* tagne s'éleva la ville même; au-dessus se dressa, sur une roche escarpée, la forteresse Pergame. Du haut de ses cré-^ neaux Tœil embrassait toute la plaine étendue jusqu'à la mer où le Simols et le Scamandre mêlaient leur cours, et, par delà la plaine, la vaste mer, du point où les flots puissants de THellespont se précipitent dans la mer Egée, jusque vers Ténédos. Aucune ville royale de TAncien Monde n'était plus heureusement située que cette forteresse troyenne : bien couverte et sûre , elle avait vue sur tout ce qui l'entourait et commandait au loin. Der« rière elle, les versants boisés et riches en troupeaux de la montagne; à ses pieds, la plaine féconde; devant elle, une large mer du sein de laquelle les cimes lointaines de Samo-^ thrace, vigie de Poséidon, se dressaient en face de l'Ida où Zeus siège en sa gloire^. »

Au sud de la Troade et de la Mysie habitait tout un groupe de races indécises. Lydiens, Léléges, Lyciens et Gares. Les Lydiens exploitaient les riches vallées de THeï^ mos, du Gaystre et du Méandre. Les plus anciennes traditions du pays conservaient la mémoire d'un État puissant établi sur les flancs du mont Sipylos, entre la vallée de l'Hermos et le golfe de Smyrne. Il avait pour capitale Magnésie, la plus vieille des villes, le siège primitif de la civilisation en ces contrées, la résidence de Tantale, l'ami dés dieux, le père de Niobé et des Pélopides. Les Léléges apparaissent sur tous les points de la côte à la fois, mêlés^ aux souvenirs les plus lointains de la Grèce et de l'Asie Mineure. Ils se trouvent en Lycie comme en Troade, sur les bords du Méandre comme sur les versants de l'Ida. Lei^

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